Djamel Ould-Abbès à ses militants :: «Je vous interdis de parler du 5e mandat»

Lesoir; le Dimanche 13 Aout 2017
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Le secrétaire général du Front de libération
nationale, Djamel Ould-Abbès, a surpris tous les cadres du parti ainsi
que tous les présents à la rencontre qu’il présidait avec les membres du
bureau politique et les 120 mouhafedhs, hier, à l’hôtel Mouflon d’Or, à
Alger, lorsqu’il lança : «A partir d’aujourd’hui, je vous interdis de
parler du 5e mandat (de Bouteflika, ndlr) !». Le SG du FLN le disait sur
un ton ferme d’un homme qui sait ce qu’il dit.

Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - D’ailleurs, il répétera la même
chose lors d’une conférence de presse qu’il a animé à la fin de la
rencontre avec les mouhafedhs : «Oui, je viens d’interdire aux
mouhafedhs et à l’ensemble des responsables du parti de parler du 5e
mandat. Chaque chose en son temps.»
Ould Abbès explique cette surprenante «interdiction» par son souci de
tout concentrer sur un seul objectif, celui de mener campagne et de
gagner les prochaines élections communales et de wilaya prévues en
novembre. «Lorsque vous allez mener votre campagne électorale, vous
devez vous rapprocher du citoyen et écouter ses préoccupations. Et ses
préoccupations sont connues et sont les mêmes partout à travers le pays.
De Constantine à Oran, de Tizi-Ouzou à Djanet , les principales
préoccupations du citoyen sont l’éducation, la santé, le logement, le
transport, l’emploi, les loisirs, etc;»
L’argument tient, certes, la route, mais n’explique pas cette «nouvelle»
position par rapport à cette affaire d’un 5e mandat. Très proche du
patron d’El-Mouradia, Ould-Abbès n’aura certainement fait, là,
qu’appliquer sa nouvelle feuille de route à la tête du parti que préside
«de manière officielle et effective et non pas à titre honorifique»
comme lui-même le rappellait lors de la conférence de presse, Abdelaziz
Bouteflika. Autrement dit, c’est Abdelaziz Bouteflika en personne qui a
pris cette décision d’interdire à ses principaux soutiens politiques,
comme le FLN et, certainement, aussi le RND en attendant les grosses
organisations de masse, de ne pas évoquer ou de faire campagne pour le
5e mandat. Jusqu’à nouvel ordre, du moins.
Pour ceux qui connaissent le fonctionnement de l’ex-parti unique, depuis
2004 rien, en effet, ne se fait sans l’aval du «président du parti». Un
parti qui, également, compte parmi ses effectifs le Premier ministre en
exercice, Abdelmadjid Tebboune. Inévitablement, la conférence de presse
qu’animait hier Djamel Ould-Abbès était dominée par cette affaire
Tebboune, plus précisément les surprenantes instructions, et reproches
aussi, de Bouteflika qui a sévèrement recadré son Premier ministre, et
rendues publiques à travers Ennahar TV. «Quand le président de la
République s’exprime, il n’y a plus de commentaire à faire. On ne
discute jamais les déclarations ou les décisions du Président. Quand le
Président parle, il n’y a plus à faire, ni débats, ni analyses. Donc,
encore une fois, ma seule réponse à ce sujet est : no comment !»
N’empêche, les questions sont insistantes sur cette affaire. «Ces
instructions de Bouteflika , qui ne sont rendues publiques que par une
chaîne privée et non pas l’agence officielle ou l’ENTV, sont-elles
authentifiées ?» A cette question d’un confrère, Ould-Abbès aura cette
réponse, certes laconique, mais qui ne laisse guère de doute quant à
l’identité de l’auteur des fameuses instructions présidentielles : «Je
vous fais juste savoir que les instructions du Président commencent à
être appliquées sur le terrain. Hier (vendredi, ndlr) les marchandises
commençaient à sortir du port d’Alger.»
Faut-il rappeler, du reste, que les instructions présidentielles
annoncées par cette chaîne n’ont jamais été démenties par la présidence
de la République. Ould-Abbès confirmera encore davantage l’authenticité
de ces mêmes instructions présidentielles lorsqu’il fera ce commentaire
: «Cette affaire prouve de manière éclatante tout ce que nous vous avons
toujours affirmé car nous, nous le savions : c’est le Président
Bouteflika lui-même qui gère le pays. Il suit tout et il décide de tout.
Rien ne lui échappe et nous sommes bien placés pour le savoir.»
Sur un plan strictement interne au parti, Djamel Ould-Abbès s’exprimait,
hier, en secrétaire général considérablement conforté dans son poste.
Sur un ton ferme, il dira aux mouhafedhs, par exemple : «On se connaît
tous ici. Certains parmi vous, une minorité heureusement, n’ont pas joué
le jeu lors des élections législatives du mois de mai. Nous avons même
des enregistrements. Nous sommes, certes, pour l’unification des rangs
au sein du parti et j’ai ouvert les portes à tout le monde. Cela ne veut
pas dire que nous allons tolérer certains comportements qui sont de
nature à nuire au parti. Il s’est passé certaines choses graves lors des
dernières élections. Nous ne le permettrons plus jamais à l’avenir (…)
Malgré tout ce qui s’est passé, nous avons gagné les législatives et
nous comptons bien remporter également les prochaines élections
locales.»
Le patron du FLN fixera, enfin, la date du 5 septembre prochain comme
dernier délai au mouhafedh pour remettre les procès-verbaux des
assemblées générales qui désigneront les candidats du parti aux
élections communales et de wilaya.
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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