Kiosque arabe: Tourne le soleil, et nous avec !

Lesoir; le Lundi 17 Avril 2017
2

Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
Tout
le monde sait que notre contrée, ainsi que notre environnement
arabo-islamique ou islamo-arabique souffrent, si le mot est juste, d'un
climat chaud du fait de leur position par rapport au soleil. C'est sans
doute là que réside la source de nos malheurs, puisqu'il est
universellement connu qu'on ne réfléchit bien que la tête froide. Faute
de temps suffisant pour ceci, nous n'avons pas inventé la fission de
l'atome, ni la maman-bombinette, en dehors de la «mère de toutes les
batailles» avortées. Mais comme nous aimons bien nous reposer sur des
lauriers empruntés, en attendant de profiter des progrès des autres,
nous avons inventé, que dis-je emprunté aussi, une technique, le
concordisme. Loin d'être une science, puisqu'il n'y a jamais d'avant,
mais seulement un après, le concordisme consiste justement à faire
concorder une invention scientifique avec un texte religieux. Le «Double
bang» ? Dieu y était déjà, puisque c'est lui qui a tout mis en branle !
La relativité ? Je n'y étais pas, mais je suis certain qu'il s'est
trouvé quelque part un «cheikh» assez mal embouché pour traiter Newton
d'imposteur, puisque «c'est déjà écrit dans le Coran». Si le savant
était encore vivant, on aurait tourné la difficulté en le convertissant
et en annonçant à grand fracas sur les chaînes satellitaires que Newton
l'avait lu dans «Notre Livre». Eurêka !
Tout ce cinéma, propre aux religions monothéistes, pour dire que c'est
la divine omniscience qui a inspiré les éclairs de génie de tous les
inventeurs, et qui ont fait progresser une humanité de peu de foi.
Certes, on peut s'accommoder des élucubrations de certains dévots,
sincères ou acteurs, qui veulent croire que le Coran est un livre de
recettes scientifiques, et que tout y était avant d'être. Le hic, c'est
lorsque ces élucubrations s'insinuent précisément dans les citadelles de
la science, telles que les universités, pour nier des évidences et des
vérités universelles, au nom de la religion encore. Juste à côté de
nous, autant dire parmi nous, une étudiante tunisienne d'une école
d'ingénieur a inauguré un nouveau procès en blasphème contre Galilée. A
défaut de se casser la tête à chercher dans les textes sacrés des
preuves de la rotondité de la terre, elle s'est bornée à puiser dans le
Coran tout ce qui peut inciter à croire que la terre est plate. Le
Saoudien Ibn-Albaz, le père incontesté de l'obscurantisme wahhabite,
était déjà passé par là, mais ses théories sur la mobilité du soleil et
l'immobilité de la terre n'ont suscité que des sourires de
commisération. Mais cette étudiante tunisienne d'une école d'ingénieur a
résolu de promouvoir les idées du théologien borné, en leur consacrant
une thèse de doctorat.
Stupeur et émoi en Tunisie où l'obscurantisme peine à se frayer un
chemin, en dépit des conquêtes de l'islam politique, sous la bannière du
parti Nahda, qui semble vouloir céder à l'idéal démocratique.
L'universitaire tunisienne Raja Benslama a vivement réagi en
s'interrogeant sur la responsabilité du directeur de thèse qui a
chapeauté cette hallucinante théorie. Elle a ajouté qu'elle ne se taira
pas si cette thèse est soutenue à l'université et si son auteure
acquiert le titre de docteur, comme il en est fortement question dans
les réseaux sociaux. Interpellé de toutes parts, le directeur de thèse
s'est insurgé contre la campagne «attentatoire à son honneur» menée
contre lui, mais il a fourni une réponse alambiquée qui n'arrange rien.
L'étudiante qu'il a encadrée, a-t-il expliqué, a voulu montrer que
c'était le soleil qui tournait autour de la terre et non l'inverse, et
elle a reçu, dit-il des encouragements de chercheurs américains. Ces
derniers, a-t-il précisé, lui ont envoyé un grand nombre de publications
appuyant sa théorie, entre autres des rapports de l'agence spatiale
américaine NASA (!!!). Sur sa lancée, il a affirmé que la Constitution
tunisienne garantissait la liberté de pensée et de publication, et que
la loi et la morale interdisaient de divulguer le contenu d'une thèse
encore en phase d'évaluation.
Autrement dit, tout ce qui a été écrit sur cette théorie fumeuse est
vrai. Aux dernières nouvelles, le ministère de l'Enseignement supérieur
s'est inquiété du trouble produit par l'existence de cet étrange projet
de thèse et a demandé une enquête d'habilitation. Après étude du contenu
du travail de cette étudiante, la commission de validation des thèses a
conclu à son irrecevabilité, puisque le projet incriminé n'avait rien de
scientifique. Un peu plus sérieux, mais dans le style Nostradamus, le
mufti d'Égypte, le docteur Chawki Allam, en a appelé à l'imam Ali. Selon
le théologien égyptien, mobilisé comme ses confrères contre le
terrorisme islamiste, mais un peu tardivement, l'imam Ali avait prédit,
il y a environ 1 400 ans, l'arrivée de Daesh. Chawki Allam s'est fondé
sur un récit du 4e calife de l'Islam décrivant la naissance d'un groupe
possédant les mêmes accoutrements, le même drapeau noir, et ayant des
cheveux longs. L'imam Ali, précise le mufti d'Égypte, a donné une
description qui colle parfaitement aux terroristes de Daesh et leurs
méthodes qui ne respectent aucun serment ni aucune charte. On peut se
demander pourquoi impliquer l'imam Ali, assassiné par les précurseurs de
Daesh bien avant les événements d'Irak et de Syrie, bien avant Bachar et
Al-Baghdadi. Il n'est pas sûr que cette façon de présenter le terrorisme
meurtrier qui frappe l'Égypte comme une malédiction divine soit du goût
de la communauté copte, régulièrement endeuillée par des attentats. Les
Coptes savent bien que ce sont des décennies d'inoculation du virus
wahhabite à la jeunesse égyptienne qui sont à la source de leurs
malheurs.
A. H.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): A. H.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..