Mise en place d’une force antiterroriste au Sahel: Alger refuse de s’impliquer

Lesoir; le Mardi 11 Juillet 2017
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A l’heure où s’activent les préparatifs pour la mise
en place d’une force militaire antiterroriste au Sahel, l’Algérie, elle,
se distingue par une attitude de réserve, presque de la prudence face à
une situation dont tous les tenants et les aboutissants demeurent encore
inconnus…
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Une certitude, cependant : les
autorités algériennes refusent manifestement de se joindre à l’opération
en cours au sein du G5. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et
la Mauritanie se sont, comme on le sait, réunis il y a près de deux
semaines à Bamako pour concrétiser un projet déjà vieux de plusieurs
mois. Celui de déployer dans le Sahel 5 000 militaires africains issus
des pays concernés pour lutter contre les groupes terroristes qui
gangrènent la région.
Basées au Mali, ces troupes sont appelées à mener cette lutte aux côtés
des soldats français qui se trouvent sur place dans le cadre de
l’opération Barkhane, lancée trois années plus tôt pour parer aux échecs
des missions Serval et Epervier qui la précédaient.
Ces échecs ont mis à mal les autorités françaises face à leur opinion,
mécontente de voir des enfants du pays soumis à un danger permanent des
groupes terroristes et sans succès apparent. Au Mali, la France a
échoué, et Macron le sait. Dans sa campagne électorale, il a fait
promesse à ses électeurs de rallumer le flambeau et de se rendre à
Bamako dès son accession à la présidence de la République. Ce qu’il a
fait, peu de temps après son arrivée à l’Elysée. Mais Macron a compris
aussi que la mise en place de toute stratégie ne pouvait s’effectuer
sans l’Algérie qu’il a lui-même qualifiée de marraine du processus pour
la paix et la réconciliation au Mali. Tout le monde sait aussi,
affirment des sources bien au fait du dossier, «que tous les leviers se
trouvent entre les mains de l’Algérie et qu’il est impossible de faire
autrement que de passer par cette courroie pour pouvoir agir». C’est
ainsi que s’expliquent les coups de fil répétés entre le Président
français et son homologue algérien.
Trois entretiens en moins d’un mois ont été révélés par des relais
français aux médias de ce pays. «On voit bien que l’affaire est au
centre des préoccupations actuelles des dirigeants français. On peut
même interpréter ces sollicitations comme un forcing, mais il se trouve
que certains propos ou comportements n’ont pas été accueillis de manière
favorable. Tenir une réunion comme celle qui s’est déroulée récemment à
Bamako (celle du G5) est inconcevable, mais y assister est aussi
contraire à la politique qui a toujours caractérisé notre pays»,
poursuivent nos sources. «Actuellement, la situation est trouble, d’un
côté, la France pressée qui veut marquer un retour en force dans une
région où elle a échoué, de l’autre, une opération de mise en place de
forces militaires qui implique des actions par-delà les frontières, ce
qui est contraire aux positions de notre pays et au centre des
mouvements terroristes qui mettent chaque jour en danger les populations
du Sahel et qui risquent d’étendre leurs actions bien au-delà des
frontières.»
Par prudence, Alger décide de rester en retrait. «On voit bien que
quelque chose se passe, dernièrement, les Espagnols, les Portugais mais
aussi les Français et les Marocains ont convenu d’une rencontre autour
du Sahel à laquelle n’a pas été conviée l’Algérie, encore une fois. Ils
savent que notre position est claire, nous avons 6 000 km de frontières
à sécuriser, ce n’est pas une mince affaire, nous avons intérêt à les
sécuriser, pas à faire les gendarmes pour les frontières des autres. Il
ne faut pas oublier non plus que des opérations comme celles qui se
préparent dans le Sahel sont très coûteuses, pourquoi se lancer dans de
telles aventures ?» «La position la plus sage, poursuit ce spécialiste,
est de s’en tenir au contenu des discussions qui se sont déroulées lors
de la dernière visite du ministre français des Affaires étrangères. Tout
le monde sait qu’il y a eu de grosses divergences autour de la manière
de faire face à la situation qui se déroule dans le Sahel.
Les Français veulent aller vite, l’Algérie refuse de suivre, de
s’embarquer dans des aventures où elle a plus à perdre qu’à gagner. Elle
se refuse également à répondre à des sollicitations qui ont plus
l’allure d’injonctions qu’autre chose. C’est ainsi qu’elle s’en tient à
ce qui a été dit en dernier lieu à Le Drian. L’Algérie est disposée à
une coopération forte pour la relance du processus de paix et de
réconciliation au Mali. Quant au reste…»
A. C.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. C.

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