Patrimoine: Le tapis : un mode d'expression socioculturel

Lesoir; le Mardi 21 Mars 2017
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Depuis la nuit des temps, des mains agiles de femmes
ont valsé sur des métiers à tisser pour confectionner des tapis d’une
laine légère et douce, avec des motifs exprimant leur vécu, leur mode de
vie et leur environnement sociologique. Chaque tapis est porteur d’une
forte symbolique et retrace une tranche de vie d’une femme artisane, son
vécu et son milieu social, jusqu’à devenir une référence
socioculturelle.
Les motifs, dessins, lignes et autres trames que renferment chaque tapis
véhiculent l’imaginaire social et la tradition orale ancestrale,
transmise de génération à génération, selon le milieu sociologique de
chaque tisseuse et tisserande. Ainsi, le tapis constitue une
architecture mobile, un signe identitaire du savoir-faire, du
savoir-être d'une population, d'une aire géographique précise et chaque
région se targue de ses propres symboles et motifs, jalousement
préservés et fidèlement transmis par ces œuvres d’art ancestrales,
véhiculées par le tapis.
Parmi les régions qui excellent dans la symbolique artistique mise en
œuvre dans la structure picturale des tapis et reflétant le véritable
ancrage identitaire, figurent la Kabylie, les Aurès, le M’zab, Tlemcen,
les Hauts-Plateaux et le Djebel Amour. Du tapis de Nemencha à celui de
Béni-Isguen, en passant par ceux d’Aït Hichem, Ksar Chellala, Aflou et
Laghouat, l’expression artistique propre à chaque région se révèle à
travers les motifs, les lignes et les trames reproduites,
magistralement, par les mains habiles des tisseuses.
Chaque région se reconnaît à travers les représentations, les formes et
styles géométriques ingénieusement répartis, avec des couleurs
subtilement mariées et choisies. A titre d’illustration, les tapis des
régions de Djebel Amour, de Nador en allant vers Sougueur, Aflou,
El-Bayadh et Laghouat, se distinguent par des dessins réalisés avec un
mariage exclusif de trois couleurs (rouge, noir et blanc).
Le tapis de Ksar Chellala répond, lui, à un style de tissage bien
particulier et comporte une multitude de couleurs et de motifs. Celui de
Ghardaïa se caractérise par un motif central d’apparence végétal et un
motif représenté par une ligne de palmiers, avec deux couleurs (blanc
cassé et noir).
Chaque symbole et couleur que comporte un tapis témoigne d’une pratique
sociale, d’un mode de vie propre à chaque région, à une entité
culturelle inspirée de son quotidien. Il arrive à la tisseuse du tapis
d’abandonner les contraintes stylistiques et l’austérité du réalisme
pour se consacrer à des œuvres surréalistes, où la liberté de création
est plus épanouie.
Le développement de cet artisanat du tapis est lié à l’héritage culturel
de chaque région qui, dans une large mesure, dépend de l'élevage, soit
du caprin, du bovin, de l’ovin ou du camelin, puisque les peaux de ces
animaux sont utilisées, outre le tissage du tapis, pour la fabrication
d'autres objets tels que les divans et les semelles en cuir, pour ne
citer que ceux-là.
La laine est, cependant, utilisée pour le tissage des tapis, des habits,
des tentes des habitants des Hauts-Plateaux et du Sahara. Dans la
perspective de valoriser et promouvoir cet art, le tapis traditionnel
est au cœur des intérêts du secteur de l’artisanat durant toute la
période de la 49e édition de la fête du tapis, ouverte samedi dans la
capitale du M’zab, Ghardaïa.

Categorie(s): culture

Auteur(s): lesoir

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