CE MONDE QUI BOUGE: Exit la Californie de Sellal: Place au financement non conventionnel d’Ouyahia !

Lesoir; le Jeudi 14 Septembre 2017
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Par Hassane Zerrouky
hzerrouky@hotmail.com
Combler
le déficit budgétaire par la création de monnaie, à savoir le
financement non conventionnel, rien de plus facile mais rien de plus
risqué également sur le moyen terme. Voilà à quoi en sont réduites les
autorités pour n’avoir pas pris la mesure de la situation qu’allait
engendrer la baisse des cours du baril de pétrole. Le temps où Chakib
Khelil, c’était en 2008, pronostiquait un baril à 200 dollars – je ne
sais pas qui lui avait soufflé une telle sottise – est bien fini.
Aujourd’hui, l’Algérie est en train de payer cash son addiction au
pétrole.
Pourtant, les signes avant-coureurs ont commencé en 2014, période durant
laquelle Abdelmalek Sellal promettait la Californie en cas de réélection
d’Abdelaziz Bouteflika. Exit la Californie, place aux mauvaises
nouvelles ! D’abord une chute rapide du cours du baril, passant de
105,87 dollars en 2013 à moins de 69 dollars fin octobre 2014 avec
toutes les conséquences qu’il est inutile de rappeler. Ensuite, lors de
la réunion de l’Opep à Vienne (27 novembre 2014), malgré cette chute
brutale des cours et un marché déjà saturé en raison de la surabondance
de l’offre et de la baisse de la demande, les «frères arabes», l’Arabie
saoudite et ses alliés du Golfe, opposaient un refus catégorique à toute
baisse de la production pétrolière pour faire remonter les prix.
A l’époque, expliquait-on, forts de leurs réserves de change, les
saoudiens avaient décidé de déclarer une guerre des prix contre le
pétrole de schiste américain dont les coûts d’exploitation et de
production sont très chers et nécessitent de lourds investissements.
Avec leurs fidèles alliés du Golfe, ils s’étaient ainsi fixé pour but de
tuer le pétrole de schiste américain afin de conserver leur part de
marché dans le monde ! Comme si les saoudiens étaient en capacité de
défier le maître américain alors que celui-ci leur assure de tout temps
un parapluie militaire contre toute menace extérieure.
Mais il y avait une autre raison, de nature géopolitique celle-là, punir
la Russie mais aussi son allié l’Iran, le financement de leurs économies
étant assuré essentiellement par les exportations pétrolières et
gazières. Et ce, en raison de l’appui de Moscou et de Téhéran au régime
de Bachar al-Assad confronté alors – nous sommes en 2014-15 – à une
coalition islamo-djihadiste soutenue financièrement et militairement par
les pétromonarchies du Golfe. A l’époque, nombreux étaient les
commentateurs et analystes occidentaux qui tablaient sur un effondrement
de l’économie russe en raison de la chute brutale du cours du pétrole et
donc de l’incapacité de Vladimir Poutine à poursuivre le financement de
son effort de guerre en Syrie. Il n’en fut rien puisqu’à la surprise
générale, fin septembre 2015, Moscou entrait en guerre en Syrie, ce qui
avait pour effet de rebattre les cartes au Proche-Orient.
La stratégie saoudienne, encouragée par Washington, visait également
d’autres pays, le Venezuela en particulier, présenté par Barack Obama
comme une «menace potentielle» pour les Etats-Unis. Cette guerre des
prix du pétrole faisait aussi des victimes collatérales : c’est le cas
de l’Algérie.
Depuis lors, bien que les saoudiens soient revenus à une juste
appréciation des choses en acceptant un plafonnement de la production
pétrolière, la situation n’a guère évolué. Le prix du baril n’a pas
décollé. Nos gouvernants, n’écoutant qu’eux-mêmes, continuaient à rêver
d’une remontée des cours du baril et d’une stabilisation des prix autour
de 80 dollars ! Et, clamaient-ils, fort de ses réserves de change,
l’Algérie était à l’abri d’une crise. Rien de moins ! Sauf que l’abri en
question, faute de fondations solides, à savoir une économie
diversifiée, a vite montré sa fragilité.
Et dans les conditions actuelles d’une gouvernance paralysée par la
maladie du président Bouteflika laquelle suscite nombre de réactions et
de commentaires, il ne semble pas que le financement non conventionnel
soit la réponse appropriée à la crise actuelle. C’est une solution de
facilité. Elle comporte de sérieux risques de nature inflationniste
porteurs à terme d’un plus grand désordre social.
H. Z.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): H. Z.

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