TEMMAR AUX FABRICANTS DE MÉDICAMENTS :: "Restez dans le générique"

Lesoir; le Dimanche 30 Decembre 2007
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En marge de sa visite de travail effectuée mercredi dernier à Constantine, visant à jauger le potentiel industriel de cette ville, le ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements a pris un nombre de mesures qui s’inscrivent, en particulier, dans le cadre de la nouvelle politique industrielle adoptée par le gouvernement.Abdelhamid Temmar a ordonné, entre autres, la réalisation d’une étude
monographique sur les possibilités de développement d’une filière
industrielle pour cette ville selon le modèle stratégique adopté par la
tutelle. La décision a été prise sur la base des arguments avancés par
les autorités locales estimant l’existence d’une forte concentration
industrielle dans les domaines agroalimentaire, mécanique et
pharmaceutique en plus d’un pôle universitaire très important à
Constantine, ville préférée du président Bouteflika, pour paraphraser
M.Temmar et qui ne figure pas sur la nouvelle carte industrielle.
«La fabrication du médicament est un environnement inaccessible»
Le ministre, qui n’était pas tout à fait convaincu par ces
arguments, n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour recommander
aux fabricants du médicament, présents, lesquels se sont plaints de la
rude concurrence de la filière d’import, et sollicité l’intervention de
l’Etat pour protéger cette industrie naissante en Algérie, de se
contenter de la production des médicaments génériques car, selon ses
dires, les enjeux de ce secteur sont très difficiles à maîtriser. «L’Etat
algérien ne peut pas dans le contexte actuel intervenir pour imposer aux
laboratoires mondiaux, qui commercialisent les médicaments en Algérie,
un lobby puissant, surtout les fabricants américains, très influents sur
les décisions du gouvernement américain. Et une mesure similaire de la
part de la partie algérienne qui est en train de négocier son adhésion à
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sera fatale pour ce processus.
Je ne demande pas aux opérateurs privés algériens d’être plus Algériens
que les autres Algériens mais, je leur dis d’aller chercher leurs
intérêts là où ils peuvent trouver leurs comptes, de gérer leurs
affaires. L’essentiel est de créer la richesse et l’emploi, quelle que
soit l’activité commerciale ou industrielle. Pour le moment, je vous
conseille de rester dans le générique, c’est plus rentable. Et nous
lancerons, une fois bien assis, les autres produits de cette industrie.
D’ailleurs, cette branche naissante ne peut même pas se hisser au niveau
de la Jordanienne pour ne pas prétendre concurrencer les Américains, les
Anglo-saxons, les Germano-suisses ou encore les Japonais. Cette activité
est concentrée en ce quartette et constitue un environnement économique
inaccessible », a appuyé le ministre. Il expliquera sa position par la
nécessité d’apprendre à tirer profit de la mondialisation parce que, à
ses yeux, nous sommes déjà mondialisés et nous n’avons pas un autre
choix. Dans ce contexte, il a reproché aux universitaires algériens,
viscéralement contre la mondialisation pour la plupart d’entre eux,
d’avoir un esprit très français. «Ce sont des économistes français pour
la plupart qui pilotent le mouvement alter mondialiste à travers le
monde. Mais, je vous dis qu’il faut s’adapter à cette démarche, puisque
la mondialisation blesse les faibles», conclut-il.
«Nous sommes en train de chercher d’autres voies pour la cession de
l’ENMTP»
En ce qui concerne l’industrie mécanique, M.Temmar, qui a qualifié
ce secteur d’important dans le cadre du nouveau processus de
redéploiement industriel, s’est engagé à trouver un partenaire sérieux
pour la modernisation de l’Entreprise nationale de matériel des travaux
publics (ENMTP). «Nous sommes en pleine négociation. Nous trouvons, il
est vrai, que Liebherr, seul postulant pour ce contrat de partenariat,
est un interlocuteur très sérieux mais, nous allons chercher d’autres
voies et nous choisirons la meilleure offre.» Il avouera, quoiqu’il soit
resté dans son scepticisme quant aux capacités de l’ENMTP de supporter
la concurrence, que l’idée qu’il avait sur ce fleuron de l’industrie
nationale à l’ère de l’économie dirigée se résume en une entreprise qui
se porte mal. «Je pensais qu’elle était morte et que la situation est
extrêmement difficile à redresser mais tant qu’elle peut vivre et faire
de l’argent comme l’ont affirmé les responsables des trois complexes de
l’ENMTP, on va voir ce que l’on peut faire pour cette entreprise»,
dira-t-il. Notons que le DG du CPG (Complexe de pelles et grues) a
indiqué que la mise à niveau de cette filiale a été évaluée, selon une
expertise locale, à 5 millions d’euros. Un risque qu’aucune banque
n’accepte de prendre. En réponse à la doléance des responsables de l’ENMTP
pour protéger cette industrie de la concurrence déloyale, le premier
responsable du secteur a été clair : «L’Etat ne soutiendra plus la
production et je crois qu’il n’y a pas de tricherie dans ce secteur»,
a-t-il déclaré. Pour le complexe du CMT qui risque de mettre, bientôt,
la clé sous le paillasson selon son P-dg, le ministre ne s’est pas
prononcé. «Je ne suis pas au courant de la situation exacte dans ce
complexe», a-t-il avancé. L’inspection des usines de ce complexe a été
dégommée du programme de sa visite.
Temmar ordonne l’ouverture d’enquêtes dans le secteur
M. Temmar a ordonné, par ailleurs, l’ouverture de deux enquêtes dans
le secteur de l’industrie, liées à la fabrication du vinaigre et à
l’extraction et la transformation du marbre. Le problème pour la
première activité est la concurrence déloyale, selon un producteur
installé dans la capitale de l’Est qui a suscité, par son intervention,
l’intérêt du ministre par rapport à cette question lorsque ce fabricant
a parlé d’une correspondance de l’Institut algérien de la normalisation
(IANOR), organisme sous sa tutelle, déclarant l’incompétence de cette
institution en réponse à une plainte formulée officiellement dans ce
sens. Il a indiqué que seules deux vinaigreries sur les sept qui
existaient en 2002 continuent en 2007 de faire la fermentation de
l’alcool. Les autres vinaigreries, affirme-t-il, ont été contraintes à
fermer à cause de la concurrence de certains conditionneurs qui
utilisent un acide acétique pour donner de la saveur à leurs produits.
Selon les termes de ce fabricant, qui a précisé que son usine tourne
actuellement à seulement 40 % de sa capacité et ce, après avoir été
obligé de mettre 12 de ses employés au chômage, ces conditionneurs
commercialisent un produit truqué à bas prix et dupent le consommateur
par l’étiquetage. «Le mot condiment est consigné sur l’étiquette dans la
liste des ingrédients. En fait, c’est un acide acétique, destiné, en
principe, à un autre usage», confesse-t-il. Sur un autre chapitre,
l’extraction et la transformation du marbre, indique un producteur des
dérivés de cette matière, restent tributaires des aléas bureaucratiques.
Il déplore le fait que l’Algérie continue d’importer ce matériau de
construction à coups de milliards (2,6 milliards de dinars en 2007) en
dépit du potentiel national en la matière. La production nationale ne
dépasse pas le dixième de ce chiffre. Il révèlera que sur les 70 titres
attribués dans le cadre de la nouvelle loi minière pour l’exploitation
des carrières à blocs, 4 seulement sont actuellement en activité et pour
cause, la majorité des acquéreurs de ces titres, affirme-t-il, sont des
gens qui n’ont rien à avoir avec l’activité. Il convient d’ajouter que
l’Etat algérien envisage le renforcement, entre autres, de la filière de
sidérurgie à Annaba et celle de l’agroalimentaire à Béjaïa pour la
région Est du pays. Les autres pôles à développer en Algérie, selon
l’étude dirigée par le département de Temmar, sont répartis sur les
wilayas d’Alger, Blida, Sétif et Mostaganem.
Lyas Hallas

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Lyas Hallas

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