Cinéma. Djamel Kerkar au FID de Marseille : «Atlal» en compétition

Elwatan; le Samedi 2 Juillet 2016
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Ainsi, celui de Djamel Kerkar, connu des milieux du cinéma mais dont la sélection à la 27e édition du prestigieux FID de Marseille (12 au 18 juillet) marque un moment sans doute important de sa jeune carrière. Initialement réservé au documentaire dont il reste une référence internationale, le FID a étendu son domaine à la fiction dans une vision originale qui dépasse ces catégories et s’attache au cinéma en tant que totalité artistique en n’accueillant que des avant-premières mondiales.

Son film, Atlal (ruines ou vestiges en arabe) se retrouve dans la sélection officielle du festival en tant que premier film. Il ne s’agit pas de la première production de Djamel Kerkar, mais c’est son premier long métrage (100’).

Jusque-là, comme tous les réalisateurs débutants, il s’était rodé sur des formats plus courts tout en travaillant pour d’autres cinéastes, notamment en tant qu’ingénieur de son. Né en 1987 à Alger, il a passé une partie de son enfance à Tunis. Il a fait partie du ciné-club Chrysalide d’Alger qui a été une école de cinéphilie mais aussi un véritable incubateur de cinéastes. Kerkar a suivi une formation de réalisateur à l’ESAV de Marrakech (Ecole supérieure des arts visuels) financée par la Fondation suisse Susanna Biedermann. Son premier court métrage en noir et blanc de 13’, s’intitulait Arkhabil (Archipel) et a été tourné en 2013. Il est aussi l’auteur de Earth is full of ghosts (Le monde est plein de fantômes), une fiction inspirée de la pièce d’Albert Camus, Le malentendu.

Ce film de 23’ couleur (visible sur le site Vimeo) est sans doute son film-diplôme puisqu’il porte le label de l’ESAV. Kerkar se livre là à un bel exercice d’atmosphère dans une auberge de montagne au Maroc, avec tout l’aspect inquiétant et absurde du texte de référence et une maîtrise du cadrage et des lenteurs qui rappellent les classiques japonais. Dans ces deux essais, le cinéaste indiquait déjà sa fascination pour les espaces abandonnés ou isolés. On retrouvera certainement cette dimension dans Atlal puisque le film porte sur le village d’Ouled Allal, au sud-est d’Alger. Comme de nombreuses localités isolées de la Mitidja, Ouled Allal a subi de plein fouet la décennie noire et s’est vu vider de ses habitants.

De ses cendres où se cachent les braises encore incandescentes de la mémoire, la vie renaît… Mais étant obligés de nous en remettre au résumé de présentation, nous n’en dirons pas plus. En attendant, souhaitons plein succès au jeune réalisateur dont, dit-on, le film comprend «des sons et des images qui forment une carte poétique et psycho-spatiale de l’endroit».

Espérons aussi que cette œuvre ne rejoindra pas encore le lot de films de cette nouvelle génération qui font la gloire de l’Algérie dans les festivals internationaux mais demeurent le plus souvent invisibles dans leur propre pays. Il existait déjà un cinéma de l’exil. Est-on en train de fabriquer un cinéma exilé ?

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Sadek Bouhadlia

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