Village Tifra (Béjaïa) : Les moucharabiehs, une curiosité architecturale

Elwatan; le Mardi 2 Aout 2016
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Aujourd’hui encore, alors que tout le monde se soucie comme d’une guigne de ce patrimoine dont on ne mesure pas l’importance, plusieurs maisons gardent encore intacts leurs moucharabiehs. Dans la majorité des quartiers du village, on trouve une ou plusieurs maisons arborant ce type de balcon sur rue, qui a donné dans le temps au village son nom caractéristique de Tifra m’leqwas.

Système ingénieux de ventilation et de tamisage de la lumière, les moucharabiehs servent aussi à protéger l’univers familial des regards extérieurs. «A l’époque, les filles n’allaient pas à l’école et les femmes ne sortaient que pour chercher de l’eau ou ramasser des olives, donc grâce à ces balcons fermés faits de panneaux percés, que ce soit en période de deuil ou de fête, les femmes pouvaient observer ce qui se passait dans la rue sans être vues», nous explique un vieux du village.

De triple origine (orientale, andalouse et maghrébine), les moucharabiehs ont inspiré aux Occidentaux leur jalousie, dispositif architectural, conçu lui aussi pour préserver l’intimité familiale des regards indiscrets. Symbole de luxe et de protection, ces balcons servaient aussi de lieu de dépôt pour tenir au frais les jarres d’eau. D’ailleurs, pour beaucoup d’étymologistes, moucharabieh veut dire «machrabia» (lieu où l’on boit), car en dépit du grand flou qui entoure son origine, on s’accorde à dire que moucharabieh dériverait du mot arabe «charaba» qui a donné chorba, sorbet, sirop, sirupeux….

«Ce serait formidable si l’on arrive à restaurer tous les moucharabiehs de notre village et à recréer maintenant, en mariant le traditionnel au moderne, ce genre d’architecture !», fait remarquer un villageois fier de ce patrimoine. Les moucharabiehs ont de tout temps exercé une certaine fascination sur les touristes, qui les rattachent directement aux Mille et Une Nuits.

«La jolie chose d’un moucharabieh. Figurez-vous une fenêtre obscure, un balcon opaque, fait pour laisser passer l’air et non la lumière, pour voir le dehors et n’être pas vu. Il n’est pas un moucharabieh de la rue du Caire qui ne soit antique et authentique. Le bois en est travaillé avec un art naïf et raffiné. Il aurait l’imagination bien froide et bien stérile celui qui ne se plairait pas à deviner derrière ces dentelles serrées de bois contourné, des voiles soulevés, de grands yeux noirs et ardents, curieux et moqueurs, des lèvres carminées, des cheveux d’ébène, enfin un rêve des Mille et Une Nuits», écrivait déjà un Français en 1889.
 

Categorie(s): bejaia

Auteur(s): Boualem B.

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