SOIT DIT EN PASSANT: Débandade à bord !

Lesoir; le Lundi 17 Avril 2017
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Par Malika Boussouf
malikaboussouf@yahoo.fr
Il est des jours comme ça où lorsqu’une personne, excédée, vous
raconte comment s’est passé son voyage de retour vers l’Algérie, vous
hochez la tête d’un air entendu, en vous disant que, décidément, les
mauvaises habitudes sont prises de façon démoniaque.
Une amie qui quittait un des pays du Golfe à bord d’un avion d’Air
Algérie a décrit, écœurée, comment le vol, nickel, s’est transformé,
aussitôt la vitesse de croisière atteinte et les nuages transpercés, en
café de gare où tous les goûts s’expriment et où les avis s’échangent
d’une voix stridente.
Au fur et à mesure que l’anecdote se corse, vous vous souvenez que des
aventures du même genre sont rapportées ponctuellement et vous réalisez
par ailleurs que vous-même avez vécu quelques épisodes quasi identiques
et dans des ambiances encore plus fleuries qu’on ne pourrait l’imaginer.

Le sans-gêne avec lequel certains passagers mettent le souk à bord est
dantesque et plus courant qu’on n’oserait le croire. Une espèce de
rituel qui ne dit pas son nom. Dès que l’appareil décolle et que l’on se
sent à l’abri des regards étrangers, on se détend tout en prenant ses
aises, sans se soucier de l’embarras occasionné autour de soi. Il y a,
pour ouvrir le bal, ceux qui se bousculent dans l’avion comme ils le
feraient en montant dans un bus, avant que les enfants ne prennent le
relais et se mettent à courir dans tous les sens à travers les allées.
Puis viennent ceux qui réclament de l’espace pour prier sur un ton docte
qui ne souffre aucune remarque. Ils vous donnent l’impression que
l’enfer leur court derrière.
Il y a, aussi, ceux qui, le doigt en érection, s’improvisent en
prêcheurs zélés. Suspendus entre ciel et terre et terrorisés à l’idée
que le ciel leur tombe sur la tête, ils psalmodient dans votre
direction, les yeux exorbités, prêts à punir la moindre réprobation.
Comment ne pas reconnaître au personnel navigant, pourtant rompu aux
mouvements d’humeur, l’incomparable mérite qu’il a de supporter les
excès capricieux et la débandade à bord ? A la descente, c’est pareil.
Les excités du voyage ne rentrent dans les rangs et ne consentent à bien
se tenir qu’à la vue de l’uniforme.
M. B.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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