Jordanie, La contestation sociale fait tomber le Premier ministre

Elwatan; le Mardi 5 Juin 2018
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A la tête du gouvernement depuis mai 2016, «Hani Mulqi a présenté cet après-midi (hier, ndlr) sa démission au roi Abdallah II, qui l’a reçu au palais (...) et l’a acceptée», a indiqué une source gouvernementale sous le couvert de l’anonymat.

Le roi Abdallah II a parallèlement désigné le ministre de l’Education, Omar Al Razzaz, pour former un nouveau gouvernement, selon la même source reprise par l’AFP. Ces derniers jours, des milliers de personnes – environ 3000 samedi et 5000 dimanche – s’étaient rassemblées en soirée devant les bureaux du Premier ministre à Amman, réclamant sa démission, avec des slogans tels que «Le peuple jordanien ne s’agenouillera pas» ou «Le peuple veut la chute du gouvernement».

La colère de la population vise notamment un projet élargissant l’impôt sur le revenu à des salaires plus modestes. Ce projet de loi, présenté sur les recommandations du FMI, prévoit une augmentation d’au moins 5% des impôts pour les particuliers et impose désormais les personnes ayant un salaire annuel de 8000 dinars (environ 9700 euros). Les impôts des entreprises doivent également augmenter de 20 à 40%.

Il faut rappeler par ailleurs que depuis janvier dernier, plusieurs hausses de prix ont frappé des produits de première nécessité, dont le pain, en raison d’un relèvement des taxes. Le prix du carburant a aussi augmenté à cinq reprises cette année, alors que les factures d’électricité ont connu une hausse de 55% depuis février. De nouvelles augmentations qui devaient entrer en vigueur jeudi dernier ont finalement été gelées vendredi en raison du mécontentement. Le FMI avait approuvé en 2016 une ligne de crédit de 723 millions de dollars (617 millions d’euros) sur trois ans.

En contrepartie, le royaume s’était engagé à mettre en place des réformes structurelles pour, entre autres, réduire progressivement sa dette publique à 77% du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2021, contre 94% en 2015. L’accueil de centaines de milliers de réfugiés syriens ayant fui la guerre dans leur pays voisin pèse toutefois lourdement sur l’économie jordanienne.

Au cours des dernières 48 heures, le Premier ministre n’était pas parvenu à trouver un terrain d’entente avec les syndicats, affirmant in fine que le dernier mot reviendrait au Parlement. L’Etat doit «garder son indépendance et ne pas se plier aux exigences du FMI», a martelé le président de la principale fédération syndicale, Ali Al Abbous. Ces syndicats avaient fait monter la pression en appelant à une nouvelle journée de grève nationale demain, et en indiquant vouloir adresser une lettre au roi Abdallah II pour qu’il intervienne «dans cette situation délicate que traverse la nation».

Dans une première tentative pour apaiser la contestation, le souverain hachémite avait appelé à «un dialogue national global et raisonnable à propos du projet de loi sur l’impôt». Lors d’une réunion dimanche pour discuter «des moyens de faire face à la crise», le président du Sénat, Fayçal Al Fayez, avait relayé en vain ce message. «Celui qui augmente les prix cherche à enflammer le pays», ont scandé ces derniers jours les manifestants. Il est évident que face à une telle perspective, le roi de Jordanie n’avait d’autre alternative que de sacrifier son Premier ministre.
 

Categorie(s): monde

Auteur(s): Aniss Z.

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