Smaïn Lalmas. Président de l’association Algérie Conseil Export : Il serait temps de penser à mettre en place une politique pragmatique pour accompagner le passage de l’informel vers le formel

Elwatan; le Vendredi 21 Juillet 2017
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- Les marchés informels connaissent une progression remarquable dans toutes les régions du pays. Selon vous, comment ces marchés affectent et freinent l’économie du pays ?

Le marché et l’emploi informels représentent les deux axes de l’économie informelle. Depuis longtemps, les marchés informels sont une sérieuse menace pour l’économie du pays en se développant très souvent à une cadence infernale, selon les conjonctures. Il faut souligner aussi, contrairement à l’analyse croisée sur le sujet, que le marché informel n’est pas alimenté uniquement par l’importation frauduleuse ou par des unités de production qui évoluent de façon informelle, mais aussi par le secteur formel qui réserve une bonne partie de sa production (sans facture) pour le marché informel.

Le principal enjeu du secteur informel en Algérie réside dans le manque à gagner qu’il crée pour les recettes fiscales de l’Etat et les caisses de sécurité sociale, mais un grand tort est porté surtout à la politique d’encouragement à l’investissement, qui dissuade toute envie d’investir dans un pays où le secteur informel est prépondérant.

- Plusieurs marchés informels réapparaissent après leur éradication. Cela remet-il en cause la méthode adoptée par le gouvernement ?

L’accroissement de la taille du secteur informel encourage le développement de ces marchés et rend de plus en plus difficile leur éradication. La reconnaissance de l’Etat de ce phénomène est un préalable à la mise en place d’une stratégie pour un meilleur traitement du sujet. A rappeler l’importance du secteur informel dans notre économie, qui arrive à satisfaire une bonne partie des besoins de notre marché.

Il faut donc, et c’est très important, tenir compte de la diversité des secteurs, des acteurs et de leur taille dans la gestion de ce dossier. Il est évident que la chasse musclée aux marchés informels n’est pas la bonne approche. L’absence de diagnostic approfondi nous a conduit à l’échec de toutes les actions entreprises par les pouvoirs publics pour contenir ce problème. A mon avis, il serait temps de penser à mettre en place une politique pragmatique pour accompagner le passage de l’informel vers le formel.

- Et quelle serait, selon vous, la meilleure chose à faire ?

Adopter une approche pragmatique reviendrait donc à essayer de formaliser l’informel ; cela nécessitera beaucoup de temps, mais quelles que soient la conjoncture et la situation économique du pays, nous devons appuyer ce secteur afin qu’il puisse continuer à créer de l’emploi et de la valeur ajoutée aux entités ou entreprises informelles.

Par ailleurs, un bon diagnostic va forcément nous permettre de détecter les différents niveaux qui caractérisent l’informel, et donc adapter la politique idoine pour les différents besoins en régulation. Il est évident que la volonté politique doit être réelle pour éradiquer ce phénomène, notamment pour lutter par exemple contre la distribution informelle en gros, qui nécessite l’implication efficace des différents services, comme la douane aux frontières et les impôts, en parfaite cohésion, pour arriver à contenir des acteurs aux connections politiques fortes et qui ont la capacité de contourner les règles.

Des études ont fait le parallèle entre l’accroissement du secteur informel et l’importation massive de biens et services, qu’il faudrait remplacer par une production au niveau local, mais en encourageant bien sûr l’investissement et en instaurant un climat des affaires propice avec un allègement, ou la mise en place d’un cadre réglementaire adapté à la réalité économique tel qu’une fiscalité progressive pour encourager les acteurs de l’informel à s’inscrire dans le formel.
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Ryma Maria Benyakoub

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