CE MONDE QUI BOUGE: Alors que le football unit les Syriens, en Algérie, il sert d’exutoire

Lesoir; le Jeudi 7 Septembre 2017
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Par Hassane Zerrouky
hzerrouky@hotmail.com
Les
armes ne vont sans doute pas se taire mais chacun en Syrie a semblé les
rengainer le temps d’un match de football. Et pas n’importe quel match
puisqu’il s’agissait d’une rencontre comptant pour le Mondial 2018 en
Russie, opposant l’équipe nationale syrienne à son homologue iranienne.
Que ce soit dans cette partie de la Syrie sous contrôle des forces de
Bachar ou dans le nord syrien et la Ghouta sous contrôle des groupes
islamo-nationalistes, tous souhaitaient la victoire de l’équipe syrienne
: le nul obtenu mardi à Téhéran, deux buts partout, a ainsi été fêté par
tous les Syriens. Il lui faudra maintenant battre l’Australie en match
de barrage.
Pour le régime syrien, une qualification de l’équipe nationale ne
pourrait que tomber à point après la victoire remportée par l’armée de
Bachar sur l’Etat islamique (EI, Daesh) à Deir Ezzor. Pour ses
adversaires non djihadistes du nord syrien, qui estiment que l’équipe
nationale n’est pas la propriété du régime mais de tous les Syriens, on
souhaite aussi la qualification de cette équipe. «Si on se qualifie, je
suis sûr que le combattant qui est de l'autre côté du front, en face de
moi, va entendre ma joie, et peut-être même qu'il va y répondre» dit ce
soldat syrien cité par l’AFP.
Ainsi, grâce au football, cette communion entre tous les Syriens a eu
raison du religieux qui les divise car on feint de l’oublier parfois,
c’est dans le registre religieux que les différents groupes armés se
réclamant de l’islam puisent leurs arguments pour légitimer leur
«djihad» contre le régime de Damas. Même dans les régions kurdes, on a
souhaité la victoire de l’équipe syrienne. Comme quoi, quelque part,
demeure un attachement à ce territoire qui a pour nom la Syrie, et que
les Occidentaux, Etats-Unis et France en tête, et leurs obligés les
pétromonarchies du Golfe avant que le petit Qatar ne soit mis au coin
par le grand frère saoudien, se sont employés à imploser en soutenant
financièrement et en armant les groupes islamistes armés.
Alors question : cette unité manifestée autour de la sélection nationale
syrienne va-t-elle permettre d’éviter la désintégration de la Syrie ?
Cela serait possible si le régime de Bachar mettait fin à sa prétention
d’incarner tous les Syriens au nom d’une idéologie arabiste
pseudo-laïque, génératrice de dérives dictatoriales et de corruption
ayant mené tout droit à la guerre qui déchire ce pays de vieille
civilisation. Car si l’islamisme est par définition une impasse
politique, le nationalisme arabe à la sauce baâthiste, parfois teinté
conjoncturellement de religiosité islamisante, l’est tout autant.
Mais pour ce faire, il reste à savoir si les Etats-Unis, pour qui la
région moyen-orientale est une chasse gardée depuis le pacte scellé
entre Roosevelt et Ibn Saoud en 1945 – ils mènent une guerre depuis 1990
quand ce n’est pas leur bras armé israélien qui l’assure avec leur aval
– et la Russie qui lui conteste ce rôle et qui y a effectué un retour en
force, vont laisser les Syriens décider de leur avenir. On verra bien.
Pour l’heure, saluons cette unité retrouvée, même momentanée, des
Syriens grâce au football.
Quoi d’autre ? L’Algérie qui n’ira pas au Mondial en Russie ? Certes,
les supporters de base que nous sommes, ne peuvent que compatir. Mais
entre nous, il y a plus grave. C’est que les indicateurs du pays sont
encore au rouge. Et une qualification algérienne à la Coupe du monde
n’aurait rien changé à ce fait sinon à servir encore une fois d’exutoire
à une réalité que d’aucuns qualifient de socialement et politiquement
très, très préoccupante.
La dégradation économique couplée à la dégradation sociale – les deux
vont de pair – sont bien là. Qui plus est, avec une valeur du dinar qui
ne cesse de plonger, un chômage qui commence à remonter, un personnel
politique qui ne se renouvelle pas – c’est pratiquement le même
personnel qui est aux manettes depuis au moins 1999 –, un président
invisible et une opposition politique à l’image fortement dégradée
auprès de l’opinion, l’avenir ne s’annonce pas rose. Et ce n’est pas
inviter l’armée à intervenir après avoir exigé sur tous les toits son
retrait de la scène politique qui va concourir à rendre crédible le
discours de l’opposition, si tant est qu’il soit écouté, auprès des
Algériens.
H. Z.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): H. Z.

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