Séjour de Kateb Yacine à Tlemcen : L’auteur qui «ébranla» la citadelle

Elwatan; le Jeudi 10 Aout 2017
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«L’auteur de Nedjma fut invité pour composer le texte d’un ‘‘Son et lumière’’ pour la commémoration du 10e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie», nous révèle Amine Bouali, écrivain et libraire.

Cependant, le projet tourne vite court et l’écrivain propose, alors, de monter une pièce de théâtre inspirée d’un épisode célèbre et mémorable du deuxième et infructueux siège de Tlemcen, alors capitale du royaume des Zianides, par des troupes mérinides venues de Fès, pour tenter de conquérir une seconde fois la ville, à la fin du 13e et début du 14e siècle.

Naquit alors la pièce Sawt enissâ (La voix des femmes) qui sera jouée le 5 juillet 1972, pour la première fois, par la troupe de théâtre du lycée de jeunes filles Maliha Hamidou. «Le texte de la pièce ne sera publié qu’en en 2014 à Paris aux éditions des femmes, sous le titre Parce que c’est une femme», nous apprend Amine. Kateb Yacine séjournera plusieurs mois avant et après juillet 1972.

Le mystérieuse manuscrit Anafrasie

«Il avait envisagé de s’y installer à mi-temps après avoir obtenu un petit appartement dans un immeuble coquet au quartier Bab Wahran». Amine s’interroge : «Est-ce durant cette période que le romancier avait remis à son ami Sid Ahmed Bouali, comme gage d’estime et pour une analyse critique, le manuscrit d’une autre pièce de théâtre -qui était alors en gestation- la mystérieuse Anafrasie ? Mais voilà, la présence à Tlemcen de Kateb Yacine, qui, si elle enchantait les hôtes tlemcéniens, posait problème aux autorités locales, au point de les irriter.

Le destin arrangea bien les choses pour des responsables schizophréniques : Kateb fut invité au Vietnam, voyage à l’issue duquel il écrivit la pièce L’homme aux sandales de caoutchouc.  Avant son départ, l’écrivain laissa à son ami Sid Ahmed le montant de 90 jours du loyer de son appartement pour le verser à la caisse des impôts.» Toutefois, de retour de Hanoï, Kateb ne put déverrouiller la porte de son logement. L’administration l’avait, entre-temps, cédé à une autre personne, qui avait pris le soin de changer les serrures. Sans insister, l’écrivain quitta définitivement Tlemcen.

Contre tous les «Bou dinars» de la planète

En juillet 2000, après le décès de Kateb Yacine, Selim, le fils de Sid Ahmed Bouali, découvrit dans les archives du papa, le texte d’Anafrasie.
Considérant qu’il s’agissait d’un texte qui a été prêté à son père seulement pour une lecture, Selim contacta celui qu’il jugea être son propriétaire légitime, Amazigh, le fils de l’écrivain, et lui restitua le manuscrit en 2012.

Anafrasie, selon une note de lecture de l’ami libraire, griffonnée au crayon sur la page de garde dudit manuscrit, la pièce en question est une sorte de «farce», qui met en scène un continent symbolique qu’imagina Kateb Yacine pour «les besoins de sa cause littéraire». Dans ce récit d’une trentaine de feuillets, l’écrivain prend la défense des «ânes» prolétaires les «frères-monuments qui gardent la loi et vendent le pétrole» et contre tous les «Bou dinars» de la planète… Ainsi fut marqué le passage du père de Nedjma à Tlemcen. L’homme qui «ébranla» la citadelle par sa seule présence…
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Chahredine Berriah

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