L'Unesco planche sur le couscous et Bruxelles sur les exclus du couscous: Identités couscoussières

Lesoir; le Mardi 17 Avril 2018
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De notre bureau de Bruxelles, 
Aziouz Mokhtari
Dans certains coins de Sicile, un plat immémorial est toujours servi,
couscous à la sardine. Selon les Siciliens, c’est d’ici, comprendre de
cette belle cité du sud italien, que l’aventure du couscous aurait
entamé son voyage vers l’Afrique du Nord, Egypte inclue, évidemment,
ensuite la Mauritanie, le Sahara Occidental, le Mali, une bonne partie
du Sénégal et ainsi de suite.
C’est la conviction profonde des Siciliens pour le couscous. Les k’sakia
de chez nous ne sont ni plus ni moins chauvins et expéditifs. Les
Sétifiens ne jurent que par la berboucha, l’autre dénomination du
couscous et le navet saïdi (left saïdi) sans qui, toute berboucha est
vouée aux gémonies. Dans le sillage des Sétifiens, les Bordjiens, les M’silis
et les autres.
Chez les Ouled Naïl de Djelfa, Bou Saâda, même religion. Le couscous est
bien de chez eux. Idem un peu plus vers les entrées du Sud — Biskra,
Ghardaïa, Ouled Djellal ou Chaïba. C’est de chez eux que tout est parti.
Et pourtant, ici, notamment à Biskra, la chakhchoukha est un rude
concurrent pour le couscous.
Le derby chakhchoukha-berboucha tourne, traditionnellement à l’avantage
de la première. L’outsider-arbitre, la doubara, jouant les
trouble-fêtes.
En Kabylie, la bataille a toujours fait rage pour la paternité du plat
entre Béjaïa, Tizi, Azeffoun, Azazga, Ibeskrien, Toudja, Guenzet, Ifri
ou Aïn-El-Hammam. Et pourtant, ici aussi un sérieux prétendant au sacre
royal pointe son nez, le tikerbabine, notamment dans la haute montagne
de la Petite Kabylie.
Les ultras désignent même son lieu de naissance, Guenzet. Et pourtant,
le couscous n’abdique pas. Ni ici, ni ailleurs dans le pays de Abane,
Amirouche, Aït Menguellet, Idir, Mouloud Mammeri, Saïd Sadi ou Chérif
Kheddem.
La Kabylie, ça tout le monde le sait, n’a pas pour habitude
d’abdiquer. Ni pour le couscous ni pour autre chose. Même chose en pays
chaoui, Batna, Arris, Khenchela, Tébessa, Aïn el-Beïda, Oued Zenati, Aïn
M’lila ou Sedrata. De partout, une seule certitude règne : el kousksi
n’est, ne peut être, et ne sera que chaoui. Jugurta en a mangé,
Massinissa le préférait, particulièrement et plus près encore, disent
les vaillants chaouis, il serait inimaginable que chez Ben Boulaïd, on
ait pu déguster autre chose que cela.
Chez les Tlemcéniens et les Constantinois, la bataille du couscous est
encore plus ravageuse. Les deux villes phares, lumières de l’histoire du
Maghreb où le sentiment d’appartenance à l’une ou l’autre est un éternel
combat, toujours à mener, pas de doute sur l’origine du couscous. Il ne
peut être que tlemcénien pour les habitants de la cité de Sidi
Boumédiène et constantinois pour la ville suspendue de Ben Badis, Cheïkh
Raymond, Abdelm-adjid Merdaci ou Fergani. C’est ainsi.
Presque partout au Maroc, en Libye avant les crimes de guerre et contre
l’humanité commis par l’Otan, Cameron et Sarkozy, les Algériens qui
avaient la possibilité de visiter le pays de Spartacus, pouvaient
apprécier l’excellent couscous servi par ceux de Benghazi, Tripoli ou
les autres contrées de ce pays meurtri et dévasté par un complot d’une
échelle vertigineuse.
Les Egyptiens qui pratiquent le couscous n’en démordent pas, eux non
plus, le couscous est égyptien depuis la nuit des temps. Et qui connaît
la force de frappe médiatique, culturelle et civilisationnelle
égyptienne ne s’étonnera pas que le pays des Pharaons, de Moïse, de Oum
Keltoum, d’El Azhar et de Hassène Chehata marque des points dans la
guerre du couscous.
Même sentiment chez les Tunisiens, le palais de Carthage n’envisage pas,
comment peut-il en être autrement, d’abandonner les guerres — peut-être
même puniques — du couscous.
Nos amis sahraouis, mauritaniens, maliens n’ont pas déposé les armes
concernant el kousksi, t’aâm ou la berboucha. Ils attendent, sages
Africains qu’ils sont, la décision de l’Unesco.
Morale de cet écrit d’un farouche guerrier pour le triomphe du couscous.
Ce prestigieux mets est, certes, maghrébin, mais pas que, il a des
touches avec l’Afrique, mais pas que, des influences sud-européennes,
oui mais pas que.
L’universalité du couscous n’est donc plus à discuter, d’autant que ce
sont les juifs d’Algérie, brillants négociants, qui lui ont assuré les
marchés européens dès les années soixante.
En y créant pour l’occasion le couscous royal avec du merguez. Le
merguez, par contre, est né en Algérie. Une autre guerre en perspective.
La grande question pour Bruxelles reste, cependant, celle des exclus du
couscous qui mettront à mal les équilibres de l’UE...
A. M.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. M.

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