Référendum d’indépendance au Kurdistan irakien : Le «oui» l’emporte avec 92,73% des voix

Elwatan; le Jeudi 28 Septembre 2017
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Organisé lundi, le référendum d’indépendance au Kurdistan irakien a vu le «oui» l’emporter avec 92,73% des voix, selon les résultats officiels proclamés hier par la commission électorale, rapporte l’AFP. Initiateur du référendum, le président kurde, Massoud Barzani, a fait savoir avant le vote que la victoire  du «oui» ne serait pas immédiatement suivie d’une déclaration d’indépendance, mais marquerait plutôt le début de «discussions sérieuses» avec le pouvoir central irakien sur les points de contentieux.

Quelques heures avant l’annonce des résultats, le Premier ministre irakien, opposé à cette consultation, Haider Al Abadi, a posé  comme condition à toute négociation avec les autorités du Kurdistan l’annulation des résultats du référendum d’indépendance.

«Le référendum doit être annulé et un dialogue doit s’ouvrir dans le cadre de la Constitution. Nous ne discuterons jamais du résultat» du scrutin, a déclaré Al Abadi devant les députés irakiens. «Nous imposerons la loi irakienne dans toute la région du Kurdistan en vertu de la Constitution», a-t-il ajouté. Dimanche, le pouvoir central irakien a demandé aux pays étrangers de ne traiter qu’avec lui pour toutes les transactions pétrolières, l’or noir étant la principale source de revenus du Kurdistan irakien.

Le Parlement irakien a voté lundi une résolution «exigeant du commandant en chef de l’armée (le Premier ministre Haider Al Abadi) de déployer des forces dans toutes les zones» prises par les Kurdes après l’invasion américaine de 2003. Les territoires disputés sont situés hors du Kurdistan. Ils se trouvent dans la riche province pétrolière de Kirkouk, dans celles de Ninive (nord), de Dyala et de Salaheddine, au nord de Baghdad.

La plupart ont été conquises par les forces kurdes en 2014 à la faveur du chaos provoqué par l’offensive des djihadistes du groupe Etat islamique (EI). A l’étranger, ce scrutin est fustigé, en particulier par la Turquie, la Syrie et l’Iran, trois pays voisins comptant des minorités kurdes. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a mis en garde contre un risque de «guerre ethnique et confessionnelle», si le Kurdistan irakien menait à terme son projet de référendum.

Quelque 550 000 des 600 000 barils par jour produits par le Kurdistan irakien sont exportés via un oléoduc débouchant dans le port turc de Ceyhan, sur la Méditerranée, dans le sud de la Turquie. Une fermeture de l’oléoduc aurait toutefois aussi des conséquences préjudiciables pour les voisins : la Turquie exporte annuellement environ huit à dix milliards de dollars vers le Kurdistan, et l’Iran six milliards.

Le Parlement turc a renouvelé samedi pour un an le mandat qui permet à l’armée d’intervenir en Irak et en Syrie et le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a assuré qu’Ankara ne «part pas en guerre», mais pourrait mener uniquement «des opérations ciblées contre les éléments terroristes» susceptibles de constituer une menace sécuritaire pour la Turquie.

Les Etats-Unis se sont dits «profondément déçus», craignant que le scrutin «augmente l’instabilité» de la région. Le chef de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, a appelé «à des compromis». La Russie s’est montrée plutôt prudente, déclarant considérer «avec respect les aspirations nationales kurdes». Moscou relève toutefois que «les disputes entre Baghdad et Erbil doivent être résolues par le dialogue avec l’objectif de trouver une   formule de coexistence au sein de l’Etat irakien».

Un peuple victime du droit de la force

Répartis sur quatre pays, à savoir l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie, les Kurdes ont vu leur destin tracé en dehors d’eux, victimes des enjeux géopolitiques des puissants du jour. Pour schématiser, à la suite de la Première Guerre mondiale et du démantèlement de l’Empire ottoman, les Alliés décident de créer un Etat kurde. Le 10 août 1920, conformément aux Accords de Sèvres, un Kurdistan indépendant naît à l’est de l’Anatolie et de la province de Mossoul.

L’opposition de Mustafa Kemal et le Traité de Lausanne de 1923 mettent à mort ce projet. Mustafa Kemal mène une politique d’assimilation, la langue kurde est interdite. Et les Kurdes deviennent les «Turcs des montagnes». Cela ne les empêche pas de se révolter en Turquie en 1925, 1930 et 1937. Le 8 juillet 1937, la Turquie, l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan signent le pacte de Saadabad qui consacre la coordination de ces pays pour laminer toute rébellion kurde.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec l’appui de l’URSS, les Kurdes créent leur Etat à Mahabad, en Iran, en janvier 1946. En décembre de la même année, les troupes iraniennes écrasent cette République. Quant aux Kurdes irakiens, ils continuent à se révolter contre le pouvoir central avec pour leader Mustafa Barzani.

Ce dernier, face au refus de Baghdad de tenir ses promesses, déclenche une insurrection en 1961 au nord du pays pour l’«autonomie pour le Kurdistan, la démocratie pour l’Irak». En 1970, semble se dessiner un accord entre le Baas irakien et les Kurdes qui reconnaît ces derniers comme composante de la nation irakienne, la reconnaissance de leur langue et la création d’une zone autonome kurde.

Cependant, des désaccords apparaissent et en 1974, Baghdad décide d’appliquer unilatéralement ces accords. La guerre froide influe sur le conflit. Les Etats-Unis et leur allié, l’Iran du shah Pahlavi, encouragent l’insurrection kurde en Irak jugé trop proche de l’Union soviétique. Mais les Accords d’Alger signés par Baghdad et Téhéran en 1975 mettent fin à leur différend frontalier et à la cessation de l’aide iranienne aux Kurdes irakiens.La fin de la guerre irano-irakienne (1980-1988) n’a pas mis un terme aux souffrances des Kurdes.

Le pouvoir de Saddam Hussein va jusqu’à utiliser les armes chimiques pour les anéantir, à l’exemple du village de Halabja en 1988. Le 13 août 1989 est assassiné par des agents de Téhéran à Vienne le docteur Abdul Rahman Ghassemlou, secrétaire général du Parti démocratique kurde. Jalal Talabani, leader de l’Union patriotique du Kurdistan, est distant avec Ankara. Et dans l’histoire kurde, les divisions des leaders politiques ont souvent été exploitées par les gouvernants des différents pays où ils vivent pour les affaibir.

Categorie(s): monde

Auteur(s): Amnay Idir

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