Leïla Aslaoui-Hemmadi rencontre son public à Constantine, «J’écris pour partager

Elwatan; le Mardi 20 Mars 2018
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L’auteure est venue rencontrer un public nombreux, curieux et surtout chaleureux. L’exiguïté de la librairie Media Plus, située rue Abane Ramdane, a permis une intimité culturelle, une promiscuité qui a d’emblée rapproché les esprits et aboli les tutoiements superflus.

Bien entendu, il a été question (longuement) de la personnalité de l’invitée, de son parcours de magistrat, de ministre sous le règne éphémère du défunt Mohamed Boudiaf, de son deuil aussi, et de cette décennie 1990 qui a fait d’elle une victime et une icône de la résistance à l’obscurantisme et plus tard contre l’oubli et la trahison.

Disponible, Aslaoui répondait avec pédagogie aux questions posées par ces échantillons d’Algériens très nombreux pour lesquels ce passé n’est pas encore soldé, parce que les blessures sont toujours ouvertes. Elle répondait aussi avec humilité aux interrogations sur l’avenir de l’Algérie : «Je ne sais pas !», répétait-elle. Aslaoui, qui n’est pas retournée à Constantine depuis 18 ans, a eu droit à plusieurs témoignages parmi l’assistance, qui ont spontanément tenté de lui rendre hommage et souligner les traits qui font d’elle l’une des rares à avoir fréquenté les cimes du pouvoir sans avoir vendu son âme.

«S’il fallait refaire ce parcours qui est le mien, avec tous les dommages subis, je le referais», a affirmé Leïla Aslaoui. Chez Media Plus, il était question surtout de littérature et de Raison garder, que la journaliste Hayet Kerboua a présenté en ouverture de la rencontre. Comme nous l’avons écrit dans une précédente édition, il s’agit en effet d’«un ensemble homogène de chroniques de l’absurde ordinaire, une mise à nu de la société algérienne enfermée dans un Absurdistan  désarmant.… Des fictions adaptées de la vraie vie et où nous pouvons tous nous reconnaître».

Un constat largement partagé par les intervenants d’ailleurs. «J’écris pour partager, sinon je me contenterais d’écrire un journal intime», nous dit-elle, pour expliquer ce qui motive sa nouvelle occupation. «J’aurais pu écrire un livre indigeste avec 100 nouvelles, car le quotidien des Algériens est rempli de ces situations», souligne encore l’invitée, qui précise cependant que sa littérature ne prétend pas s’insurger ou dénoncer ces situations, au sens de l’engagement (un mot qu’elle dit ne pas aimer), mais de tourner en dérision ces fléaux. Ceux ayant lu déjà le recueil n’ont pas manqué d’exprimer le plaisir qu’ils en ont tiré.

Armand Vial, lui aussi auteur, a déclaré avoir lu trois fois le livre. Mais quelle est la place de l’artiste aujourd’hui ? s’interrogera-t-il. A quoi Aslaoui a répondu en disant : «Les conditions dans lesquelles se débat l’artiste aujourd’hui laissent peu de place à l’engagement.» L’auteure a dédicacé par la suite son recueil aux très nombreux admirateurs qui ont afflué chez Media Plus.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Nouri Nesrouche

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