Concert de Cali à l’auditorium du Méridien à Oran, Réagissez

Elwatan; le Dimanche 18 Mars 2018
146094


Le chanteur français adore le public qui le lui rend bien. Sur scène c’est un peu la cacophonie d’une auberge espagnole mais l’ambiance y était. Les gens ne se sont pas fait trop prier pour submerger la scène étouffant presque la voix de l’artiste qui a dû user de toute son énergie pour chanter tout en prenant le temps de répondre aux sollicitations des «selfies». Loin de se sentir gêné, lui-même a dû à maintes reprises préférer se faufiler entre les sièges de la vaste salle de spectacles pour serrer des mains, improviser quelques pas de danse ou donner des accolades.

Une véritable cohue a caractérisé son show à tel point que personne ne semble s’intéresser au contenu des textes ni même de la musique même si, pour la circonstance, le compositeur ne s’est fait accompagner que par un seul musicien. Une nostalgie de la petite adolescence semble encore hanter cet artiste qui n’arrive apparemment pas à se défaire de la peau de ce personnage qui, comme il répétera lui-même à maintes reprises et dans d’autres circonstances, éprouve éternellement un manque d’affection.

Il entame son spectacle avec «Les choses défendues», un titre de son tout dernier album du même nom. «Vous les mômes de 17 ans / Oh je vous en prie croquez dans toutes ces choses défendues.» Cali a sans doute eu tort d’enchaîner avec une chanson d’ambiance rythmée comme en aime tant le public algérien.

En effet, avec Elle m’a dit, on assiste à une véritable flambée de voix, une flamme qui ne s’éteindra qu’à la toute dernière seconde du spectacle. Les mots sont simples mais assez forts pour traduire des sentiments exprimés de manière souvent ironique et c’est tout le paradoxe. «Je crois que je ne t’aime plus/ Elle a jeté ça hier entre le fromage et le dessert. Comme un cadavre à la mer (…).» Dans plusieurs de ses chansons, l’influence de la musique de célèbres groupes de rock britanniques comme U2 est perceptible surtout dans le rythme et même, quoique dans une moindre mesure, dans la manière de chanter.

Pour le répertoire dont il est question ici , c’est un peu le cas avec Sweetie où on entend : «Ton prénom je le chante dans la nuit/ il coule dans ma gorge comme un fruit / il faut donc peu de choses pour être heureux !» Certains titres interprétés remontent à plusieurs années déjà mais ils sont habités par les mêmes préoccupations.

Dans l’Espoir, une chanson déclinée sous un rythme espagnol peut être mexicain, il est aussi question d’adolescence : «Je viendrai avec toi patiner vers l’amour / je viendrai pour toujours chercher mes 17 ans». Durant toute la soirée, Cali ne s’est accordé qu’un seul moment de répit et c’était pour raconter les péripéties de son grand-père.

Italien, engagé pour les bonnes causes, celui-ci était même allé s’engager dans les brigades internationales contre Franco qui, dans les années 1930, a renversé le gouvernement républicain élu par le peuple en Espagne. Un espoir perdu causant le désenchantement et l’exil en France. Une détresse compensée en quelque sorte par la rencontre avec l’infirmière qui l’avait soigné et qui deviendra sa femme. L’histoire est racontée non sans fierté par le chanteur de son vrai nom Bruni Caliciuri.

Avec Giuseppe et Maria, ce sont donc des moments d’émotion qu’il a voulu partager avec le public, un morceau rehaussé par une interprétation classique au piano, un arpège simple mais captivant. L’ambiance de la marche revient avec Je m’en vais et se poursuivra avec L’amour est éternel jusqu’à ce qu’il s’arrête. Toujours la même ironie chez cet être qui a perdu sa mère alors qu’il n’avait que 6 ans, un épisode sûrement douloureux qui l’a mené à écrire un livre sorti récemment.

Ses talents d’écrivain étaient perceptibles dans les textes de ses chansons, y compris dans C’est quand le bonheur, Un passage répété des dizaines de fois sans doute pour exprimer l’ampleur de l’attente. «Au téléphone aphone qui sonne et personne qui ne décroche» est sans doute un passage qui ne représente pas seulement un clin d’œil au tube de Nino Ferrer des années 1960 : «Gaston y a l’téléphon qui son et y a jamais person qui y répond.»
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Djamel Benachour

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..