SOIT DIT EN PASSANT: «Douleur en mémoire» !

Lesoir; le Mardi 7 Novembre 2017
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Par Malika Boussouf
malikaboussouf@yahoo.fr
Il y a quelques jours, le 1er novembre dernier, Djazaïrouna a
organisé ses deuxièmes assises de la mémoire. Le choix par cette
association de victimes du terrorisme d’une date aussi marquée
symboliquement en chaque Algérien pour dire le mal subi par tout un pays
et raconter cette guerre menée contre les civils n’était pas fortuit.
Cultiver la mémoire étant l’un des principaux objectifs de ses membres,
dont Chérifa Kheddar, la présidente, qui a elle-même perdu frère et sœur
durant la décennie rouge, il était important pour ces derniers de ne pas
laisser passer ce jour sans en parler de nouveau.
L’an dernier, lors de ses premières assises, l’association avait
sollicité le souvenir en projetant des films produits sur cet autre
drame algérien.
Un débat entre réalisateurs, victimes et public avait, alors, enrichi la
rencontre. Cette année, c’est au siège de l’association à Blida que
psychologues, journalistes, écrivains, cinéastes, peintre, traductrice
et victimes se sont retrouvés pour raconter, écouter, noter et
rechercher le moyen idéal de réparer les âmes meurtries, d’apaiser la
douleur et d’aider les blessures, encore béantes, à cicatriser.
Réfléchir au travail gigantesque à accomplir pour battre le mal en
retraite n’est pas chose aisée. Epauler les survivants en quête du deuil
des leurs, égorgés sous leurs yeux puis abandonnés là, pour imposer
l’autorité par le sabre. La violence des témoignages était
insupportable. Difficile de rester impassible face à des regards qui se
perdent et des voix qui tremblent tandis qu’elles déroulent le film du
jour fatidique où l’un des leurs a été sacrifié. Comment entendre parler
sans frissonner de ces anciens voyous, connus dans le quartier ou de ces
monstres venus d’ailleurs frapper à leur porte et les contraindre à
ouvrir ? «Ma maison a été retournée, les armoires fracassées, les
matelas éventrés», m’a confié une veuve, si jeune encore, secouée par
des sanglots silencieux. Ils ont emporté ce qui avait de la valeur,
détruit ce qui n’en avait que pour les victimes puis tranché la tête du
chef de famille avant d’égorger le reste pour économiser les
munitions...
M. B. 

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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