Enric Blanes. Secrétaire national de l’Assemblée nationale catalane : «L’avenir de la démocratie en Europe est en jeu»

Elwatan; le Samedi 30 Septembre 2017
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En Catalogne, l’organisation du référendum d’autodétermination, prévu le 1er octobre, fait débat. Parlez-nous des enjeux et des tensions qui entourent ce rendez-vous ?

En Catalogne, c’est l’avenir de la démocratie en Europe qui est en jeu. Si les Catalans réussissent à voter, une porte sera ouverte pour normaliser l’un des derniers tabous démocratiques des Etats actuels. Si l’Etat réussit à l’empêcher, la nouvelle vague autoritaire de réductions de droits sera légitimée dans plusieurs pays européens qui sapent les valeurs sur lesquelles l’Union européenne est fondée. Avec quel argument la Commission européenne peut-elle critiquer des abus en Turquie, en Chine ou dans d’autres pays, si la police est autorisée à agir contre des citoyens en Catalogne ?

Quelles sont les raisons concrètes qui poussent les Catalans à demander leur indépendance ?

Il y a trois raisons principales. Historique et culturelle : la Catalogne avait déjà été un Etat médiéval, qui a imprimé sa monnaie, contrôlé une armée et avait sa propre Constitution. Beaucoup de gens pensent qu’aujourd’hui, la culture et la langue catalane sont marginalisées par un Etat projeté à l’étranger et à l’intérieur du pays pour servir la langue et la culture espagnoles. Par exemple, il est très difficile d’étudier le catalan dans le reste de l’Espagne ou dans des établissements d’enseignement parrainés par l’Etat dans le monde entier.

L’économie : un autre groupe considère que l’Etat joue sale, parce qu’il bénéficie toujours à Madrid, une capitale avec peu d’industrie, devant les investissements en Catalogne, qui est le territoire le plus productif et exportateur d’Espagne. La sensation consiste en ce que l’Etat manipule l’économie pour faire du bien au projet nationaliste de Madrid, capitale de l’univers en face d’une Barcelone capitale provinciale.
Par exemple, le port, l’aéroport et les trains régionaux de la Catalogne sont étroitement contrôlés par les ministères de Madrid, ce qui les empêche d’avoir une politique commerciale propre.

La démocratie : beaucoup de personnes ont rejoint le mouvement de l’indépendance au cours des dernières années après avoir vu qu’il est impossible de négocier des améliorations avec l’Espagne. Les différents gouvernements espagnols ont non seulement refusé de négocier, mais ont nié l’existence d’un problème politique. Ils préfèrent réprimer les personnes que négocier avec leurs institutions.

Que peut faire réellement Madrid pour s’opposer à la tenue du scrutin ? Est-il imaginable d’empêcher le vote ?

Certes, il est possible d’empêcher le vote dans certains bureaux de vote avec une présence massive de la police qui bloque physiquement le passage des personnes, mais nous pensons qu’il est impossible d’empêcher le vote partout. En tout cas, nous sommes un mouvement non violent et nous ne renoncerons pas à cela, ni au droit à l’autodétermination non plus.

L’intervention de l’armée est-elle envisageable ?

L’armée espagnole est sous la tutelle de l’OTAN, il est donc presque impossible de la mobiliser pour réprimer ses propres citoyens.
Si le oui l’emporte, même avec une faible participation, les indépendantistes annonceront sûrement leur victoire.

Ensuite, que se passera-t- il ?

Si le oui gagne, le gouvernement catalan s’est engagé à proclamer l’indépendance. Nous ne doutons pas de cette promesse.
 

Categorie(s): monde

Auteur(s): Ali Aït Mouhoub

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