Réduction de la production de l’Opep : Les pays exemptés source d’inquiétude

Elwatan; le Mercredi 4 Janvier 2017
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Alors que l’accord de réduction de l’offre pétrolière de l’OPEP est entré en vigueur depuis le 1er janvier, les productions libyenne et nigériane sont reparties à la hausse, faisant planer un air de doute quant à l’efficacité de la décision de l’OPEP. Exemptés de la décision de limiter la production, la Libye et le Nigeria renouent enfin avec la hausse de la production après plusieurs mois de contre-performances.

Une reprise qui fait dire à certains analystes leur scepticisme quant à la capacité de l’OPEP de faire régner un nouvel ordre sur le marché pétrolier mondial. Même si, globalement, le marché semble renouer avec l’optimisme en ce début 2017, certains analystes sont un peu moins optimistes, tant quelques facteurs d’anxiété subsistent, dont le comportement des trois pays exemptés de la décision de réduire de 1,2 million de barils/jour l’offre globale de l’OPEP.

«S’il est vrai que les membres de l’OPEP semblent attachés à leur engagement, la plus grande menace quant à la conclusion de l’objectif pourrait provenir des pays qui ont été exclus de l’accord», écrit sur Bloomberg Julian Lee, analyste du marché pétrolier. Pour lui, le rétablissement de la production libyenne et nigériane «pourrait sérieusement réduire l’efficacité de la décision de l’OPEP» qui tend à limiter son offre afin d’éponger les excédents du marché. Si ce projet doit se réaliser, il tient tant au respect des quotas fixés à chacun des membres de l’Organisation qu’à la conduite des trois pays exemptés de la décision de réduction de la production.

Si la Libye et le Nigeria venaient à augmenter davantage leur production au cours des prochains mois, «ils pourraient sérieusement compromettre les efforts de leurs camarades de l’OPEP», ajoute Julian Lee. Une situation qui «pourrait mettre en péril la fondation de l’accord de novembre et contraindre l’OPEP et ses alliés à envisager une nouvelle coupure avant même que la dernière ne soit pleinement mise en œuvre», estime Julian Lee dans une tribune libre de l’agence Bloomberg.

La Libye, le Nigeria et l’Iran profitent de cette situation d’exemption qu’ils ont hérité de l’accord d’Alger de septembre 2016 pour stimuler leur production pétrolière. «La promesse de la Russie de limiter sa production, alors qu’elle a atteint des records historiques en 2016, nous laisse dubitatifs. La Libye, qui est exemptée de limiter sa production, produit actuellement 685 000 barils par jour selon ses propres données, ce qui représente une hausse de 85 000 barils par rapport à sa production moyenne en décembre.

S’ils veulent atteindre leurs objectifs de limitation, les autres membres de l’OPEP devront encore baisser leur propre production, ce qui sera difficile», soulignent les analystes de Commerzbank. Quant au Nigeria, qui a connu une année 2016 plutôt catastrophique, il a fini l’exercice sur une note positive, récupérant de justesse, en novembre, sa première place de producteur en Afrique, devant l’Angola, avec une production de 1,9 million de barils par jour (contre 1,7 million pour l’Angola). Pendant plusieurs mois, alors que le pays était en proie à des troubles internes, la production du Nigeria atteignait difficilement les 1,5 million de barils/jour.

Le pays pourrait produire en moyenne 2 millions de barils par jour en 2017 si l’on se réfère aux prévisions du groupe BMI Research. Au moment où la Libye et le Nigeria accroissent leur production du brut, l’Iran se prépare pour le lancement d’une série d’appels d’offres pour le développement de ses champs gaziers et pétroliers. Le pays du Shah a d’ores et déjà qualifié 29 compagnies européennes et asiatiques pour y participer.

Sa production flirte avec les 4 millions de barils/jour, non loin des niveaux précédant les sanctions occidentales. En plus du risque de voir certains de ses membres écornifler de petits avantages liés à la situation d’exemption dans laquelle ils se sont mis depuis la réunion d’Alger, l’OPEP est confrontée à la menace du schiste américain. La production américaine de pétrole de schiste, plus coûteuse que celle traditionnelle, nécessite des prix plus élevés pour être rentable et avait fortement ralenti avec la chute des cours depuis l’été 2014, mais devrait reprendre en 2017 si l’accord des autres pays producteurs est appliqué.

Bien que les analystes restent prudents sur les chances de cette reprise de la production américaine, ils sont néanmoins dubitatifs sur la promesse de la Russie de limiter sa production, alors qu’elle a atteint des records historiques en 2016. Pour ainsi dire, bien que les cours du brut entament l’année sur les chapeaux de roue, atteignant leur plus haut niveau depuis un an et demi, le rééquilibrage du marché n’est pas pour autant acquis  tant des facteurs de décrochage subsistent encore ça et là.
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Ali Titouche

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