Miel : Une production timide pour une forte demande

Elwatan; le Vendredi 25 Novembre 2016
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Même s’il s’agit d’une mauvaise année pour les apiculteurs qui ont perdu beaucoup de ruches à cause de la sécheresse et du parasite varroa, une vingtaine d’apiculteurs professionnels producteurs exposeront à partir de demain à la Foire du miel et des produits de la ruche. L’événement est organisé par l’Association des apiculteurs professionnels du massif de Djurdjura de la wilaya de Tizi Ouzou, en partenariat avec la Direction des services agricoles et la chambre d’agriculture de la wilaya de Tizi Ouzou.

La foire se déroulera au centre culturel Draâ Ben Khedda jusqu’au 3 décembre. L’objectif de cette exposition, selon l’association, est de «valoriser les productions de l’apiculture du massif du Djurdjura, promouvoir l’apiculture par l’insertion des apiculteurs amateurs dans les milieux professionnels, et aussi sensibiliser sur les vertus des produits de la ruche».

Il est également question, selon les organisateurs de la manifestation, «d’améliorer par la même occasion la visibilité de la filière apicole, écouler la production et combattre les miels frauduleux». L’objectif principal est aussi de «sensibiliser les autorités pour mieux prendre soin de l’apiculture». L’association veut en effet sensibiliser les consommateurs, faire connaître les miels du massif du Djurdjura, les analyser, diversifier les productions de l’apiculture, classer le miel du massif du Djurdjura  comme produit de terroir, labelliser le miel du massif du Djurdjura.

Trois points importants sur lesquels l’association insiste : «La protection et la sauvegarde de la race locale et ses écotypes-apis mellifica  intermissa. Deuxièmement, l’amélioration du tapis mellifère par l’encouragement à la plantation des essences utiles aux abeilles et expliquer le rôle des abeilles comme agents pollinisateurs. Puis, en troisième lieu, la valorisation des productions de l’apiculture par la labellisation des miels du massif du Djurdjura.

Contrefaçon

«Le bon miel, on le trouve chez les vrais apiculteurs, ce qu’on nous vend dans les supérettes ce n’est pas du vrai miel», affirme Sofiane Daoud, spécialiste des plantes médicinales et jeune entrepreneur. «Je me suis lancé dans l’activité apicole tout récemment. J’ai rencontré dans différentes foires et salons nationaux des apiculteurs mécontents qui défendent leur savoir-faire pour un produit de qualité.

Ce que l’on trouve dans les supermarchés à des prix qui semblent bas, ce sont souvent des sirops de miel, ou pire des sirops de sucre», alerte-t-il. L’Algérie importe annuellement plus de 15 000 tonnes de miel provenant de plusieurs pays, ce qui équivaut à près de 75% des besoins. La production locale est très faible et ne dépasse pas les 4000 tonnes par an.

Les objectifs fixés pour la relance du secteur sont loin d’être atteints, même si l’Algérie compte plus d’un million de ruches réparties dans 43 wilayas, un chiffre «exagéré», selon certains apiculteurs qui voient quelquefois leurs ruches détruites, volées ou brûlées «lors des grands feux de forêt en été», comme l’explique un apiculteur de Tizi Ouzou. En janvier, la Fédération algérienne des apiculteurs et producteurs de miel a indiqué dans un rapport sur la filière apicole en 2014 que la consommation par habitant en Algérie ne dépasse pas la moyenne des 80 grammes par an, contre 3,5 kg par habitant et par an en Europe.

Efforts

«L’Algérie tend à faire des efforts dans le secteur apicole déjà par l’existence de laboratoires et également par l’intermédiaire de la Chambre nationale de l’agriculture d’Alger qui a organisé le premier forum dédié à l’apiculture, qui s’est tenu en janvier dernier», déclare Nassim Abane, apiculteur, qui a investi dans l’huile d’olive et le miel. «Nos chercheurs et experts ambitionnent d’épurer la filière et remettre le miel d’Algérie dans les grandes surfaces au niveau national, mais aussi international.

Ceci nous arrange, car nous investissons un secteur porteur, cela implique une totale modernisation de nos installations», dit-il en restant positif. «Je pense que nous pourrons, dans quelques années, multiplier nos ruches et augmenter notre production. Ce qui impliquera directement la volonté des pouvoirs publics. Et pour le consommateur, il aura un miel de très grande qualité à un prix raisonnable. J’aimerais bien vendre mon miel à moins de 3000 DA le kilo, mais pour cela contribuons davantage au développement de la filière», encourage-t-il.

Nassim a depuis deux ans invité ses cousins à planter des fleurs et des eucalyptus sur les terrains vagues appartenant à leur famille, en Kabylie. Dans trois ans, il ambitionne de racheter les terrains environnants pour installer de nouvelles ruches et augmenter sa production. «Je veux choisir même le bois qui servira pour la confection des ruches de mes abeilles, chaque détail compte. Il faut donner le meilleur pour, au final, ne pas être déçu du résultat et dans le meilleur des cas être satisfait de sa propre production», avoue-t-il.

Formation

Depuis plus de vingt ans, les observateurs internationaux alertent sur les dangers de voir des colonies d’abeilles disparaître à cause essentiellement du changement climatique qui a perturbé les saisons de floraison. Pour Baya Hedouche, agronome, «le plus important pour améliorer le rendement des ruches est d’abord de former des apiculteurs. La ruche, ce n’est pas que du miel, il existe d’autres produits dérivés utiles, à condition de savoir les extraire», souligne-t-elle.

«Avant de penser à exporter le miel vers le marché international, il est souhaitable de produire suffisamment aux consommateurs nationaux, car la demande est très forte. Le miel sert au quotidien et en particulier pour ses vertus thérapeutiques», précise-t-elle. Vu que le miel se compose de vitamines, d’acides, de protéines, de sucre et de minéraux, cela fait de lui «presque un ‘‘repas’’ selon nos traditions culinaires ; mélangé à des œufs, il est servi aux femmes enceintes pour leur redonner du tonus et rosir leurs joues», conclut Baya Hadouche.

Dans ses recherches, l’expert en plantes, Sofiane Daoud, rappelle que la fabrication du miel demeure une entreprise exigeante. «Il faut que l’apiculteur comprenne que les laboratoires, les partenaires et les législations sont là pour sauvegarder le métier et contribuer à l’économie du pays. Il arrive quelquefois qu’un apiculteur ne sache pas prendre soin de ses abeilles, surtout l’hiver. Pourtant, il existe des campagnes de sensibilisation et même une fédération nationale très active», assure-t-il.

Categorie(s): une

Auteur(s): Faten Hayed, Nassima Oulebsir

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