Théâtre. La pièce Babor GhraQ, Une œuvre essentielle

Elwatan; le Mardi 20 Mars 2018
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Sauf que l’on sort de sa représentation avec un goût d’inachevé, du moins au vu de celle donnée au TRO, pour quiconque qui, comme nous, avait en tête sa captation réalisée par Khaled Oulebsir dans une distribution où Abdelkader Tadjer et Omar Guendouz partageaient avec truculence ses savoureuses réparties en compagnie de Slimane Benaïssa.

Etait-ce parce que les trois comédiens, Mustapha Ayad à la place de Tadjer, étaient dans un jour sans, même si Guendouz a mieux tiré son épingle du jeu ? Il y avait sûrement de cela : jeu extérieur, attitudes dans la posture plutôt que dans l’incarnation, pas de complicité entre comédiens sur scène, voire peu de plaisir à jouer… Mais du coup, la densité et le rythme du jeu s’en sont ressentis.

Conséquemment, le spectateur étant moins empoigné dans la fiction, la question de la vraisemblance se manifeste à son esprit. Pour quelle raison les trois personnages se retrouvent-ils ensemble sur un bateau de…. pêche? Nulle indication. Il est question de «naufrage», selon les propos des personnages, alors qu’en fait le bateau est à la dérive.

Et puis, parce qu’emblématiques, les personnages n’ont pas d’histoire personnelle qui aurait pu corser une intrigue se résumant en fait à une situation. Ceci étant, il n’en reste pas moins vrai que le spectacle est un régal et rassure sur le fait que le théâtre «engagé» n’est pas dépassé, pour peu qu’il soit poignant, dans la justesse et  la vérité politique plutôt que dans la manipulation. Cependant, parce que «muséal», le spectacle date terriblement au plan de la forme. Benaïssa a été confiant dans le fait que l’aspect spectaculaire de la représentation tient dans le texte, à son écriture dense, à sa critique féroce et à ses répliques percutantes, l’intrigue n’étant qu’un prétexte à dire.

En ce sens, Benaïssa est demeuré prisonnier du formidable feed-back du public dans les années 1980, une période où la parole libre était férocement opprimée. Ce qu’il a perdu de vue, c’est que, depuis les années 1990, le public a goûté au visuel, d’une part, et d’autre part, le théâtre algérien a connu une évolution qui l’a éloigné du théâtre du dire. Une réactualisation par une mise en scène inventive, loin du statisme, aurait judicieusement remis au goût du jour Babor Ghraq.

Aussi, vivement que Slimane Benaïssa nous revienne en dramaturge actuel, plus en phase avec le public d’aujourd’hui ! Avec des créations plus en phase avec le ressenti d’une nouvelle génération loin de celle des seventies et eighties.

El moudja walate, terrible malentendu, relève plus du one-man-show, spectacle exquis au demeurant, et non du théâtre, qui fait mouche avec les Algériens de l’étranger parce que leur cadran est encore rivé à trois décennies auparavant. Vivement, parce que Benaïssa est un dramaturge de talent doublé d’un intellectuel de haute volée, une denrée rare.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Mohamed Kali

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