CHRONIQUES D'UN ÉTÉ MÉDITERRANÉEN: II.- L’INVERSION DU TEMPS: Par Maâmar FARAHfarahmaamar@yahoo.fr

Lesoir; le Jeudi 12 Juin 2008
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En ces temps d’instabilité chronique, de tensions extrêmes, de terribles désillusions et d’effroyables reculs, toutes les idées reçues prennent un sérieux coup ! Les éditorialistes, pour s’être attardés sur les quais d’une gare où les rames ne passent plus, en sont à attendre un train qui ne viendra pas. Alors, pour passer le temps, ils nous racontent la même histoire déclamée pas nos parents, celle qui avait le don d’alourdir nos paupières, les soirs d’hiver… Une histoire du siècle dernier ! «Périmée», comme disent les jeunes d’aujourd’hui.Comme les politiques, les économistes et tous les acteurs de la vie sociale, ils s’obstinent à laisser leurs volets fermés. Dans la quiétude des intérieurs somnolents, ils ne se doutent pas que, dehors, le monde change. Mais, il ne change pas selon son rythme habituel : il s’emballe ! Il bout… Et toutes nos peurs, nos angoisses, ressurgies de la nuit des temps, se résument en cette question déterminante : que va-t-il arriver ? Pour peu que l’on évite de jouer aux astrologues, il est extrêmement difficile de répondre à ce genre d’interrogation. Les éléments d’analyse qui fondent toute étude objective de notre monde d’aujourd’hui semblent obsolètes, les repères qui nous aidaient à savoir où nous en sommes exactement ont sauté les uns derrière les autres ; devant nous, c’est le noir absolu ! La connaissance, qui fonctionnait comme un phare nous permettant d’y voir plus clair, n’est plus d’aucun secours. Nous avons toujours eu besoin de remettre à jour notre savoir, de l’adapter sans cesse aux nouvelles conditions du développement de l’histoire, de l’enrichir avec l’apport de l’expérience humaine, et nous nous en sortions toujours. Les théories, nées de la pratique, nous aidaient à comprendre le monde. Dans les facultés, les professeurs sortaient leurs fiches et exposaient leurs idées, filles de la grande pensée universelle. Mais, aujourd’hui, ça ne marche pas ! Le besoin d’adapter nos connaissances, de mettre à jour notre savoir, s’exprime désormais chaque jour, chaque heure ! A peine, avons-nous acquis une certitude, qu’elle est brisée par l’apparition d’une autre certitude. Le monde devient plus petit. Il rapproche les connaissances les unes des autres, il les transporte à la vitesse de la lumière. Alors, nous nous trouvons souvent désarmés, impuissants, pour expliquer des phénomènes nouveaux : la théorie n’a pas eu le temps d’être fabriquée ! Et, pour ne pas fermer les temples du savoir, nous continuons d’expliquer le monde par des doctrines qui ne sont plus valables, ou qui sont valables à moitié. D’autres ont recours au mystique pour combler le déficit. En fait, et personne n’y a fait attention, il y a eu une inversion du temps, sous la conjonction de plusieurs facteurs. Notre vaisseau Terre a dérivé en 2001 et s’est retrouvé au cœur d’une force négative qui l’a aspiré et dont il n’arrive pas à se détacher. Rappelez-vous : nous venions d’aborder le cap d’un millénaire et d’un siècle prometteurs pour l’humanité. Les richesses ne manquent pas. La science et la technologie ont fait des pas de géant. La paix et la coopération entre les peuples sont possibles puisque les facteurs de division n’existent plus depuis la disparition de la guerre froide. Nous vivons une ère d’espoir. Les grands conflits, comme celui du Moyen-Orient, sont en voie d’être réglés et il ne reste que quelques détails pour asseoir une paix définitive. Rappelez-vous : en Algérie, le terrorisme et l’islamisme sont terrassés militairement et politiquement. Aux aurores de ce premier janvier 2000, et une fois rassurés quant aux retombées du fameux bogue informatique, nous voyons vraiment le monde avec des yeux nouveaux, les yeux de ce millénaire considéré comme celui du renouveau de l’humanité. Dans l’imaginaire collectif, se dessinent les pointillés d’un bonheur partagé entre tous, rehaussé par le confort apporté par les innovations technologiques. On rêve à un paradis sur terre… Et puis, ce 11 septembre, dans le ciel pur de New York, le profil d’un Boeing s’annonce à l’horizon comme un oiseau de mauvais augure. Au moment de l’impact, le temps s’inverse ! Et croire que Ben Laden, seul, était responsable de cette transmutation, nous semble tellement énorme que nous n’osons pas le rappeler ! En fait, ce jour-là, le monde venait de basculer dans une nouvelle dimension. Un groupe d’hommes le prend en otage. Toutes les valeurs accumulées au cours des siècles, fruits des luttes héroïques des peuples, vont être balayées par la volonté d’un cabinet noir qui se fixe comme principal objectif de dominer la planète. Il est à la tête de la plus puissante armée du monde et contrôle les plus grandes richesses matérielles de notre planète. Afghanistan, Irak, Liban : premières haltes, mais pas les dernières. Ces hommes ne s’arrêteront pas. Ils n’ont aucune retenue et la mort de millions d’êtres humains ne les stoppera pas. S’émouvoir aujourd’hui de ce qu’ils réinventent le moyen-âge partout, de ce qu’ils installent les guerres et les famines, de ce qu’ils poussent des peuples entiers vers l’arriération et l’archaïsme social, de ce qu’ils sortent les potences d’un autre âge pour pendre leurs ennemis irréductibles, de ce qu’ils soufflent sur les tempêtes confessionnelles et qu’ils provoquent certaines catastrophes naturelles par leurs agressions répétées contre la nature ; s’émouvoir aujourd’hui de tout cela ne sert à rien. Il faut les combattre ! Avant l’apocalypse, avant la troisième et dernière guerre mondiale dont ils seront les seuls survivants ! Et, pour les combattre, il faut que nos intellectuels cessent de prendre des vessies pour des lanternes, que nos démocrates ne soient pas crédules au point de croire que l’Occident «démocratique» sera, un jour, de leur côté, — il est toujours du côté des corrompus et des exploiteurs —, que toutes nos élites revoient leurs conceptions et leurs rapports avec les autres. Nous avons besoin de nouvelles théories pour remettre à jour le compteur. Nous sommes dans l’obligation de revenir en arrière, de réviser nos objectifs. D’abord et avant tout, sortir du trou noir. Sortir vite du maraboutisme, du mysticisme, du «sidisme », de l’intégrisme, des méthodes médiévales de gouvernement, du bazar, de la pensée unique, de la corruption, de la solution de l’exil ! Vite, aller vers la modernité, la performance, le rationnel ! Vite, il faut rechercher les dénominateurs communs entre tous les patriotes convaincus que Novembre n’a pas été vain. Novembre, non pas en tant que slogan, mais comme idéal d’indépendance, de justice et de progrès pour tous. Vite, cherchons l’unité avec les patriotes maghrébins et arabes, autour d’objectifs clairs et, surtout, sortir du trou noir. Tendons la main aux élites éclairées d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Ne jamais, jamais, jamais oublier que notre ennemi commun est l’impérialisme et ses laquais. Tous ensemble, la main dans la main, nous pouvons inverser la vapeur. Les peuples vont bientôt vivre un événement heureux et nous pouvons en profiter pour rendre au temps sa raison. Bush et ses «néocons» vont partir. Ceux qui redoutent ce départ sont ceux-là mêmes qui ont bouffé du dollar jusqu’à le régurgiter par tous les orifices ! Faisons de notre probité intellectuelle, de notre engagement militant pour la justice sociale et de notre désir ardent de préparer un monde meilleur pour nos enfants, les moteurs du décollage qui éloignera le vaisseau Terre de cette puante galaxie, pour la propulser dans l’espace sidéral du printemps éternel ! Nous gagnerons !M. F.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): M. F.

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