SOIT DIT EN PASSANT: Au souvenir la place qui lui est due !

Lesoir; le Dimanche 12 Novembre 2017
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Par Malika Boussouf
malikaboussouf@yahoo.fr
Lorsque Fadéla Belkhenchir, la veuve du professeur en pédiatrie
Djilali Belkhenchir, assassiné le 10 octobre 1993 à El-Biar, au sein de
l’hôpital qui porte aujourd’hui son nom, regrette la démission d’acteurs
importants de la société civile, elle en a le droit parce qu’elle sait
de quoi il en retourne. Voici ce qu’elle m’a adressé comme message il y
a quelques jours.
«Il faut remercier Cherifa Kheddar et Nazim Mekbel de s'obstiner à
maintenir vivante la petite flamme du souvenir. Si la réponse à la
question que vous posez est évidente, en revanche celle de savoir
pourquoi les journalistes ont déserté le terrain de la mémoire me paraît
plus préoccupante. Je me suis toujours étonnée que cette corporation,
qui a payé le plus lourd tribut dans la catégorie ‘‘attentats ciblés’’,
qu'on a dû protéger dans des hôtels sécurisés, se soit désintéressée des
collègues assassinés que, pourtant, au bord des tombes, elle a juré de
ne jamais oublier. A ce propos, j'ai, un jour, posé la question à l’un
de vos confrères. j'ai appris, avec stupeur, qu'au niveau de sa
rédaction, en tout cas, nul répertoire informatique n'avait été tenu de
toutes les exactions commises durant ces années effroyables... C'est
Nazim Mekbel qui essaie, vaille que vaille, sur la page Ajouad (sur
Facebook), de faire ce travail de recensement et de mémoire tout en
militant pour l'instauration de la date du 22 mars, journée nationale
pour la mémoire des victimes du terrorisme.
Je m'imaginais, naïvement, que les journalistes auraient à cœur de
publier la photo, la date, le lieu de l'assassinat de leurs collègues à
chaque fois que de besoin, sans rien ajouter d'autre qui pourrait tomber
sous le coup de la loi de ‘‘réconciliation’’. Mais j'avoue que j'ai
perdu tout espoir en leur fidélité, en voyant avec quelle facilité et
quelle abdication devant le pouvoir ils se sont laissés déposséder de la
‘‘place de la Liberté de la presse’’. J'ajoute que les rédactions se
sont tellement ‘‘bunkerisées’’ que je dois recourir au ‘‘piston’’ pour
faire paraître un rappel de l'assassinat de mon mari et que, la plupart
du temps, je préfère payer en passant par le service des annonces.»
M. B. 

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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