Alors que plus de 200 personnes ont été arrêtées, La contestation sociale s’amplifie en Tunisie

Liberte; le Jeudi 11 Janvier 2018
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L’intrusion des casseurs et des pilleurs dans les manifestations qui secouent le pays complique la situation en Tunisie et fait craindre d’autres dérapages. L’armée a d’ailleurs été déployée.

La Tunisie continue de bouillonner sur le plan social. De nouveaux heurts ont opposé la police et les manifestants dans plusieurs villes du pays, lors d’une troisième nuit de manifestation contre la loi de finances 2018, dans laquelle le gouvernement de Youcef Chahed a introduit de nouvelles taxes et inscrit des hausses des prix de certains produits, à leur tête les carburants. Des dizaines de blessés ont été enregistrés, selon les médias locaux qui ont fait également état d’au moins deux cents arrestations. Ces manifestations ont déjà fait une victime d’une quarantaine d’années à Tunis, alors que les autorités nient avoir une quelconque responsabilité dans sa mort. Dans la soirée et la nuit, la police et l'armée ont été déployées dans plusieurs villes de Tunisie, dont Sidi Bouzid, ville défavorisée du centre du pays d'où était partie en décembre 2010 la contestation sociale marquant le début des Printemps arabes. Des jeunes ont coupé des routes, jeté des pierres et la police a répliqué à coups de gaz lacrymogènes une bonne partie de la nuit, a indiqué un correspondant de l'AFP. Les autorités ont qualifié ces manifestations de colère d’incidents provoqués par des voyous, alors que la situation sociale est réellement difficile et que des mouvements politiques et des organisations de la société civile n’arrêtent pas d’appeler à l’annulation des décisions prises dans le cadre de cette loi de finances. Hier encore, le Front populaire a affirmé qu’il continuerait à se mobiliser contre cette loi et a appelé les autres partis de l’opposition à en faire de même, tout en annonçant que les manifestations de rue se poursuivront. Mardi, le mouvement anticorruption Manich Msameh a organisé un rassemblement devant le ministère de l’Intérieur à Tunis, durant lequel il a exigé la libération des militants arrêtés la veille pour avoir affiché et distribué des tracts appelant à la mobilisation contre les décisions antisociales du gouvernement de Youcef Chahed. Après plusieurs années de marasme économique et d'embauches massives dans la fonction publique, la Tunisie est confrontée à d'importantes difficultés financières, l’obligeant à contracter des prêts auprès des institutions financières internationales. Elle a obtenu en 2016 une nouvelle ligne de crédits du Fonds monétaire international (FMI), d'un montant de 2,4 milliards d'euros sur quatre ans, en échange d'un programme visant à réduire les déficits. Le puissant syndicat UGTT, tout en reconnaissant la légitimité des revendications de nombreux jeunes sans emploi, a condamné “la violence et le pillage”, appelant à “protester de manière pacifique pour ne pas être utilisés par des parties qui ne veulent pas le bien de notre expérience démocratique naissante”. Les militants de la campagne “Fech Nestannew” (Qu'est-ce qu'on attend, ndlr) lancée en début d'année pour protester contre les hausses des prix ont appelé à manifester massivement ce vendredi contre cette loi, ainsi qu'une meilleure couverture sociale pour les familles en difficulté et un plan de lutte contre la corruption. Le mois de janvier est traditionnellement marqué par une mobilisation sociale en Tunisie depuis la révolution de 2011. Le contexte est particulièrement tendu cette année à l'approche des premières élections municipales de l'après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai, et de la présidentielle prévue en 2019. En janvier 2016, lors de la dernière importante vague de contestation sociale, la colère déclenchée par le décès d'un chômeur protestant à Kasserine s'était propagée à travers le pays, et les autorités avaient dû décréter un couvre-feu des jours durant.

Lyès Menacer/Agences

Categorie(s): international

Auteur(s): Lyès Menacer

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