RÉFUGIÉS AFRICAINS EN ALGÉRIE: La polémique enfle

Lesoir; le Mardi 11 Juillet 2017
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Un débat bien sensible est désormais amorcé dans le
pays. Suscité par la présence nombreuse de réfugiés subsahariens, le…
racisme… est au cœur d’une polémique qui va en s’amplifiant,
éclaboussant au passage des hommes politiques qui ne s’étaient encore
jamais exprimés sur le sujet.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Deux camps bien distincts
s’affrontent : les partisans d’ouverture et d’accueil en faveur des
Africains ayant trouvé refuge sur le territoire algérien, et les autres,
ceux pour lesquels cette présence est davantage considérée comme une
menace, un danger sanitaire et sécuritaire qui vient en ajouter à la vie
déjà bien difficile des Algériens. Ces derniers ont fait entendre leur
voix très tôt au sein de la société.
Au cours de ces quatre dernières années, des évènements incroyables se
sont produits dans différentes villes d’Algérie. A Béchar, Tamanrasset,
Ouargla et même sur les hauteurs d’Alger, des familles africaines, qui
avaient débarqué depuis peu, ont été attaquées, lapidées et chassées des
lieux par des Algériens qui leur reprochaient un mode de vie différent
du leur. De nombreux blessés et deux morts (deux réfugiés de Béchar) ont
été dénombrés.
A chaque reprise, un bilan était fourni par les services de sécurité
qui, à l’époque, recevaient visiblement consigne de céder à la volonté
des citoyens algériens en déplaçant les Subsahariens vers d’autres
régions. Il en a été ainsi jusqu’au jour où l’Algérie décide de procéder
à des opérations de rapatriement. Un tollé s’ensuit. Des organisations
humanitaires internationales accusent l’Algérie de racisme. Des
explications sont fournies aux autorités des pays concernés (Mali et
Niger). Mais les opérations menées s’avèrent rapidement inutiles. A
peine rapatriés, les réfugiés reprenaient le chemin de l’exil vers la
même destination. Au cours du mois de Ramadhan dernier, un afflux
particulièrement important est remarqué. Les réfugiés atteignent un
nombre tel qu’ils parviennent à reconstituer de véritables villages
africains en pleine capitale. Apitoyés par leur sort, de nombreux
citoyens algériens leur viennent en aide comme ils peuvent en leur
fournissant notamment des denrées alimentaires.
Sur les réseaux sociaux, des commentaires peu décents continuent,
cependant, de circuler. Visiblement gênés par une situation qui risque à
nouveau d’attirer de sévères critiques au pays, le chef du gouvernement
fait savoir que le dossier sera pris en charge de façon imminente. Trois
semaines sont passées sans nouveauté. Sur le web, les commentaires
racistes s’amplifient et choquent. Et au moment où l’on s’y attend le
moins, un responsable politique, connu pour sa réserve, lâche un
commentaire virulent sur le sujet. Ouyahia, SG du RND et directeur de
cabinet du président de la République, considère que la présence des
Africains est porteuse de «maladies, de drogue et de violence». Ses
propos choquent et sèment aussi le doute sur la véracité d’une telle
déclaration. Son parti, le RND, confirme. Ouyahia s’attire de sévères
critiques assimilées à celles tenues quelques mois plutôt par Farouk
Ksentini, ancien responsable de la Commission des droits de l’Homme. De
la même manière, ce dernier s’était attiré la foudre des défenseurs des
réfugiés subsahariens en les accusant d’être «porteurs de sida et
trafiquants de drogue». Depuis, la polémique a enflé.
Hier, le Parti des travailleurs (PT) a transmis une déclaration où il se
dit «horripilé par la campagne xénophobe qui cible les migrants du
Sahel, arrivés dans notre pays pour fuir les guerres impérialistes et la
famine». «Tout en saluant la solidarité agissante des citoyens
algériens, poursuit le communiqué, le PT appelle à une prise en charge
réelle des migrants conformément à une tradition séculaire de notre
pays. Il exprime aussi son indignation devant le spectacle désolant aux
relents de barbarie».
Le PT appelle, enfin, «l’Etat à prendre ses responsabilités devant la
tragédie qui frappe nos frères africains en scolarisant les enfants qui
errent dans les rues et villages du pays et en octroyant des permis de
travail aux migrants (…) l’Algérie, qui a été La Mecque des
révolutionnaires, ne saurait tourner le dos à une tragédie qui frappe
nos frères africains et rappelle que la négritude n’est pas forcément
liée à la couleur de la peau».
De la même manière, la Ligue algérienne des droits de l’Homme a réagi en
se disant consternée par le discours ambiant, notamment lorsqu’il émane
d’hommes politiques ou responsables censés donner l’exemple.
Le président de la Laddh tient également à préciser que ces migrants ont
fait de l’Algérie une terre d’exil «par défaut», car «le rêve de la
majorité d’entre eux est de se rendre en Occident. La fermeture des
frontières au niveau des pays européens a rendu ce rêve impossible et
ils ont donc décidé de s’ancrer en Algérie pour fuir la désertification,
les guerres, la sécheresse et la famine qui frappent leur pays».
Avocat, mais aussi militant des droits de l’Homme de longue date, Miloud
Brahimi a également réagi sur le sujet en rappelant que «depuis que le
monde est monde, l’histoire s’est faite avec des migrations
permanentes». «Je suis scandalisé, dit-il, par certaines réactions à
l’égard de ces migrants. Il faut avoir un cœur dur comme une pierre pour
ne pas être ému par ces images de femmes errant dans les rues avec leurs
enfants après une longue traversée du désert qui s’est faite, sans aucun
doute, avec des dégâts considérables. Il est grand temps que soit mise
en place une réelle politique de prise en charge de toutes ces
personnes. Une prise en charge alimentaire, sanitaire, mais aussi la
mise en place d’abris, de camps pourquoi pas… mais il faut aussi
discuter avec eux pour prendre la décision ou non de rentrer chez eux.»
A. C.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. C.

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