Kiosque arabe: Un livre en manque de lecteurs

Lesoir; le Lundi 10 Juillet 2017
2

Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
On
vous le disait, et pour mieux vous l'enfoncer dans le cerveau, on vient
de vous le répéter depuis le G20, à Hambourg : le terrorisme n'a pas de
religion ! Ce sont les Saoudiens qui l'affirment, on n'est pas tenu de
les croire, mais nous sommes obligés de tenir compte de l'opinion
majoritaire. Et on devine vers quoi penche la majorité. Admettons, avec
elle, que le terrorisme n'a pas de religion et que ses pratiquants et
adeptes sont d'affreux simulateurs qui invoquent Dieu, l'Islam et son
Prophète par pure tactique. On sait, au demeurant, de quoi sont capables
les officines et services secrets étrangers, notamment l'élite arabisée
du Mossad, en matière de formation de vrais faux musulmans. Non contents
de prier, de prêcher, de lancer des anathèmes, comme à La Mecque, à
Médine, ou à Bachdjarah, les promus de ces centres de formation ont une
cible prioritaire, les pays musulmans. Et c'est d'ailleurs logique que
ces terroristes qui n'ont pas de religion, au sens saoudien du terme,
s'en prennent aux pays qui en ont, et même à revendre, à pleins
gisements. Les Frères musulmans arabes et maghrébins, Al-Qaïda, Nosra,
Daesh, tous ces mouvements plus ou moins catalogués terroristes n'ont
pas de religion, même s'ils protestent du contraire. Circulez ! l'Islam
et surtout ses déclinaisons wahhabites n'ont rien à voir dans nos
malheurs actuels !
Mais le Qatar ? me direz-vous. Le Qatar, justement, c'est ce qui se fait
de mieux, par les temps qui courent, en matière de dénuement et
d'absence totale de religion, autant dire d'humanité. Oui, le Qatar,
c'est le diable, le «chitane» maudit qui a refusé de se prosterner
devant l'œuvre sublime de Dieu, l'homme, et qui a été ignominieusement
(terme du cru) chassé du paradis. D'ailleurs, les futurs pèlerins
devront se préparer à lapider du Qatar, lors du prochain hadj, si jamais
le gouvernement de Doha refuse de plier, à moins que d'ici là un coup
d'Etat providentiel... Autant dire que toutes les solutions sont
possibles, y compris la récupération par le Qatar de tout son patrimoine
religieux dont il a été exproprié par le «guide suprême» de l'Islam.
Pour l'heure, il n'est pas question de rédemption, mais
d'excommunication, avec un chapelet d'accusations, fondées pour
certaines, mais qui prêtent à suspicion en raison de leur contexte. Pour
l'Arabie Saoudite et ses alliés, le Qatar est devenu brusquement le mal
absolu, il finance non seulement le terrorisme, mais en organise et
planifie les actions, comme l'affirment les médias de la coalition.
Ainsi, journaux et analystes égyptiens n'hésitent pas à attribuer les
attentats de vendredi dernier, dans le Sinaï, au Qatar, pour punir Le
Caire de son attitude.
Certains éditorialistes vont même jusqu'à affirmer que Doha est derrière
les attentats anti-Coptes de ces derniers mois afin d'aggraver le
ressentiment légitime de la minorité chrétienne et d'envenimer la
situation. Le Qatar, encore jusqu'au Pakistan où l'ancien Premier
ministre Nawaz Cherif, poursuivi pour prévarication, aurait bénéficié de
subsides qataris pour acheter des biens immobiliers à Londres. A chacun
sa capitale et sa pierre de prédilection ! Sur fond de rumeurs de
révolution de palais à Doha, ils font tant et si bien pour noircir le
tableau, qu'ils vont finir par le rendre blanc. Enfin, disons vert de
gris puisque nous sommes dans une situation où l'élève wahhabite tente
de dépasser le maître et même de le supplanter, en matière d'islamisme.
Le Qatar est fabuleusement riche et comme quand on aime on ne compte
pas, il dépense sans compter, aussi bien dans des projets économiques
que dans la culture. Ceci, bien sûr parallèlement au financement des
partis politiques et organisations paramilitaires, islamistes, qui ont
joué un rôle actif dans ce qu'il est convenu d'appeler les «printemps
arabes». Soucieux de soigner son image de marque et de se présenter
comme ami des médias, l'émir du Qatar a assuré pendant plus de deux ans
un train de vie confortable au raciste Robert Ménard, maire de Béziers.
L'émir s'est également montré «bon prince» avec les écrivains des pays
arabes, en instituant le prix littéraire «Qatara» alors qu'il
emprisonnait ceux des Qataris qui se montraient critiques à son égard.
Le prix destiné à récompenser le meilleur roman arabe de l'année a été
créé en riposte au prix de la meilleure œuvre arabe de fiction, créée en
2007, à Dubaï, en partenariat avec l'institut Booker de Londres. Le
prix, dénommé «Booker» du roman arabe, a récompensé notamment en 2009
l'écrivain égyptien Youssef Zeydane, pour son roman controversé Azazeel.
Récompense très courue et convoitée, le «Booker» est allé cette année à
un écrivain saoudien, Mohamed Hassan Alouane, pour son roman Une petite
mort, qui relate de façon romancée la vie du patriarche du soufisme Ibn
Arabi. L'auteur retrace le périple et le cheminement spirituel du
mystique, depuis son Andalousie natale, jusqu'à Damas, en passant par le
Maghreb, l'Irak, et la Turquie. Ce qui est frappant dans ce roman
saoudien, ce n'est pas tant le sujet, Ibn-Arabi, un personnage et une
philosophie guère prisés dans ces contrées, mais la réaction qu'il a
suscitée. Le quotidien Okaz s'est montré particulièrement élogieux à
l'égard du roman, allant jusqu'à mettre en exergue le pacifisme d'Ibn
Arabi, par opposition à l'intolérance des organisations islamistes (!!).
Ce qui est assez exceptionnel dans un pays dirigé par une doctrine
intransigeante, et qui montre une certaine ouverture par laquelle
devraient pouvoir s'engouffrer d'autres écrivains saoudiens. Mais il est
permis de se montrer sceptique quant à l'impact de telles œuvres
littéraires, sachant que les Arabes ne lisent en moyenne qu'un quart de
page, par personne, et par an ! On mesure mieux, dès lors, l'influence
certaine et néfaste qu'exercent les chaînes satellites orientées vers la
propagation du fondamentalisme et du piétisme ostentatoire des foules.
A. H.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): A. H.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..