A FONDS PERDUS: La relance ne profite qu'aux étrangers: Par Ammar Belhimerambelhimer@hotmail.com

Lesoir; le Mardi 3 Juin 2008
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La région Meda se normalise en s’insérant dans la globalisation
économique. C’est ce que confirme la toute récente étude de
l’observatoire des investissements en Méditerranée (*). La région a
enregistré 24 milliards d’IDE en 2007 dont le tiers est représenté par
le rachat du cimentier français Lafarge par l’égyptien Orascom. A cette
exception près, la région demeure la chasse gardée des pays du Golfe
(22% des IDE) et des Etats-Unis (pour une même proportion) ; l’Europe se
contentant de la portion congrue de 3% et préférant s’investir dans
l’espace économique des nouveaux membres d’Europe de l’Est.En 2007,
notre pays a reçu 5,3 milliards d’euros en IDE, contre 2,4 en 2006.
C’est la rançon de ses efforts en matière de développement des
infrastructures et de modernisation de son appareil industriel. La bonne
nouvelle vient de ce que le flux de capitaux étrangers est, pour la
première fois, et pour l’essentiel, domicilié hors du secteur de
l’énergie (1,5 milliard d’euros). La métallurgie (1,6 milliard d’euros),
la chimie (746 millions de dollars investis par l’égyptien Orascom dans
Sofert — une société mixte créée avec Sonatrach pour gérer une usine
d’engrais), le BTP (638 millions d’euros) sont les principales branches
investies. L’Europe reste le plus grand prétendant au marché algérien
avec 62 projets d’IDE sur un total de 111. Ses entreprises opèrent dans
les matériaux de construction (l’allemand Knauf et le français
Saint-Gobain pour le plâtre), le secteur des machines et équipements
mécaniques (avec l’arrivée en force des PME françaises Boccard, Trévise
et MLI), le BTP (13 projets) et les banques (8 projets). La BNP a ainsi
injecté un milliard de dinars dans sa filiale locale. Par ailleurs,
anticipant les dispositions du décret exécutif publié au Journal
officiel du 30 mars 2008, BNP Paribas a signé, dès le 25 mars, via sa
filiale assurance Cardif, un accord avec la Cnep qui prendra plus tard
la forme d'une filiale commune entre les deux sociétés pour la
distribution à travers le réseau de la Cnep- Banque (206 agences
réparties à travers le pays pour plus de 3 millions de clients) de
l'ensemble des produits d'assurance vie, d'épargne et de protection
conçus par Cardif El- Djazaïr. Pour rappel, aux termes du texte en
question, le taux maximum de participation d’une banque ou d'un
établissement financier dans le capital social d’une société d'assurance
et/ou de réassurance est fixé à 15% du capital social de la société
d'assurance et/ou de réassurance. L’installation de Total à Arzew marque
également le retour des Français dans l’énergie. Les Emiratis affichent
également une certaine frénésie avec un total de 12 projets d’une valeur
de 1,5 milliard d’euros. Leurs secteurs de prédilection sont
l’immobilier, la métallurgie et l’alimentaire. Ils sont talonnés par les
Saoudiens, plutôt intéressés par le tourisme et l’agro-alimentaire.
Savola entend ainsi investir 140 millions d’euros pour une raffinerie de
sucre d’un million de tonnes à Oran. L’immobilier, les transports et les
services délégués offrent par ailleurs des perspectives inédites avec
les 2,9 milliards d’euros que l’émirati Emmar entend investir dans un
complexe touristique à Colonel-Abbas, à l’ouest d’Alger, les 1 501
millions de dollars que le singapourien Portek compte placer dans de
nouvelles plateformes logistiques portuaires et le rachat de 49% de
International BULK Carriers (IBC), une filiale de la Cnan, par le
saoudien Pharaon-CTI. La Tunisie (métallurgie, textiles et médicaments)
et le Liban (banques) tiennent aussi à figurer parmi les nouveaux
prétendants au partage du marché. Située en amont des grands projets du
BTP, de l’hydraulique et des transports, la sidérurgie attire beaucoup
de capitaux arabes : le vieux projet sidérurgique de Jijel (initialement
prévu pour les aciers spéciaux) est réactivé par l’égyptien El Ezz pour
1,25 milliard de dollars, une usine d’aluminium est prévue dans la
banlieue d’Alger par Profiles Aluminium, filiale du groupe tunisien
Bayahi qui investit 31 millions d’euros, une usine de composants
métalliques est projetée par Orascom à 45 km d’Arzew pour 18 millions
d’euros. L’étude souligne par ailleurs une forte croissance des
partenariats publics privés, particulièrement en zones urbaines : la
construction et la gestion en BOT d’une usine de dessalement à
Mostaganem et à Cap Djinet par le consortium espagnol Inima- Aqualia
pour 67 millions d’euros, l’acquisition de 51% de l’usine de dessalement
de Fouka par SNC Lavalin et Acciona, la détention de la même part de
capital d’une usine de dessalement construite à Tlemcen pour 2 054
millions d’euros par le malaisien Malakoff et le singapourien Hyflux, la
création et la gestion d’une station d’épuration d’une valeur de 10,4
millions d’euros à Aïn Béïda par le singapourien Keppel. La relance du
secteur touristique (3% du PIB en 2015) et le projet de privatisation de
100 entreprises publiques en 2008 doivent accroître ce flux d’IDE en
Algérie dans des secteurs habituellement désertés par les étrangers.
Toutefois, la privatisation et la réforme des banques demeurent les
pierres d’achoppement de l’ensemble de l’ajustement structurel et de la
restauration du climat des affaires et, encore une fois, les intentions
affichées, et encore moins l’instrumentation juridique mise en œuvre,
sont insuffisants pour provoquer localement la «bascule» qu’évoque le
titre du rapport. La privatisation attend depuis l’ordonnance 01- 04 du
20 août 2001 relative à l’organisation, la gestion et la privatisation
des EPE. Huit ans pour trouver preneur à un tissu industriel réduit en
lambeaux par un déficit de gestion, des parrainages mafieux, des
équipements obsolètes, etc. Le secteur public coûte trop cher à l’Etat
et il n’est pas près de s’extraire de ses sables mouvants : le montant
de son endettement équivaut son chiffre d’affaires annuel estimé à 630
milliards de dinars, soit 7,1 milliards de dollars. A ce jour, la valeur
totale de cession de ses entreprises lui a rapporté 18 milliards de
dinars ! (**). Le tonneau des danaïdes ! Dans ces conditions, se
désengager, quel qu’en soit le prix, revient à arrêter l’hémorragie. Il
reste naturellement à connaître le coût social de cet «abandon de
famille» et à arrimer aux efforts pharaoniques d’investissements en
infrastructures des pôles industriels nouveaux. Placées sous tutelle du
ministère des Finances, les banques publiques font aujourd’hui office de
«hauteurs dominantes» de l’économie. Les plans de restructuration qui
leur sont réservés indiquent une ouverture progressive (une banque après
l’autre) de leur capital. Qu’est-ce qui fait motiver les investisseurs
étrangers ? Pourquoi les nationaux sont-ils plus réservés ?
L’investissement étranger n’est-il pas trop problématique ? Ne faut-il
pas, au contraire, provoquer à l’échelon local, pour parler keynesien,
une véritable «euthanasie des rentiers» qui favorise la mobilisation de
l’épargne au détriment de la thésaurisation et, au delà, de la
spéculation ? Pourquoi un pays de plus en plus attractif pour les
capitaux étrangers néglige ses propres entrepreneurs ? Ce ne sont
pourtant pas les intentions qui font défaut. Les nationaux totalisent
78% du montant global des projets inscrits et 98% du nombre total des
projets déclarés auprès de l’Andi depuis 2002 jusqu’à fin 2007.
Cependant, la confiance des investisseurs reste toute relative. Le
nombre de projets réalisés et entrés en activité ne représente que 35%
de la totalité des projets inscrits auprès de cette agence, pour
l’équivalent de 20 milliards de dollars seulement.
A. B.
(*) Anima Investment Network, Investissement direct étranger vers
Meda en 2007 : La bascule, Etude n° 1, réalisée par Pierre Henry, Samir
Abdelkrim, Bénédict de Saint-Laurent, mai 2008.
(**) Nachida Bouzidi, Les réformes économiques en Algérie : ajustement
structurel et nouveau rôle de l’Etat, in Revue algérienne, n° 02/2007.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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