58e anniversaire de la mort de Amar Imache: Retour sur le parcours «occulté» d’un primo-nationaliste algérien

Lesoir; le Jeudi 11 Octobre 2018
2

Un hommage a été rendu à Imache Amar, l’un des
nationalistes de la première heure et membre fondateur de l’Etoile
nord-africaine (ENA), à l’occasion du 58e anniversaire de sa
disparition.
Au programme de cette commémoration initiée depuis 2013 par la direction
de la culture de Tizi Ouzou et l’association culturelle «Imache Amar» de
son village natal, Aït Mesbah, dans la commune d’Ath Douala, à une
trentaine de kilomètres de Tizi Ouzou, des expositions d’articles de
journaux, de brochures et livres d’histoire dans le hall de la maison de
la culture racontant le long parcours de ce grand militant nationaliste,
des conférences-débats d’universitaires, notamment Karim Salhi,
enseignant à l’Université Hasnaoua, et le fils du vieux militant,
Mohamed Imache, auteur d’un livre intitulé «Amar Imache : le pionnier
occulté». Des exposés retraçant le parcours du défunt militant
nationaliste ont été donnés au profit des élèves des lycées et collèges,
notamment ceux du CEM Mouloud-Feraoun de la ville des Genêts qui ont
pris part, dans l’après-midi, à la conférence-débat animée au Petit
Théâtre de la MCMTO, suivie par un nombreux public et d’anciens
maquisards de la wilaya III historique.
les conférenciers Karim Salhi et Mohamed Imache se sont attelés à
reconstituer la trajectoire de celui qui a jeté avec d’autres militants
syndicalistes issus, pour la plupart, de la Haute Kabylie, les
fondements du Mouvement nationaliste algérien, au début du 20e siècle.
L’auteur, Mohamed Imache, revisitera le parcours trépidant de son défunt
père. Une rétrospective biographique développée dans un opuscule de 110
pages richement documenté et où il dit tout son dépit sur le silence et
les occultations des historiens quant à l’apport immense de
l’intellectuel militant et engagé que fut Amar Imache. Parti très tôt de
sa Kabylie natale (il est né le 7 juillet 1895, pour fuir la misère et
la faim, l’ouvrier qu’il deviendra dans les mines de charbon du
Pas-de-Calais, dans les manufactures des pneumatiques Michelin, à
Clermont-Ferrand, les Etablissements des constructions et armes navales
dans la Charente et enfin à Paris comme chef d’équipe à l’usine des
savons et parfums «Roger & Gallet», s’est forgé une âme de battant et de
syndicaliste aguerri dans le mouvement ouvrier français de l’époque.
Dans le maelstrom politique d’un monde en butte à de grands
bouleversements tragiques au début du 20e siècle, l’engagement pour la
cause des ouvriers nord-africains d’Amar Imache ne tardera pas à prendre
le contour politique alliant réflexion et action au service de
l’émancipation du peuple nord-africain, et ceux de l’Afrique en général
qui croupissent sous le joug colonial.
De 1926 à 1934, date à laquelle il sera viré et emprisonné à cause de
ses activités politiques. Tout en travaillant dans la métropole
française, Amar Imache consacrera l’essentiel de sa vie professionnelle
à la sensibilisation des ouvriers algériens, avant de réussir
l’organisation d’un rassemblement, le 7 décembre 1924 à Paris, de près
de 100 000 travailleurs et créer ainsi la première organisation
sociopolitique, dénommée Congrès des ouvriers nord-africains (Cona).
En 1926, cette organisation deviendra Etoile nord-africaine (ENA) pour
revendiquer l’indépendance de l’Algérie, narrent encore les
conférenciers, qui rapportent qu’en 1929, l’ENA est dissoute à cause des
obstacles qu’elle constituait à la France qui se préparait à fêter le
centenaire de la colonisation de l’Algérie. Selon les mêmes orateurs, le
combat de l’ENA ne s’est pas arrêté là, puisque Amar Imache initie en
1930 le lancement du journal qui défendra El Ouma.

Le combat indépendantiste
En 1933, l’ENA, dissoute, deviendra «Glorieuse Etoile nord-africaine» (Gena),
à la tête de laquelle l’AG des militants, le 28 mai 1933, élira Imache
Amar comme SG et rédacteur en chef d’El Ouma. Nouvelle dissolution du
parti avec l’arrestation et l’emprisonnement des principaux animateurs :
Belkacem Radjef, Messali Hadj et Amar Imache. Leur libération
n’interviendra qu’après 6 mois (en 1935). Le 28 août de la même année,
Amar Imache réagit contre l’occupation de l’Ethiopie par l’Italie en
écrivant : «Tous les Africains, sans distinction de religion, doivent
manifester contre le fascisme italien en Afrique», une déclaration qui
lui vaudra une nouvelle incarcération en compagnie de Belkacem Radjef et
Mohand Saïd Si Djilani, tandis que Hadj Messali avait trouvé, à sa
première libération, un refuge à Genève chez Chakib Arslan, un
nationaliste arabo-islamiste libanais. Dans l’immense parcours militant
de Imache Amar, qu’il consacra entièrement à la cause nationale pour
laquelle il aura tout sacrifié, l’on découvre que l’enfant d’Ath Mesbah
n’a décidé de se marier qu’à l’âge de 53 ans (en 1948), une année après
son retour au bercail en février 1947. La prison l’ayant durement
marqué, complètement malade et boiteux, il écrira alors une «Lettre
d’adieu aux Algériens résidant en France» : «Quand vous lirez ces
lignes, je serai déjà loin de vous…» Aveu prémonitoire… De ce parcours
trépidant et entièrement dévoué à l’éveil de son peuple algérien pour
son indépendance, ne restent que des pages éparses que tentent
patiemment ses enfants et d’autres militants de reconstituer. Un travail
de mémoire pour réparer le parti-pris et l’oubli manifeste des manuels
et livres de l’histoire officielle qui ont tissé des lauriers et des
parcours glorieux à certains acteurs au détriment d’autres militants
pionniers du mouvement national.

Un point chaud du débat de jeudi dernier
Beaucoup parmi les présents à la maison de la culture de Tizi Ouzou
n’ont pas manqué d’évoquer le clash mémorable qui opposa Messali Hadj et
ses partisans à Amar Imache et qui a conduit celui-ci à prendre ses
distances de manière tonitruante avec le «zaïmisme» de celui qui érigea
le culte de la personnalité en mode de gestion politique du parti
nationaliste naissant l’ENA.
Echanges vifs et animés, d’autres intervenants, quand il s’agit
d’évoquer le délitement idéologique du mouvement nationaliste naissant
sous l’impulsion de Messali Hadj. De retour de son voyage d’Orient, et
fortement imprégné par les idées des pères fondateurs et théoriciens de
l’arabo-nationalisme émergent, Messali optera pour un projet identitaire
et une vision du monde totalement transformée. De l’universalisme de ses
débuts, il adoptera une attitude étroite franchement exclusive. Ce que
d’aucuns ont dénoncée dans le débat comme étant à l’origine des
querelles politiques d’aujourd’hui, opposant des segments importants de
la société algérienne qui se déchirent sur la profondeur historique et
civilisationnelle de l’Algérie.
S. A. M.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): S. A. M.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..