200 000 combattants payés par l’État aux ordres des milices, Libye : les graves révélations de Ghassane Salamé

Liberte; le Mardi 9 Octobre 2018
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De récents rapports des experts de l’ONU avaient dénoncé le diktat des milices en Libye et ont appelé à leur dissolution pour sortir de l’impasse politique et sécuritaire.

Plus de 200 000 hommes armés en Libye sont payés par les différentes autorités parallèles depuis cinq ans, tout en continuant à recevoir leurs ordres des milices qui posent un sérieux problème dans ce pays, a révélé dimanche soir l’envoyé spécial du SG de l’ONU en Libye, Ghassane Salamé.
“Ils perçoivent leurs soldes de l’État, mais reçoivent leurs ordres des chefs de milices”, a-t-il déclaré dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision londonienne Al-Hayat. Le diplomate libanais, dont le pays avait connu une situation quasi similaire entre 1975 et 1990, affirme que les Libyens sont tombés dans un piège plus grand que celui dans lequel se sont retrouvés les Libanais, en référence à la prolifération des milices qui ont créé des États dans un État, depuis la chute de l’ancien régime de Mouammar Kadhafi, fin 2011.
Les milices sont financées dans leur majorité par “l’argent libyen qui provient des établissement financiers publics et des institutions souveraines” de manière parfois légale et parfois par l’exercice de menaces, a-t-il expliqué. L’occupation illégale des ports pétroliers et marchands et des secteurs économiques sensibles, le trafic de migrants et d’hydrocarbures ainsi que la contrebande des produits alimentaires subventionnés vers les pays voisins sont autant de sources de financements pour ces milices dont le nombre avait été estimé il y a quelques mois à environ 1200.
Ces milices travaillent sous la couverture des autorités officielles de Tripoli ou parallèles de Tobrouk, alors que d’autres sont liées à des tribus, à des partis politiques ou carrément à des députés qui les utilisent comme moyen de pression ou d’enrichissement illicite. Outre les différents trafics auxquels se livrent ces milices, certaines d’entre elles se sont spécialisées dans les enlèvements de civils contre l’obtention de rançons. De récents rapports des experts de l’ONU avaient dénoncé le diktat de ces milices en Libye et ont appelé à leur dissolution pour sortir de l’impasse politique et sécuritaire. Une raison pour laquelle l’ONU a décidé de mettre la pression sur les acteurs libyens pour mettre fin à cette anarchie et faire avancer un processus politique au point mort depuis des mois.
“Nous sommes dans une phase nouvelle de réorganisation sécuritaire qui consiste à faire le tri, en intégrant dans les corps constitués (police, armée, etc.) les combattants qui souhaitent se défaire de leur passé de milicien”, a affirmé M. Salamé, soulignant que certains combattants veulent réintégrer la vie civile.
“Certains veulent quitter carrément le pays et nous verrons comment les aider à le faire, sauf pour ceux qui ont commis des crimes”, a-t-il encore ajouté.
Depuis quelque temps, la communauté internationale tente de reprendre la situation en main face à la fragilité du gouvernement d’union nationale de Fayez as-Sarraj, issu de l’accord de paix de Skhirat (Maroc) le 17 décembre 2015, et aux ingérences de certains pays qui empêchent les Libyens de trouver un consensus.

Lyès Menacer

Categorie(s): international

Auteur(s): Lyès Menacer

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