Rachid Sekak :: «Il faut plutôt libérer les initiatives et réglementer ensuite et non pas le contraire»

Lesoir; le Mercredi 22 Mars 2017
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L’ancien DG de la banque HSBC Algérie Rachid Sekak a
donné hier à l’Institut Cervantès, Centre culturel espagnol à Alger, une
conférence organisée par le Cercle du commerce et d’industrie algéro-espagnol
(CCIAE) sous le thème : «Monnaie et finance dans le contexte économique
actuel».
Lyas Hallas - Alger (Le Soir) - Rachid Sekak estime qu’«il ne serait
pas raisonnable de rester sur une vision implicitement de court terme
basée sur une anticipation de remontée prochaine du prix des
hydrocarbures et sur la croyance d’une pérennité éternelle de nos
réserves de change». Et que «si des marges réduites de manœuvre
continuent d’exister (réserves de change, faible dette extérieure,
faible dette publique interne), elles ne doivent surtout pas être
avancées pour justifier un statu quo et ne rien faire». «L’endettement
extérieur n’est plus un choix mais une nécessité», a-t-il indiqué. En
effet, le consultant dresse un tableau peu reluisant des finances
publiques : «Les réserves de change sont passées de 194 milliards USD à
fin 2013 à 114 milliards USD à fin 2016, le solde budgétaire est passé
d’un équilibre en 2013 à un déficit évalué à 15-16 % du PIB aussi bien
en 2015 qu’en 2016, la balance courante est passée d’un solde positif
d’un milliard USD en 2013 à un solde négatif d’environ 26 milliards USD
en 2016, l’épargne budgétaire mesurée par les disponibilités au sein du
FFR passe de 5 563 milliards de DZD à fin 2013 au niveau plancher prévu
par la loi de 740 milliards de $ en juin 2016 (probablement épuisé à ce
jour suite à la disposition introduite dans la LF pour 2017), et une
forte poussée de la part de la monnaie fiduciaire dans la masse
monétaire qui indique une importance croissante du secteur informel dans
l’économie.»
Rachid Sekak a néanmoins souligné que «le pays a encore l’opportunité de
mettre en œuvre un programme de réformes de manière progressive, pour en
atténuer le coût social». Il suggère de travailler dans l’immédiat à «la
consolidation des finances publiques et aussi la relance de la
production et les exportations des hydrocarbures». Pour lui, le niveau
dépenses courantes de l’Etat est intenable. «Elles ont doublé entre 2006
et 2014. Les salaires versés dans la Fonction publique représentent 45%
de ces dépenses, soit 10% du PIB. C’est intenable», a-t-il précisé. Il
suggère aussi «une refonte progressive mais totale du système de
protection des populations les plus vulnérables». «Actuellement, les
transferts sociaux sont coûteux et le plus souvent mal ciblés et
certainement injustes. Ils induisent une forte demande d’importation du
fait de l’insuffisance de l’offre locale, une consommation excessive
d’énergie et génèrent des superprofits pour certains importateurs qui ne
répercutent pas toujours les baisses de prix observées sur le marché
international. Ce qui pèse lourdement sur nos équilibres extérieurs»,
a-t-il fait observer. Pour mieux protéger les pauvres et pour plus
d’équité, a-t-il recommandé, «il est urgent de remplacer le
subventionnement des produits par un dispositif mieux ciblé de
transferts monétaires directs».
Sur le long terme, Rachid Sekak insiste sur «la reconstruction d’une
capacité d’analyse prospective et le recentrage de l’appareil
administratif et le développement d’une nouvelle philosophie du service
public». «L’écoute, l’accompagnement, l’information et la communication
doivent être les maîtres mots de l’administration qui doit être
recentrée sur les exigences du terrain.
Il faut que le texte réglementaire ne soit plus l’interdit mais trace
des manières de faire, promeut et incite les innovations et les
initiatives. Il faut plutôt libérer les initiatives et réglementer
ensuite et non pas le contraire», a-t-il conclu.
L. H.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): L. H.

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