Jour de l’an amazigh : Yennayer, jour férié… depuis toujours

Elwatan; le Jeudi 11 Janvier 2018
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A partir de ce vendredi 12 janvier, le peuple amazigh célébrera le premier du mois de Yennayer qui ouvre la porte à la nouvelle année 2968. En Algérie, la célébration revêt un cachet particulier du fait du caractère désormais officiel de fête nationale chômée et payée décrétée le 27 décembre dernier par le président de la République.

En Kabylie, l’annonce n’a pas soulevé la liesse que l’on imaginait, c’est à peine si la tension a baissé à l’université après une longue grève des étudiants. La célébration de Yennayer bat son plein en tout cas sur fond de mobilisation militante habituelle. Le nouveau statut de la journée de Yennayer a donné du relief, plus de visibilité à un engagement qui fait, depuis des années, de Yennayer journée chômée, même si elle n’est pas payée.

A l’université par exemple, chaque 12 janvier, les étudiants désertent les campus. Le rendez-vous de Yennayer est sacralisé de la même façon, y compris dans le secteur de l’Education nationale, notamment dans les lycées, où l’on enregistre un taux d’absentéisme du fait même d’un certain nombre d’enseignants qui refusent de travailler en ce jour «férié». Ce ne sera cependant pas possible de le vérifier à nouveau cette année puisque le Jour de l’an Amazigh tombe un vendredi.

Mais les festivités de célébration sont nombreuses à travers tous les coins et recoins de la Kabylie où cette fois-ci un sentiment de nouvelle victoire s’y mêle. A Béjaïa, appel est fait pour rendre hommage, ce jeudi soir, aux militants de la cause amazighe, surtout à ceux qui ne sont plus de ce monde. Le rassemblement prévu pour cela sur la place Saïd Mekbel est voulu pour rappeler le long combat qui a porté la cause identitaire au prix d’un lourd tribut, le dernier a été sanglant pendant le printemps 2001 et les années qui ont suivi.

Ce sont de ces années-témoins dont on se rappellera pendant ce rassemblement-hommage pour dire que les acquis de tamazight sont arrachés de haute lutte. «Nous ne saluons ni ce pouvoir ni ses béquilles», déclare Djamel Ikhloufi, inspecteur de la langue amazighe, initiateur de cet appel. Comme lui, beaucoup parmi les militants de la cause appellent à ne pas tomber dans l’euphorie. «C’est un acquis, mais il faut savoir avancer», estime-t-on.

«Rien de cela»

Yennayer 2968 est célébré dans les limites des moyens du mouvement associatif. Tout objet-symbole de la culture kabyle est mis en valeur dans des expositions montées pour l’occasion. Certaines associations réhabilitent, à cette occasion, timechret (ouziâ) et urar n lxalath, cérémonie de réjouissance traditionnelle des femmes kabyles. Et des galas de musique donnent à l’événement de Yennayer son cachet festif, pendant que dans tous les foyers le dîner traditionnel, imensi n Yennayer, est partagé dans la tradition.

Le rituel de la bonne année amazighe est ancré dans les habitudes de la population et prend même un coup de modernité avec les meilleurs vœux que l’on se souhaite fièrement en tamazight par des assegwas ameggaz qui inondent les réseaux sociaux. C’est dans cet état d’esprit d’enthousiasme général que se fête présentement en Kabylie Yennayer 2968. Dans la ville de Béjaïa, une exposition grouillante se déroule sous les auspices de la maison de la Culture avec l’intitulé «Yennayer, fête nord-africaine».

L’annonce de Yennayer fête nationale a-t-elle impacté les programmes de célébration des associations ? «Rien de cela», nous répond Oulebsir Nora, présidente de l’association Afniq, qui organise la manifestation «Yennayer, fête nord-africaine». «Ils ont proclamé Yennayer fête nationale, c’est bien, mais cela n’a rien changé pour nous. Nous avons organisé la même activité l’année passée et avec peu de moyens», ajoute-t-elle. Cette année, son association a reçu une aide financière des autorités publiques qui ont communiqué à la presse leur «programme protocolaire» à l’occasion de Yennayer.

Le wali visitera des expositions, sera présent au coup d’envoi d’un défilé et des galas artistiques, décernera des récompenses à des lauréats et honorera Abdelhafid Idres, le concepteur autodidacte du Grand dictionnaire amazigh. Parallèlement à l’emprise du cachet folklorique, les festivités sont rehaussées par des conférences, peu nombreuses, qui invitent un noyau de militants de la cause amazighe sans les universitaires, les grands oubliés des festivités.

La perspective de la création de l’Académie berbère, relancée par le dernier message du président de la République après une longue introduction muette dans la Constitution, renvoie pourtant le combat sur le terrain de la recherche et de la production scientifiques. C’est là que seront moissonnés les plus grands acquis de la cause amazighe.

Categorie(s): actualité actualités

Auteur(s): Kamel Medjdoub

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