GUELMA: «C'était mieux avant», affirment les anciens

Lesoir; le Dimanche 13 Aout 2017
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C’est sous le signe de la nostalgie d’un temps passé
que des autochtones ont voulu faire un beau voyage dans Calama d’antan.

Ammi Salah, un septuagénaire ancien de la ville, oublie parfois de
respirer, et plonge profondément dans les ambiances révolues du
quotidien des Guelmis, à travers des histoires et personnages qui font
aimer Guelma, et qui font entrer son histoire dans la mémoire et dans le
cœur. Il fait partie des citadins qui persistent et signent depuis
plusieurs décennies leur amour profond et inconditionnel pour cette
glorieuse ville.
Une cité d’un temps passé qu’ils ont vécu eux-mêmes et dont ils se
souviennent toujours. Ils convoquent l'histoire pour se remémorer des
endroits et des personnes emblématiques. Des scènes passionnantes, des
anecdotes et souvenirs éclatants, qui ont fait le bonheur des citadins
sont rapportés fidèlement.
L'histoire de Guelma déborde de personnages dont la renommée a dépassé
les limites de la cité. De nombreuses personnalités illustres sont, en
effet, natives de cette cité historique, bastion du nationalisme.
Les citadins se souviennent de plusieurs personnes emblématiques
devenues célèbres grâce à leurs métiers ou bien à leurs esprits doués de
finesse et d'intelligence qui leur permettaient de développer un sens de
l'humour hors du commun.
Les fins gourmets de la ville, réputés pour leur forte mémoire
gustative, vous diront que la bonne fougasse, se dégustait au bon vieux
temps chez feu ammi Z'biri, un préparateur-vendeur ambulant. Il
sillonnait les principales artères de la ville avec son fameux carrosse
plein de braise allumée, qui était pour les Guelmis une escale
gastronomique succulente. Et qui parmi les citadins de Guelma ne s'est
pas régalé en savourant «maleh Oua B'nine», la soupe aux pois chiches ?
Un plat populaire et raffiné chez Si Djelloul lahmamssi, dans sa petite
baraque de la rue de la Mosquée, appelée communément «Hayte Edjamâa».
Nul ne peut contester les qualités humaines de ce brave homme.
Les anciens de cette cité se remémorent également l'élégant Kaci Raci,
un homme qui baignait dans le monde du bricolage et de la
débrouillardise en tant que marchand brocanteur. Il gérait une boutique
atypique, au décor assez sobre, en face du fabuleux théâtre romain,
remplie d'objets anciens et insolites. Visage barré d'une moustache
tournante, Kaci Raci était d'apparence distingué. Les nostalgiques de
Guelma d'antan ne peuvent pas oublier Saci Takchira qui a fait connaître
cette ville partout où il a mis les pieds, Marseille, Alger, Annaba...
Il était connu pour sa forte capacité à faire rire, et ses petites
histoires qui restent gravées dans la mémoire des Guelmis. «Le jour de
mes obsèques, je vous conseille de marcher avant mon cercueil, parce
qu'apparemment, c'est moi qui aurais l'air de vous enterrer», disait
Ammi Saci à ses amis. Faut-il encore le rappeler que ce personnage
simple était une source intarissable d'inspiration pour Kateb Yacine ?
Les Guelmis pleurent aussi des lieux disparus comme la salle de cinéma
Le Triomphe ex-Arrella, le cinéma plein air, le cercle des jeux de
boules...
Les cafés maures n’y sont pas en reste, cafés d'Alger, Hanachi (seklayesse),
Kahouette El Eulmi, et Siafa..., en passant par kahouette Oukha et café
glacier.
On n’oublie pas les célèbres cordonniers de la ville Ammi Saâïd et le
regretté Âïdou, à Bab Skikda. Les nostalgiques s’intéressent aussi à des
lieux situés dans les environs immédiats de Guelma, Hammam Meskhoutine,
Bir Benosmane, les monts de Aïn Sefra, les ruines romaines... Des sites
qui valent absolument le déplacement pour revivre la cité d’hier avec
ses ambiances spécifiques et vivantes. Aujourd'hui, cette ville qui a
beaucoup perdu de son charme et de sa saveur originelle, a du mal à se
battre contre les dégâts causés par l'urbanisation anarchique et l'exode
rural.
Fini le temps où les voitures à Guelma étaient comptées, dans ce petit
patelin où la marche était le moyen de déplacement privilégié par les
riverains. Les boulevards 1er Novembre et Souidani-Boudjemaâ formaient
le centre-ville avec leurs tronçons de route bordés de petits commerces
chaleureux qui se sont éteints depuis pour laisser place à d’autres...
anarchiques et instables, dont les nouveaux propriétaires sont imprégnés
de l'esprit du gain rapide et facile, et qui changent donc le plus
souvent d'activités.
Au boulevard du 1er-Novembre, appelé jadis «le Cours» par les
autochtones, et anciennement «Sadi Carnot», on s’en souvient. La
boutique de Ammi Ali Dafri, les restaurants de Noureddine Bago, et Tayeb
Âadioui mais aussi la pâtisserie emblématique de Ammi Mohamed Guessoum,
«gâteau Bonnet» comme préfèrent l'appeler les citadins. Il y avait aussi
au boulevard Souidani-Boudjemaâ, le célèbre tailleur Messaoud Gasmi, «Daroui»,
pour les intimes, un homme qui était toujours de très bon goût.
À la même adresse, et à quelques mètres, il y avait la boutique de son
frère Rachid dit Laperge, une figure de Calama. De bons petits
commerces… Mais on gagnait sa vie comme on le pouvait.
Les riverains s'interrogent aussi, sur la situation du marché couvert du
centre-ville. Il a bel et bien disparu en tant que tel. Les commençants
l’ont déserté, et les clients aussi. Un bâtiment fantomatique mais qui
garde encore l’empreinte d’un passé révolu. Rien n’est encore
concrètement mis en place par les services de la commune de Guelma pour
sauver ce marché. «On pourrait donc lancer une campagne de “marché
notable de la ville”, pour préserver ce lieu au passé si rempli de vie
quotidienne», nous déclare Ammi Salah. «C'était un rendez-vous
immanquable pour les Guelmis, je me souviens, il y a avait tout un tas
de petits commerces : fruits et légumes, poissonneries, boucheries...
Jamais les commerçants et les clients ne pourront vivre autant de
bonheur !», s'exclame avec émotion un habitant de l'ancien quartier «Droudj
El Marché».
A cela s'ajoute la descente dans les profondeurs du football algérien,
de l'Escadron noir, l'Espérance sportive de Guelma, le mythique club de
football de Seridi Mustapha «Tioua», le regretté Hachouf Noureddine, et
Essalhi Abdelouahab, ces talentueux footballeurs qui ont fait le bonheur
de Guelma et de l'équipe nationale algérienne. Les inconditionnels des
Noir et Blanc s'interrogent : à quand la renaissance de l'Escadron noir.
«Guelma, C'était mieux avant » devient un refrain, dans cette ville qui
a mal grandi. Et il n'est pas nécessaire de revisiter les mémoires pour
le confirmer.
Noureddine Guergour

Categorie(s): régions

Auteur(s): Noureddine Guergour

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