A l’université, ils ont choisi des cursus différents : Ces étudiantsdevenus des barons de la drogue

Elwatan; le Mercredi 30 Decembre 2015
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L’université ouvre bien des voies aux jeunes : Celles du savoir, du savoir-faire et de l’épanouissement, mais pas que celles-là. Certains étudiants ont opté pour un cursus parallèle, celui de la criminalité. D’après les services de sécurité, 7000 universitaires ont versé dans cette option. Protégés derrière la sacralité de la franchise universitaire, certains sont devenus des barons de drogue et de véritables gangsters. «Effectivement, selon nos informations, des étudiants s’adonnent à la vente de drogue, à la violence en tout genre, voire même à l’agression à l’arme blanche», affirme un agent des renseignements généraux de la DGSN.

Le statut particulier de l’université rend «toute intervention difficile à opérer, cela provoquerait le tollé des associations et des militants. La police se verrait ainsi accusée de violation de la franchise universitaire». Profitant de ce dilemme, de véritables gangsters ont émergé. Trafiquants notoires de cannabis, de faux billets, spécialistes en trafic d’armes et cambrioleurs, des universitaires à la fleur de l’âge sont devenus de grands mafieux. Chikona, Mama et Baby, des surnoms qui ont donné le tournis aux services sécurité.

Chikona, étudiant en informatique à l’USTHB, habite à proximité de la fac, à la cité Smaïl Yefsah de Bab Ezzouar. Dealer notoire, il a, depuis notre dernier reportage sur la violence et la délinquance à l’université, fait du chemin. De vendeur de shit (zetla), il est devenu un vendeur d’ecstasy. Ses clients les plus accros sont des étudiants africains habitant à CUB3 et RUB4. Un business florissant qui a permis à ce jeune «étudiant» de devenir un nabab dans son quartier. Vêtu la plupart du temps d’un survêtement Lacoste et déambulant dans des bagnoles de luxe, il n’hésite pas à faire travailler d’autres étudiants. Samir, 24 ans, étudiant en biologie, a rejoint la clique à Chikona.

Originaire d’Hussein Dey, il est devenu un «saraf» connu dans son quartier. On le surnomme le «pharmacien». Selon ses camarades, «depuis qu’il a fait la connaissance de Chikona, il a changé complètement, l’argent l’a rendu dingue et il se croit tout permis. Vous imaginez, en plein cours il n’hésite pas à nos proposer sa marchandise», témoigne son camarade de classe. Son business lui a permis de louer un étage de villa, non loin de la fac où il «organise souvent des soirées de folie où alcool et ecstasy sont disponibles à gogo», confie un habitué.

Barons

Mama et Baby sont deux profils d’étudiants brillants devenus des barons de cannabis à Alger et Oran. Leur notoriété a gagné l’Espagne et la France. Le premier est un étudiant algérois né à Belouizded (ex-Belcourt). Il était un flamboyant universitaire à la faculté de biologie de Bab Ezzouar avant que son nom ne brille dans les milieux de trafic de drogue. Il a été arrêté en 2013 dans une villa sise à Saïd Hamdine, à Alger, en compagnie de son épouse et leurs acolytes pour une grosse affaire de trafic de cannabis. Au départ, Mama avait versé dans le trafic de cannabis et des voitures.

Agé de 26 ans, il a été arrêté en novembre 2013 par les brigadiers anti-stup de la Police judiciaire (PJ) lors d’une opération ciblant une villa haut de gamme à Saïd Hamdine. Il était l’un des plus grands barons de la drogue recherché depuis plus de trois années dans le cadre de plusieurs affaires liées notamment au trafic de cannabis. Un récidiviste, d’autant plus qu’il avait déjà fait de la prison en 2010 pour les mêmes délits. Après avoir séjourné quelque temps, en 2009, en Europe, Mama décide de retourner au pays pour reprendre du «service». Sur place à Alger, cet étudiant devenu dealer recrute des jeunes filles, dont certaines âgées d’à peine 18 ans, et prend Baby pour bras droit.

Avec l’argent qu’il gagne, il loue une villa de luxe dans un quartier huppé d’Alger, à Saïd Hamdine, alors qu’il était recherché dans le cadre de trois mandats d’arrêt. Son épouse, «Soussou», a, à maintes reprises, participé à la livraison d’importantes quantités de drogue à ses «clients». Après de profondes investigations, une cinquantaine d’agents de la brigade anti-stup tendent une souricière à Mama. Il avait fixé un rendez-vous à son bras droit, Baby, pour lui remettre 30 millions de centimes issus de la vente de cannabis. La police les interpelle en flagrant délit.

La prise est importante : 30 millions de centimes ont été saisis ainsi que 30 grammes de drogue. La perquisition du domicile du baron d’Alger a également permis la récupération de 3,5 kg de cannabis. Lors de la même perquisition, l’épouse du baron, la fameuse Soussou, a tenté de jeter la drogue par l’une des fenêtres de la villa, mais c’était compter sans la vigilance des policiers, qui l’interpelleront sur les lieux en flagrant délit elle aussi.

Transfrontalier

L’étudiant narco compte à son actif plusieurs opérations de taille. Il était impliqué dans l’affaire d’acheminement de 100 kg de drogue vers Alger en 2008, celle des 25 kg de cannabis découverts à Belouizdad en 2010, ainsi que l’opération de 2011 lorsque les éléments de la PJ avaient traité une affaire de trafic de 5 kg de résine de cannabis, saisis toujours à Belouizdad.

En mars 2013, un autre baron et pas des moindres a été appréhendé par les services de police. Il s’agit du baron de cannabis du port d’Alger. Ce dernier est originaire de la capitale, âgé de 31 ans et recherché par la police depuis l’année 2008. Impliqué dans plusieurs affaires de drogue, le nom de ce baron, Etudiant en l’occurrence, est cité à chaque fois que les éléments de la police d’Alger traitent une grosse affaire d’acheminement de cannabis du port d’Alger vers l’Espagne.

Le commerce et la consommation de drogue dans le milieu universitaire sont des vérités amères, que certaines études ont tenté de chiffrer. Au début de ce mois de décembre 2015, une enquête menée à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou par une équipe de médecins résidents en épidémiologie et en psychiatrie, effectuée dans 10 wilayas du pays, a révélé que 37,7% des étudiants ont déjà consommé de la drogue. L’étude fait ressortir un taux de prévalence de la consommation de drogue (une ou plusieurs substances psycho-actives) de 9% des 55 000 étudiants que compte cette université de Tizi Ouzou.

Toujours selon la même source, 7,4% des étudiants ont consommé au moins une fois du cannabis. 94,5% de ces consommateurs déclarent avoir consommé du cannabis durant les 12 derniers mois précédant l’enquête, et 38,5% ont une consommation régulière. Il y aurait même un taux de 1,8% d’étudiants qui affirment avoir pris de la cocaïne, dont 88,9% de sexe masculin et 11,1% de sexe féminin.

En juin dernier, une autre étude, menée cette fois par la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) au niveau des lycées, CEM de la capitale et 13 universités du pays, indiquait que 21,6% des collégiens, 26,4% des lycéens et 27% des étudiants sont des consommateurs de drogue. 21,6% des collégiens et 8,8% des collégiennes en prennent tous les jours. Ces taux passent à 26,4% des lycéens, soit un quart, et 18,6% des lycéennes. Pour les universités, ce sont  27% des étudiants et 6% des étudiantes qui en consomment quotidiennement.

 

Categorie(s): etudiant

Auteur(s): Sofiane Abi & Zouhir Aït Mouhoub

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