FINANCEMENT NON CONVENTIONNEL: L’argumentaire de Ouyahia

Lesoir; le Lundi 18 Septembre 2017
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Le Premier ministre défend mordicus l’option du
financement non conventionnel ou ce qui est communément appelé la
planche à billets, justifiant la situation peu reluisante des finances
du pays par la seule dégringolade des prix du pétrole depuis 2014.

Mohamed Kebci - Alger (Le Soir) - Hier dimanche, à l’occasion de
la présentation devant les membres de l’Assemblée populaire nationale
(APN) du plan d’action de son équipe, Ahmed Ouyahia s’est, en effet,
appesanti sur cette option qui alimente le débat depuis qu’il l’a
lui-même évoquée. Avec des craintes et des appréhensions exprimées par
aussi bien des experts que les partis quant à des répercussions néfastes
de cette mesure sur le pouvoir d’achat, le taux d’inflation qui
explosera pour passer à trois chiffres comme le prédisent certaines voix
et la dévaluation encore plus accrue de la monnaie nationale.
Autant de craintes que le Premier ministre a récusées, mettant cette
campagne sur le compte de «commerçants de la politique». Pour Ouyahia,
l’option du financement non conventionnel constitue la «panacée» à la
crise financière du pays à l’opposé de ce que considèrent des hommes
politiques et des experts puisque l’autre option «susurrée» à un certain
moment, le recours à l’endettement extérieur, a été refusée
catégoriquement par le président de la République. Résolution qui, aux
côtés d’autres comme le remboursement anticipé de la dette extérieure
dès 2005, la création du Fonds de régulation des recettes (FRR) et une
gestion prudente des réserves de change ont permis au pays, estime
Ouyahia, de résister trois ans durant malgré une baisse de 50% de ses
recettes en devises et la perte de la moitié de ses recettes fiscales.
Un fonds de régulation des recettes «épuisé» depuis février dernier, des
réserves de change qui ont «fondu» de moitié, passant de 200 milliards
de dollars en 2014 à près de 100 milliards actuellement. Ce pourquoi,
d’ailleurs, le premier ministre annonce la poursuite de la politique des
licences d’importation adoptée depuis 2015, politique qui sera aussi
consolidée par de «nouvelles mesures».
Autre raison au recours au financement non conventionnel, évoquée par le
Premier ministre, la faiblesse du volume du marché financier local,
c’est-à-dire les banques, incapable, de ce fait, de financer le Trésor
via l’émission d’obligations.
Revenant sur le refus de l’endettement extérieur qui, selon lui, «n’est
pas une position dogmatique», Ouyahia explique que l’Algérie a besoin de
20 milliards de dollars par an pour combler le déficit budgétaire. Un
rythme «infernal» qui fait courir au pays le risque de «ne plus pouvoir
payer les intérêts de la dette sur quatre ou cinq ans». Et c’est la
direction «inévitable» vers le FMI.
Poursuivant son plaidoyer pour le financement non conventionnel, le
Premier ministre soutient que «ce n’est pas une invention algérienne»,
citant des pays développés comme les États-Unis, le Japon, le
Royaume-Uni qui y recourent encore de nos jours. Sauf que Ouyahia a
volontairement omis de signifier que «ces pays ont des économies et des
devises fortes et procèdent même à la délocalisation des
investissements, leurs marchés étant saturés ou presque, ce qui n’est
pas le cas fort malheureusement de notre pays», comme tient à le
souligner le président du RCD. Pour Mohcine Belabbas, cette option du
financement non conventionnel est une «arnaque» du pouvoir pour «gagner
du temps en vue de passer l’écueil de la présidentielle de 2019». D’où
d’ailleurs, selon lui, la période de 5 années au maximum évoquée par le
Premier ministre».
Un avis que partage aussi le député et membre de la direction du PT,
Djelloul Djoudi pour qui le gouvernement a recouru encore une fois à une
«solution de facilité alors qu’il aurait aisément pu recourir au
recouvrement des milliards de dinars d’impôts non honorés, à l’argent
tout aussi colossal de l’évasion fiscale en sus des exonérations
exorbitantes annuellement concédées à certains «investisseurs» au
détriment d’autres et cela sans aucun bilan. Aussi, Djamel Bahloul,
membre de la direction du FFS et député, estime que la comparaison faite
avec certains pays développés pour justifier cette option de planche à
billets est «méprisante» à l’égard du peuple puisque ces pays sont
producteurs et leurs économies sont compétitives». Et de s’interroger
quant à la «destination de cet argent frais» : ira-t-il réellement vers
les investissements et quels investissements, pour quels objectifs ?
Autre démenti de Ouyahia, le financement non conventionnel ne va pas,
selon lui, affaiblir le dinar comme le soutiennent hommes politiques et
experts. «Le dinar baisse quand les réserves de change baissent et il a
baissé de 25 à 30% ces trois dernières années, sans financement non
conventionnel».
Se voulant davantage rassurant, le Premier ministre affirme que le
financement non conventionnel ne servira pas à financer la consommation
et ne dépassera pas cinq ans avec, en parallèle, s’engage-t-il, des
réformes économiques et financières. Il annoncera aussi que la loi de
finances pour l’année prochaine ne contiendra pas beaucoup de hausses de
taxes, ce qui, ajoute-t-il, permettra au pays de «sortir de cette
impasse financière sans casser son rythme de développement».
M. K.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): M. K.

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