Les analystes de l’International Crisis Group l'affirment : : «Le G5 Sahel doit gagner la confiance de l’Algérie»

Lesoir; le Samedi 16 Decembre 2017
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Pour résoudre les crises sahéliennes, il ne suffira
pas aux pays impliqués dans la Force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S) de
fournir des armes et de l’argent. Pour atteindre ses objectifs, la force
doit gagner la confiance des populations et des puissances régionales et
obtenir leur soutien. Et à ce titre, le G5 et sa force armée devront
aussi gagner la confiance de l’Algérie et de la Communauté économique
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Ceci est la conviction de
l’International Crisis Group, l’organisation transnationale basée à
Bruxelles.
La France a tout faux ? A suivre le raisonnement de l’International
Crisis Group, il y a lieu de le croire. L’International Crisis Group, un
de ces avis autorisés aux analyses les plus pertinentes qui soient sur
les questions sécuritaires qui secouent le monde, a livré son point de
vue sur l’initiative française matérialisée la semaine qui vient de
s’écouler par un sommet réunissant autour d’Emmanuel Macron, à Paris,
les Présidents du Mali, du Niger, du Tchad, de Mauritanie, du Burkina
Faso, du président de la Commission de l’Union africaine, en présence
également d’Angela Merkel, des chefs de la diplomatie d’Arabie Saoudite
et des Emirats ainsi que celle de près d’une vingtaine de délégations.
Une rencontre de haut niveau destinée, entre autres, à trouver les
mécanismes pour rendre opérationnelle la Force conjointe du G5 Sahel,
notamment son financement. Un «détail» qui semble avoir trouvé sa
solution avec l’apport promis par l’Arabie Saoudite. Mais cela
suffira-t-il pour venir à bout de ce «bourbier» qu’est la crise
sécuritaire au Sahel ? Pas tant que cela si l’on doit se fier à
l’analyse de l’International Crisis Group (ICG) dans son rapport publié
mardi dernier, soit la veille du Sommet de Paris. «Dix mois après son
lancement, la Force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S), fruit de
l’initiative de cinq pays du Sahel visant au règlement des conflits
armés sahéliens, soulève de nombreuses questions et peine à trouver sa
place dans la région», juge en préambule l’ICG qui estime cette Force
conjointe «importante pour remédier à l’inquiétante instabilité dont
souffre le Mali et plus largement le Sahel». Une force qui reste à
construire et en même temps soulève «de nombreuses questions sans
réponses quant à son financement, sa capacité opérationnelle, la
coopération politique entre ses cinq membres et sa place dans un espace
sahélien où se bousculent des initiatives militaires et diplomatiques
parfois concurrentes». A partir de là, estime l’ICG, les promoteurs de
la FC-G5S devront avoir à l’esprit que la construction de cette force,
et plus largement le règlement des crises sahéliennes n’est pas
uniquement une affaire d’armes et d’argent. Si l’on doit suivre cette
analyse de l’organisation basée dans la capitale belge, «pour la France
et l’Allemagne en particulier, le Sahel reste une région stratégique
pour leurs intérêts économiques et politiques. Elle est surtout perçue
comme une menace potentielle pour leur propre sécurité, et une source de
migration et de terrorisme. Les Etats africains, quant à eux, ne font
plus confiance à leurs propres organisations régionales et continentales
pour garantir leur sécurité et expérimentent donc de nouvelles pistes en
matière de défense collective». Voilà qui est clairement dit par des
analystes qui ont la conviction que la FC-G5S n’atteindra son objectif
que si elle parvient à isoler les groupes terroristes des communautés
locales et des autres groupes armés, qui leur apportent actuellement du
soutien, et puis last but not least, «le G5 et sa force armée devront
aussi gagner la confiance de l’Algérie et de la Communauté économique
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao)», assène l’International
Crisis Group qui estime que, pour l’instant, les deux puissances
régionales que sont l’Algérie et la Cedeao sont plutôt attachées au
processus de Nouakchott regroupant onze pays d’Afrique de l’Ouest, du
bassin du lac Tchad et du Maghreb et donc jugé plus inclusif. Aux yeux
des Algériens et des Etats membres de la Cedeao, «ce processus est aussi
plus légitime, car initié par l’Union africaine». Et à l’organisation
internationale de conclure: «Faute d’une meilleure entente avec ces deux
partenaires, la recherche de plus de cohésion régionale débouchera
paradoxalement sur de nouvelles divisions entre voisins. De même, sa
lente et difficile construction et les énergies qu’elle mobilise ne
doivent pas faire oublier qu’un processus de paix est en cours et
piétine au nord du Mali, et qu’il est à ce jour la seule solution
politique à une crise qui, avant d’être militaire, est éminemment
politique et sociale. En somme, la FC-G5S ne doit pas seulement être une
façade qui cache une absence de vision politique.»
M. Azedine

Categorie(s): actualités

Auteur(s): M. Azedine

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