Gestion des grandes communes en Tunisie, Réagissez

Elwatan; le Lundi 14 Mai 2018
147436


Le poste de «Cheikh Medina» nécessite donc le soutien de 31 membres du conseil municipal. Les réglementations en vigueur disent que la présidence de la 1re séance du conseil municipal revient au membre élu le plus âgé du conseil. L’ordre du jour comportera l’élection du président de la municipalité. Les candidats sont les têtes des listes élues du conseil. Il va de soi que, via un jeu d’alliances, le choix des 60 membres peut s’orienter dès ce premier vote vers une personnalité déterminée.

A titre d’exemple, les membres de la liste Madinati Tounes peuvent accorder leurs voix à Kamel Idir, le candidat de Nidaa Tounes. Toutefois, si aucun candidat n’obtient la majorité des 31 voix requises, le conseil passe à un 2e tour entre les deux premiers. Pour Tunis, il est fort probable que ce sera Kamel Idir (Nidaa Tounes) et Souad Abderrahim (Ennahdha). C’est à ce moment-là que le vote va être déterminant.

Après un round de palabres, où certains, même le chargé de communication de Nidaa Tounes, Foued Bouslama, ont dit que le poste de «Cheikh Medina» doit revenir à un homme, les discussions deviennent plus rationnelles autour de la présidence de la municipalité de Tunis, comme ailleurs dans d’autres villes. Chaque clan cherche des alliances pour s’octroyer la majorité nécessaire à l’obtention du poste.

Tractations veut aussi dire conditions et échange d’intérêts. La logique de l’infime minorité déterminante s’applique pour Tunis, où une formation comme le Front populaire de Hamma Hammami, qui ne dispose que de 4 sièges (sur 60), dit aspirer à la présidence de la municipalité.

Cette formation d’extrême gauche est consciente que le choix de ses conseillers sera déterminant pour obtenir la majorité, aussi bien pour le candidat de Nidaa Tounes, Kamel Idir, que pour celle d’Ennahdha, Souad Abderrahim.

L’abstention des conseillers du Front populaire éliminerait Kamel Idir en faveur de Souad Abderrahim. Du coup, tout en se disant opposé à la présidence de cette dernière, le Front populaire propose la candidature de Lotfi Ben Aïssa, tête de liste du parti, au poste de «Cheikh Medina». Les disciples de Hamma Hammami veulent tirer le prix le plus fort de leurs quatre voix dans le conseil municipal.

Tout le monde se rappelle du président du gouvernement italien, Bettino Craxi, qui a dirigé l’Italie entre le 25 juillet 1989 et le 30 avril 1992. Eh bien, le socialiste Craxi était loin de disposer de la majorité requise pour gouverner. Loin de là, le parti socialiste était sorti largement minoritaire des urnes. C’est la Démocratie chrétienne qui a propulsé Craxi au pouvoir, pour bénéficier de son quota de sièges et gouverner via un programme de coalition. Craxi était connu pour être proche de la Démocratie chrétienne et a trouvé des arrangements avec eux pour mener deux gouvernements de coalition.

A la Craxi

Même logique chez le Front populaire, l’un de ses leaders, Zied Lakhdhar, vient de demander, sur Shems Fm, la présidence de la municipalité de Tunis pour leur candidat, Lotfi Ben Aissa, en contrepartie du vote opposé à la candidate des islamistes d’Ennahdha, Souad Abderrahim. Toutefois, les politologues du FP oublient que les têtes des listes de l’Union civile (Mehdi Rebai) et Tounes madinati (Mounir Ben Miled) peuvent faire la même exigence. L’Union civile dispose, même, de plus de sièges (6 contre 4). Ce jeu à la Craxi ne sera pas fructueux en ce moment.

Par ailleurs, c'est le même son de cloche dans le bloc d’Ennahdha, Ahmed Bouazzi, tête de liste du courant démocratique de Mohamed Abbou, plutôt proche d’Ennahdha. Bouazzi dispose de 8 sièges et se porte candidat pour le poste de «Cheikh Medina».

De tels tiraillements ont poussé la direction de Nidaa Tounes à essayer de trouver des arrangements (sous la table) avec Ennahdha, en contrepartie de l’octroi du poste de «Cheikh Medina» à Kamel Idir, plutôt que de rester prisonnier des caprices des conseillers des minorités diverses. Un poste supplémentaire de ministre, lors du prochain remaniement, pourrait satisfaire les islamistes.
 

Categorie(s): monde

Auteur(s): Mourad Sellami

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..