Afripol : Ou l’Interpol africaine

Elwatan; le Vendredi 19 Mai 2017
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40 pays africains ont pris part à cet événement, au cours duquel il était question de procéder à l’examen des projets des règlements intérieurs de l’assemblée générale et du comité directeur, à la mise en place des membres du comité directeur du nouvel organisme africain, ainsi qu’à la définition des cadres généraux de coopération pour les institutions de police aux niveaux national, régional, continental et international. El Watan week-end vous présente le «bébé» de l’Union africaine (UA).

Siège

L’Algérie abrite le siège du Mécanisme africain de coopération policière. Il a été inauguré dimanche dernier à Ben Aknoun à Alger par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui, en présence des représentants des polices de plus d’une quarantaine de pays africains. Question budget, le coût de réalisation du siège d’Afripol, qui s’étend sur une superficie de 1,4 hectare, est estimé à 4 millions de dollars. La structure est dotée notamment de 28 bureaux et de 2 grandes salles de réunion.

Les principes d’Afripol

Afripol est conditionnée par le respect de trois principes. En effet, selon un responsable de la DGSN, «Afripol se doit de respecter les principes démocratiques des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance, conformément à l’Acte constitutif, à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, à la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux autres instruments pertinents. Et pas que !». Selon lui, cet organisme impose la non-ingérence de tous les Etats membres dans les affaires intérieures d’un autre pays, le respect de la souveraineté et des législations nationales des Etats membres et veillera à respecter la déontologie policière, les principes de neutralité, d’intégrité et de présomption d’innocence.

Financement

Afripol est définie comme étant une institution technique, qui puise sa personnalité juridique de l’Union africaine conformément à l’article 2 de son Statut. Ainsi, en ce qui concerne son financement, Mapangou Moussadji Marcel Yves, commandant en chef en second chargé des opérations et de la logistique des forces de police nationale de la République gabonaise assure : «Ce n’est pas parce que nous sommes pauvres qu’on perd son agilité d’esprit.

L’Afrique n’est pas pauvre. L’Afrique est riche par ses hommes. Afripol en tant qu’instrument spécialisé de l’Union africaine bénéficiera du même financement que l’institution de tutelle (UA). Tout ce qui a été décidé aujourd’hui fera objet d’examen afin de bénéficier d’un budget supplémentaire.»

Outils

Dans le but de lutter contre les différentes formes de crimes qui frappent le continent africain, Afripol mettra tout en œuvre afin de renforcer les capacités opérationnelles et techniques ses services africains de police en développant les manuels et en créant des centres d’excellence en matière de formation et d’enquête judiciaire eten généralisant les pratiques innovantes et l’échange d’informations et d’expériences. En effet, selon le premier responsable de la DGSN, cet organisme devrait contribuer à combattre le crime en Afrique, et ce, grâce aux différents mécanismes, notamment l’échange d’informations qui seront mis en place.

A cet effet, Abdelghani Hamel, le directeur général de la sûreté nationale (DGSN) a confié : «Des programmes de communication développés tels qu’internet et les bases de données seront mis en place afin de faciliter l’échange d’informations entre les pays membres.» De son côté, le général de brigade, le commissaire de police Mapangou Moussadji Marcel Yves, commandant en chef en second chargé des opérations et de la logistique des forces de police nationale de la république gabonaise a confié : «Nous ne démarrons pas de zéro. Nous avons déjà une coopération avec Interpol et de grands centres internationaux.

Nous possédons déjà une base de données assez fournie». A cet effet, un responsable de la DGSN a confié également : «un système d’information et de communication sécurisé de la police africaine est en cours d’élaboration et sera mis en place par les services de police algérienne au profit de cet organisme». Selon lui, ce système permettra aux polices africaines de partager les informations sensibles et urgentes en temps opportun et aussi de diffuser les notices de recherches à l’encontre de criminels recherchés.

Par ailleurs, Afripol encourage l’assistance juridique mutuelle ou les accords d’extradition entre Etats membres, l’échange et le partage d’informations ou de renseignements judiciaires afin de prévenir et de lutter contre la criminalité transnationale organisée, notamment le terrorisme et la cybercriminalité. Et enfin, cet instrument permettra aux pays de l’Afrique «d’unifier le mode de diffusion de recherche des malfaiteurs en fuite et le renforcement des capacités des services de police dans le domaine de la traque des criminels», conclut-il.

Engagement

«Notre sécurité impose une action commune, la coordination et la coopération entre les services internationaux de sécurité, ainsi que l’engagement franc de la communauté internationale dans cet effort de lutte». C’est ce qu’a déclaré Abdelmalek Sellal lors de la cérémonie d’ouverture des travaux de la première assemblée générale d’Afripol.

C’est pour ces raisons qu’Afripol «va aider les institutions policières des Etats membres de l’Union africaine à mettre en place un cadre de coopération entre les institutions policières aux niveaux national, régional, continental et international et à améliorer leur efficacité à travers l’amélioration de leurs capacités organisationnelles, techniques, stratégiques, opérationnelles et tactiques à même de lutte efficacement contre la criminalité transnationale organisée», confie un cadre de la DGSN.

Selon ce responsable, l’engagement et la coopération des 40 pays membres permettront de prévenir, détecter et mener des enquêtes sur la criminalité transnationale organisée en coopération et collaboration avec les polices nationales, régionales et internationales et également les organes de répression.

Missions

Afripol aura de nombreuses missions à accomplir. En effet, selon un responsable de la DGSN, «le contexte sécuritaire actuel connaît une accentuation des crises et des bouleversements au Sahel, au Proche et au Moyen-Orient. On assiste à une déliquescence, voire à une dissolution de l’appareil étatique dans un nombre croissant de régions, devenues le terreau de mouvements radicaux et d’organisations terroristes».

Ces pour ces raisons et afin de faire face aux défis sécuritaires, au différentes formes de la criminalité et la complexité de ses modes opératoires et aux alliances constatées entre les différents réseaux criminels qu’on a attribué différentes missions à Afripol. La première serait d’aider les Etats membres à élaborer ou à améliorer les bonnes pratiques en matière de gouvernance et de gestion des institutions policières et à développer les services de police communautaires afin d’encourager la participation des citoyens à la prévention et à la lutte contre la criminalité.

Il sera aussi question de faciliter la planification et la coordination des patrouilles et des opérations conjointes, de mener des études sur les tendances de la criminalité transnationale organisée et élaborer des outils continentaux pour la prévention des crimes. Un cadre de la DGSN confie également qu’Afripol devrait «servir d’interface pour le groupe d’appui stratégique à la police dans les domaines de la planification, de la mobilisation, du déploiement de forces de l’ordre et d’agents de police dans les opérations d’appui au maintien de la paix menées par l’Union africaine ; et enfin effectuer toute autre fonction sur instruction des organes de décision de l’UA.»

Objectifs

«L’Union africaine a été bâtie pour réaliser les objectifs de paix, d’union et de prospérité pour tous les peuples africains. Des objectifs qui ne peuvent être atteints sans la garantie de la sécurité et de la stabilité, l’instauration de l’Etat de droit, l’application des principes de bonne gouvernance et la réunion des conditions du développement durable dans nos pays», a déclaré le Premier ministre Abdelmalek Sellal. Ainsi, le statut du mécanisme africain de coopération policière, puisé du statut de l’Union africaine, définit les objectifs de cet organisme. Ainsi, Afripol devrait devenir un centre de recherche, d’étude, de planification, d’entraînement et de formation dans tous les secteurs de police.

Il aura aussi pour mission de faciliter la prévention, la détection et la poursuite d’enquêtes sur la criminalité transnationale organisée en coordination et collaboration avec les institutions policières nationales, régionales et internationales. Par ailleurs, Afripol tend à élaborer une stratégie africaine harmonisée pour lutter contre la criminalité transnationale organisée, le terrorisme et la cybercriminalité dans le cadre de la mise en œuvre des politiques pertinentes de l’Union africaine.

Et enfin, selon un cadre de la DGSN, «Afripol mettra tout en œuvre afin de renforcer la coordination entre les forces de police déployées dans le cadre d’opérations de paix et de travail avec le Groupe d’appui stratégique à la police, dans la planification, la mobilisation, le déploiement, la gestion des éléments de liquidation, ainsi que dans d’autres composantes de l’application des lois, dans les forces de police participant aux opérations sous la houlette de l’UA.»

Echange d’expériences

L’expérience algérienne en termes de lutte antiterroriste n’est plus à prouver. En effet, selon Abdelmalek Sellal, «l’Algérie a été aux premiers rangs de la lutte contre le terrorisme et les différentes formes de criminalité qui lui sont consubstantielles. Elle y a consenti des efforts immenses et a eu un rôle déterminent pour privilégier le traitement à la racine des crises en enlevant aux terroristes des alibis religieux ou ethniques, en asséchant les sources de financement et en affrontant les matrices nourricières de la radicalisation tant au plan académique que politique ou médiatique». C’est justement pour toutes ces raisons qu’Afripol veillera à améliorer l’assistance technique mutuelle dans la formation, l’échange d’expériences, d’expertises et des bonnes pratiques entre les institutions policières.

Afripol face à la cybercriminalité

Face aux dangers croissants liés aux attaques cybercriminelles, Afripol devrait constituer un barrage à ces dernières afin de protéger les pays membres. En effet, les cybermenaces constituent désormais le défi majeur pour la communauté internationale. «C’est pour cela que nos efforts doivent être orientés non seulement vers l’adoption d’une doctrine de cybersécurité à tous les niveaux, la mise en place de mécanismes plus flexibles et efficients dans le domaine de la coopération judiciaire et technique, mais aussi vers le renforcement des capacités de prévention et de lutte à travers la formation de compétences, ainsi que le développement de partenariats avec les centres de recherche scientifique et le secteur privé», explique a ce sujet un cadre de la DGSN. Par ailleurs, Afripol encourage l’assistance juridique mutuelle ou les accords d’extradition entre Etats membres, l’échange et le partage d’informations ou de renseignements judiciaires afin de prévenir et de lutter contre la criminalité transnationale organisée, notamment la cybercriminalité.

Afripol face au trafic de drogue

Un autre défi auquel Afripol devrait faire face, le trafic illicite de drogue. En dépit de tous les efforts tant au niveau national que régional et international, soutenus par les programmes mis en œuvre par l’Onudc et de la Commission onusienne des stupéfiants, la situation demeure préoccupante comme l’attestent les importantes quantités de drogue quotidiennement saisies par les services de sécurité algériens.

Face a cette menace, Afripol ne cessera jamais «de promouvoir la coopération policière africaine aux niveaux stratégique, opérationnel et tactique à travers l’évaluation des menaces, l’analyse du renseignement criminel, la planification et la mise en œuvre des actions», conclut un cadre de la DGSN.

 

Categorie(s): actualité actualités

Auteur(s): Sofia Ouahib et Ryma Maria Benyakoub

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