ABDELAZIZ BELAÏD : : «On a affaire à un pouvoir autoritaire qui n’est même pas uni»

Lesoir; le Samedi 13 Janvier 2018
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Le président du parti Front El Moustaqbel, Abdelaziz Bélaïd, ne mâche
pas ses mots. Hier, en tout cas, il a profité de la cérémonie
d’ouverture de la session ordinaire du conseil national du parti, qui se
tient au Centre des artistes de Zeralda, du 12 au 14 janvier, pour tirer
à boulets rouges sur le pouvoir. «Nous avons affaire à un pouvoir
autoritaire qui n’est même pas uni. Et c’est ce qui constitue un danger
pour le pays.»
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Dans un discours au vitriol, Abdelaziz
Bélaïd, dont le parti a réalisé un score surprise aux dernières
élections locales, l’ayant propulsé au rang de troisième force politique
du pays, s’en prend avec une égale véhémence à l’administration, au FLN
et au pouvoir. «La scène politique nationale est en ébullition avec des
foyers de tension qui se multiplient depuis trois ans. Nous avons prévu
tout cela au front El Moustaqbel.» Faisant allusion aux conséquences,
sur le front social et économique notamment, de la chute des prix du
pétrole, Bélaïd n’en reste pas moins convaincu que, pour autant, «la
crise en Algérie est d’essence politique et non pas économique ». Il
s’expliquera davantage : «En Algérie, nous avons affaire à un pouvoir
autoritaire qui fonctionne à la mode de l’allégeance (…) Un mode de
fonctionnement qui a écarté toutes les compétences et à tous les
niveaux. C’est une gouvernance caractérisée par la mauvaise gestion, la
pensée unique et la bureaucratie. » Commentant les dernières élections
du 23 novembre 2017, le président du front El Moustaqbel enchaînera :
«Aux dernières élections, l’administration est intervenue lourdement
dans la vie politique. (…) Certaines APC que nous avons remportées
largement, nous ont été enlevées de force. Il s’agit là d’une forme de
mépris pour le peuple. Et puis, ce genre de pratiques servent-elles le
parti en question (le FLN, Ndlr) ?» Pour Bélaïd, il a été question «d’un
véritable terrorisme contre nos élus de la part de l’administration. »
Avant de charger encore une fois le pouvoir : «Ce pouvoir doit enfin se
rendre compte que les peuples de 2018 ne sont plus les mêmes que ceux
des années soixante-dix. Ce qui est arrivé en Tunisie, en Égypte, en
Syrie peut se reproduire chez nous.» Au plan économique non plus, rien
ne va, selon Abdelaziz Bélaïd. «Les cadres de valeur sont marginalisés
ou vivent dans une psychose permanente. De nos jours, nous n’avons pas
un secteur public performant tandis que le secteur privé est
parasitaire.» Tout cela, expliquera- t-il, est dû à un manque de vision
et de stratégie de la part du pouvoir. Pire encore, «nous avons
l’impression d’avoir affaire à un pouvoir avec plusieurs têtes. Et c’est
ce qui constitue un danger pour le pays». En guise de solutions, il
préconise toutefois l’ouverture d’un dialogue. «De nos jours, le peuple
n’a pas d’interlocuteur. A chaque crise, le seul interlocuteur que le
peuple trouve en face de lui, c’est la gendarmerie.» Médecin de
formation, Abdelaziz Bélaïd ne manquera pas d’ailleurs de citer comme
exemple le dernier mouvement des résidents : «Il n’y a aucun avenir pour
un pays qui violente ses savants, ses médecins», dénoncera-t-il. Avant
de regretter que le mode de fonctionnement de l’exécutif étant tel, que
«même un ministre ne peut pas prendre de décision. C’est le propre des
gouvernements technocratiques. Non, un ministre, c’est d’abord une
fonction politique. Un ministre ne doit pas nécessairement être un
expert mais d’abord un responsable politique qui prend des décisions».
Un constat pertinent et bien réel, du reste.
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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