LETTRE DE PROVINCE : Présidentielle et challenger : seul «l’effet» Hamrouche ?

Lesoir; le Samedi 13 Janvier 2018
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Par
Boubakeur Hamidechi
boubakeur.hamidechi@Yahoo.fr
Au
moment où s’échangeaient des commentaires à propos d’une curieuse passe
d’armes aux allures de vaudeville d’où giclaient des formules assassines
qui firent grincer certaines dents tout en amusant les internautes
indigènes, ailleurs, à l’abri de la curiosité médiatique, le chantier de
la précampagne présidentielle posait déjà ses jalons. A en croire la
«sentinelle» autoproclamée qu’est Ould-Abbès, le temps serait venu pour
dresser le bilan du grand œuvre d’un 4e mandat touchant à sa fin et,
pourquoi pas, articuler dans une vue d’ensemble les 20 années qui…, du
haut de leur passé, contempleront bientôt le pays ! Telle est la
promesse future de cet agent électoral porteur de certitudes. C’est que
l’air du temps exclut le doute quant au cheminement que l’on s’affaire à
baliser pour le compte du chef de l’Etat. Face à ce maître des horloges
du pays, ses contradicteurs éprouvent de réelles difficultés à
appréhender le prochain rendez-vous. Certes, ils reprennent en l’état la
même question qu’ils s’étaient posée en 2013, sans pour autant trouver
de nouvelles ripostes capables de contrarier les desseins du régime.
Même si l’échéance est encore lointaine et qu’ils possèdent certaines
latitudes pour agir, les courants politiques n’ont désormais d’autres
choix que de traduire le rendez-vous de 2019 en confrontation binaire.
Celle qui exigerait d’eux qu’ils s’entendent sur un programme commun et
investissent un candidat unique suffisamment représentatif à tous points
de vue. Or, s’il est relativement aisé de trouver des convergences
idéologiques pour rédiger une charte du changement, il est par contre
malaisé de s’entendre sur la désignation d’un challenger. Les ego
politiques, étant ce qu’ils sont, certains animateurs de la société
civile ont justement cru utile de proposer une personnalité, sans
attache partisane ni d’obédience doctrinale marquée, pour être
candidate. C’est ainsi que d’un mandat à un autre, l’on retrouve la même
proposition. Celle qui désigne à nouveau Mouloud Hamrouche est, depuis
quelques jours, présente sur les réseaux sociaux. Etonnamment, sa
popularité, demeurée intacte depuis son unique implication lors de la
présidentielle de 1999, ne saurait s’expliquer par la seule qualité de
ses analyses ponctuelles. Car ce que l’opinion retient toujours de cette
personnalité, c’est surtout le caractère novateur de ses démarches quand
il eut à occuper les fonctions de chef de gouvernement (1989-1991). Et
si à présent ses avis se font rares, il continue tout de même à susciter
de la curiosité si ce n’est de l’intérêt positif dans la mesure où il
s’est toujours interdit les compromissions politicardes leur préférant
une sorte de mise à distance de tous les enjeux douteux. Y aurait-il par
conséquent un «effet» Hamrouche suffisamment attractif au point de
continuer à incarner le bon outsider même en 2019 ? Il est vrai qu’il
suffit de faire le recensement des têtes politiques bien faites pour
constater que le champ partisan est d’une désolante pauvreté.
Aujourd’hui, à 74 ans, Hamrouche présente le profil parfait synthétisant
cette génération majeure à l’indépendance et mûre pour les responsables
dès 1988. Schématiquement, c’est cet argument qui est mis en avant
toutes les cinq années pour lui demander de jouer un rôle politique.
Cependant, le fait que 2019 ne sera pas précédé par une véritable
décantation tout au long des quatre dernières années marquées par la
succession de crises chroniques de la gouvernance risque bel et bien de
le dissuader définitivement. Qu’est-ce à dire si ce n’est qu’il ne
souhaitera pas cautionner à travers sa participation une élection
toujours fermée qui fera de lui — et à son insu — un lièvre de haute
qualité ! Autant supputer qu’il n’y aura pas de candidat Hamrouche dans
la configuration actuelle. Et pour cause, c’est tout de même à lui que
l’on doit le diagnostic le plus exact du césarisme actuel.
Indéniablement, cet ancien chef de gouvernement, labellisé à juste titre
«réformateur», jouit toujours d’un capital d’estime jusqu’à être la
référence auprès de plusieurs cercles de pensée. Ce seront, sûrement,
ces réseaux éclairés qui ne manqueraient pas de lui donner raison s’il
décidait de décliner une offre de la sorte. Face à une classe politique
ayant superbement ignoré le butoir majeur en ne se consacrant qu’à la
vaniteuse course aux strapontins des communes et à la qualité de
maroquins du Parlement, Hamrouche est effectivement édifié sur
l’insignifiance du rôle qu’elle prétend tenir afin de rendre possible
une alternance dont il sait que celle-ci est plus fantasmée que réelle
en regard à leur absence d’ancrage dans la société. Evidemment, lorsque
les partis de l’opposition se sentiront refroidis dans leur élan de
sympathie, l’on imagine mal qu’ils fassent enfin leur autocritique car
c’est à eux que sont imputées toutes les pratiques préjudiciables à la
démocratie et au pluralisme à l’image d’un sordide chef de parti qui,
lors des récentes législatives, plaida sans rougir pour le bourrage des
urnes. Or, si l’enjeu crucial concerne le devenir des libertés
publiques, il n’est plus possible également de fermer les yeux sur les
pratiques mafieuses de la classe politique, elle-même. Commencer par
moraliser les officines avant de vouloir donner des leçons à la société
civile est impératif. Quoique pensent les aventuriers actionnant les
appareils, cette pseudo-élite politique qui se targue d’avoir fructifié
le pluralisme est de loin en retard par rapport à l’opinion et notamment
la minorité qui est structurée dans le mouvement associatif. L’électorat
en général, c'est-à-dire cette masse plus ou moins conditionnée par le
discours politique, ne vient-il pas cependant de sanctionner par deux
fois le pouvoir en lui infligeant des scores d’abstention historiques ?
C’est par conséquent ce capital de colère qui demeure en jachère par la
faute d’un pluralisme de prédateurs. Les leçons lamentables qui
illustrent sa capitulation datent du 12 novembre 2008 à travers le viol
de la Constitution au Parlement puis l’insoutenable reddition en 2014
quand ils souscrivirent à une réélection irréelle. Voilà pourquoi
l’initiative consistant à appeler au secours de la démocratie une
personnalité comme Hamrouche n’est au mieux que le vœu louable d’une
classe politique désireuse de s’acheter bonne conscience après avoir été
à l’origine de toutes les dérives anti-démocratiques.
B. H.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): B. H.

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