SOIT DIT EN PASSANT: Pour la paix, pas pour le pardon !

Lesoir; le Mercredi 8 Novembre 2017
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Par Malika Boussouf
malikaboussouf@yahoo.fr
Beaucoup des victimes du terrorisme approuvent la loi sur la
réconciliation nationale parce qu’elles sont avides de paix et qu’elles
savent ce qui arrive quand on passe ses nuits debout pour ne pas laisser
à la mort le loisir de vous surprendre dans votre sommeil. Mais elles ne
pardonneront jamais à leurs bourreaux d’avoir détruit leur vie. Pourquoi
faut-il que ce soit une association qui se charge d’enregistrer les
témoignages et de donner aux horreurs commises par les groupes
islamiques armés une mémoire ? Pourquoi n’a-t-on pas jugé fondamental de
commémorer — à l’exemple du 8 Mai 45, du 1er Novembre ou du 5 Juillet —
la violence d’une décennie qui a rendu psychologiquement irréparables
les crimes commis contre tout un pays et pourquoi faut-il que ce
devoir-là incombe aux seules victimes ? Pendant plus de dix ans,
l’Algérie a été la cible de crimes inqualifiables.
Pourquoi ne pas enregistrer les témoignages de celles et ceux encore de
ce monde pour dire aux générations qui ne l’auront pas vécue et au monde
entier comment le pays a subi et affronté seul les assauts de monstres
sanguinaires qui, aujourd’hui, évoluent en toute impunité ? Cette année,
ce sont l’université de Birmingham et la fondation Leverhulme,
sensibilisées au projet par une Algérienne, Anissa Daoudi, qui y
professe en tant que linguiste, qui ont sponsorisé les deuxièmes assises
de la mémoire organisées le 1er novembre dernier à Blida par
l’association Djazaïrouna. Une journée dont j’ai parlé hier, qui a réuni
psychologues, cinéastes, écrivains, journalistes et autres acteurs de la
société civile autour de victimes et familles de victimes de
l’intégrisme islamiste.
Survivants, comme ils se définissent, ils ont de nouveau raconté les
nuits sans fin qui ont emporté un ou plusieurs des leurs. Il y a
quelques années, Djazaïrouna a, durant de longs mois, récolté des
centaines de témoignages. Un soir, tous les documents, notamment
audiovisuels, qui rapportaient les atrocités commises au nom d’un islam
voulu implacable et autoritaire ont disparu. Depuis, 4 ou 5 des témoins
sont morts. Personne ne se souviendra plus de l’enfer qu’il ont vécu.

M. B. 

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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