Turquie: Erdogan menacé de toutes parts, le pays plonge dans la crise

Lesoir; le Dimanche 29 Decembre 2013
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A trois mois des élections municipales, la Turquie
s'enfonce dans la crise provoquée par le scandale politico-financier qui
menace son Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, fermement décidé à
résister par tous les moyens à la justice, à ses rivaux et à la rue.
Au terme d'une journée marquée par une nouvelle vague de défections au
sein du parti au pouvoir, la police est intervenue vendredi soir à
Istanbul, à Ankara et dans une dizaine d'autres villes du pays pour
disperser plusieurs milliers de personnes venues exiger le départ du
gouvernement et la tête de son chef. Les slogans des manifestants, les
incidents violents avec les forces de l'ordre, les gaz lacrymogènes et
les barricades ont fait ressurgir le souvenir de la fronde
antigouvernementale qui a fait vaciller le pouvoir islamo-conservateur
en juin dernier, notamment autour de la place Taksim d'Istanbul.
Selon le barreau local, 70 personnes ont été interpellées vendredi soir
par la police dans la plus grande ville de Turquie.
«Le gouvernement doit démissionner à cause de ce vol, de toute cette
corruption», a expliqué Yagmur, une étudiante qui manifestait à
Istanbul. «Nous savons tout maintenant, mais ils n'ont toujours pas
démissionné (...) nous allons défendre nos droits et nous allons rester
dans la rue», a-t-elle promis.
A Istanbul comme dans la capitale, les appels à manifester lancés
jusque-là ont surtout réuni les mêmes bataillons de jeunes, très
politisés, qu'en juin mais pas encore la foule qui avait alors défié le
régime pendant trois semaines.
Face à ce retour de la contestation dans la rue, M. Erdogan a ressuscité
la stratégie qu'il avait appliquée il y a six mois pour éteindre la
contestation. Au moment où la police affrontait les manifestants, il
s'est exprimé devant des milliers de partisans à Istanbul pour dénoncer
le «complot» ourdi contre lui.
Le Premier ministre a d'abord mis en cause les magistrats du Conseil
d'Etat, qui ont suspendu un décret adopté il y a quelques jours qui
impose à la police de prévenir sa hiérarchie de toute arrestation. «Si
j'en avais la possibilité, je les jugerai», a-t-il dit.
Sûr du soutien d'une majorité de la population, M. Erdogan a également
tancé les trois députés qui ont quitté vendredi les rangs de son Parti
de la justice et du développement (AKP) à cause du scandale en cours.
«Nous ne continuerons pas à marcher avec ceux qui nous ont trahis, nous
les jetterons dehors», a-t-il menacé.
Le Premier ministre a enfin, une nouvelle fois, pointé du doigt la
responsabilité de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen
dans l'enquête anticorruption qui a abouti à l'incarcération d'une
vingtaine de personnalités proches du pouvoir et causé la démission de
trois ministres mis en cause.
Alliée de l'AKP depuis son arrivée au pouvoir en 2002, cette
organisation a récemment déclaré la guerre au gouvernement contre son
projet de supprimer certaines écoles privées. M. Erdogan devait
poursuivre sa tournée de mobilisation samedi après-midi en prenant la
parole devant ses partisans à Manisa (ouest).
Hier, la presse proche de l'opposition a vivement critiqué cette
attitude défiante, rendant le Premier ministre directement responsable
de la crise qui secoue le sommet de l'Etat.
«Il n'y a aucun doute, la corruption est un fléau (...) mais
l'atmosphère politique que le Premier ministre a créée depuis cette
affaire est pire et encore plus dangereuse que la corruption elle-même»,
a écrit Murat Belge dans le quotidien Taraf.
«S'il vous plaît, laissez tomber cette attitude du “je ne livrerai pas
mes proches à la justice”», a renchéri son collègue d'Hürriyet Ahmet
Hakan, «car elle ne se contentera pas de vous détruire vous, mais elle
nous détruira tous». Loin d'être rassurés par le remaniement ministériel
d'ampleur opéré mercredi soir, les marchés financiers ont exprimé la
même inquiétude face à l'incertitude créée par la crise.
La monnaie turque a plongé à son plus bas niveau historique vendredi,
s'échangeant à 2,1492 livres pour un dollar, et la bourse d'Istanbul
reculé toute la semaine.

Categorie(s): monde

Auteur(s): lesoir

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