C’était, lui, l’immense Amar Rouaï…, “Si c’était à refaire, je dirais non au FLN !’’

Liberte; le Mardi 14 Novembre 2017
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Un affligeant voile noir a drapé hier la famille mouloudéenne et son imposante assise populaire à l’annonce du décès de Amar Rouaï envers lequel tout Oranais de cœur ou d’adoption ne pouvait avoir que de la sympathie, de l’affection et de l’admiration. Le rapatriement du corps de l’ancien joueur de la glorieuse équipe du Front de libération nationale (FLN) Amar Rouaï sera effectué jeudi. Homme à principes, de caractère et de savoir-faire, Amar Rouaï avait laissé une empreinte indélébile au MPO qu’il avait conduit au titre de champion d’Algérie en 1988 avant de le mener, l’année suivante, sur le toit de l’Afrique avec cette finale de funeste mémoire, perdue aux tirs au but au stade Ahmed- Zabana face au Raja de Casablanca d’un certain Rabah Saâdane. Né le 9 mars 1932 à Sétif et passé en tant que joueur par le MC El-Eulma, l’US Annemasse, Besançon et le SCO d’Angers avant d’entraîner le MCEE, Derna (Libye), le SCMO, l’ASMO, la JSK, l’USMBA, le RCR et le GCM en plus de la sélection nationale avec laquelle il triomphera aux Jeux méditerranéens d’Alger en 1975 et le MCO, Amar Rouaï était aussi et surtout connu pour ses positions claires, son caractère bien trempé et son franc-parler dont il a superbement fait étalage en ces mêmes colonnes voilà maintenant trois ans, un certain 29 novembre 2014 pour être plus précis, soit au lendemain d’une interview- choc de cinquante-deux minutes, co-accordée avec Rachid Mekhloufi à notre confrère Hammou Bellahmer et diffusée la veille par Echorouk News.
Bien qu’ils considèrent l’indémodable “équipe du FLN comme sacrée et intouchable”, ces deux figures emblématiques du football algérien ont, ainsi, révélé des “vérités historiques et vérifiables, visant surtout à rétablir l’authentique histoire de cette formation” que certains ont tenté de travestir à la faveur de récits imaginaires, d’anecdotes inexistantes et de fabulations ridicules.
 
“En 1958-59, Maouche et Zouba n’y étaient pas !’’
“Maouche et Zouba n’ont pas à parler de l’équipe du FLN des années 1958 et 1959 pour la simple et bonne raison qu’ils n’y étaient pas. Ils peuvent raconter ce qu’ils ont vécu à partir de 1960, date à laquelle ils nous avaient rejoints, mais pas de l’époque d’avant. Lorsque le FLN nous a fait appel, ces deux personnes n’étaient pas considérées comme des stars du championnat de France comme nous. Zouba n’était même pas professionnel. Il était amateur, et c’est Bentifour, Allah yerrahmou, qui l’a ramené. Maouche ne nous a rejoints qu’en 1960, en décapotable. Je me rappelle qu’un jour en 1958, alors que nous étions à Leningrad (St-Petersburg actuellement, ndlr), Maouche était avec l’équipe de Reims dans un hôtel face au nôtre, de l’autre côté de la rue. Il lui suffisait de traverser celle-ci pour rejoindre l’équipe du FLN. Saïd Haddad l’a d’ailleurs sollicité. Mais Maouche a refusé et a préféré rentrer en France avec Reims. Qu’ils ne viennent pas maintenant dire n’importe quoi. Ils n’y étaient pas. Pas avant 1960 !”, affirmait ainsi Amar Rouaï, avant de révéler en exclusivité que le même Maouche avait failli faire avorter le projet.
“Just Fontaine a dit un jour qu’il savait tout de l’intention des professionnels algériens de fuir le 13 avril (ndlr : il invite l’interviewer et le journaliste de Liberté, présent également, à le suivre dans sa chambre pour nous montrer une édition de l’Équipe Magazine dans laquelle Just Fontaine déclarait effectivement pareils propos). Il tient cette information de Maouche, son coéquipier à Reims. Mais il n’a rien dit. Vous imaginez bien que s’il avait révélé ça à la police, on y serait tous passés. En particulier Mekhloufi qui était militaire”, confiera Rouaï qui sortira également de ses archives personnelles les photos de l’équipe du FLN avec Ho-Chi-Minh et le général Giap, au Vietnam.
 
“Zitouni, Di Stefano, Sellal et la Coupe d’Afrique !’’
“Si c’était à refaire, je ne le referais pas ! Avec ce que je vois, j’ai comme l’impression que cela ne méritait pas un tel engouement de notre part. Des gens se sont illégalement enrichis alors qu’ils n’avaient rien fait. Ils jouent maintenant avec des milliards au moment où les veuves des regrettés Zitouni et Bentifour sont oubliées, abandonnées, laissées à leur triste sort. Tout cela pour quelques malheureux 300 ou 400 euros par trimestre, alors que leurs maris avaient abandonné des fortunes pour ce pays. Bentifour était le plus engagé d’entre nous. Un grand monsieur qui était le seul d’entre nous à être un activiste du FLN. Comme c’était une star en France, pour avoir joué la Coupe du monde 1954 en Suisse, il profitait de sa notoriété pour cacher des armes dans le coffre de sa voiture et les faire passer la frontière franco-italienne pour les remettre à d’autres membres du FLN. Zitouni et Mekhloufi ont mis en péril leur carrière pour ce drapeau. Ils ont tourné le dos à une Coupe du monde (1958 en Suède). Leurs épouses ont été laissées à la misère, comme si Zitouni et Bentifour ne valaient que quelques malheureux 300 euros ! Ce même Zitouni avait refusé une offre de 50 millions de francs de la part du Real Madrid. Devant nous, Di Stefano lui a dit : ‘’Tu vas jouer dans le meilleur club du monde.’’ Zitouni lui a rétorqué : ‘’Je joue déjà dans la meilleure sélection au monde !’’ Ceux-là, les vrais héros, l’Algérie officielle les oublie au moment où d’autres profitent des richesses du pays avec leurs cartes de moudjahidine et autres mensonges ! Même moi, si demain je meurs, ma femme, qui a tout laissé tomber à 19 ans pour moi et pour ce pays, n’a même pas droit au moindre document administratif et n’est pas considérée comme algérienne après 58 ans de mariage !”, lâchera encore un Amar Rouaï dépité par ce qui arrive, mais qui continuait, malgré tout, d’affirmer, en chœur avec Rachid Mekhloufi, qu’ils avaient “vécu les plus belles années de (leur) vie avec l’équipe du FLN”.
En marge de ces révélations choc publiées en leur temps, Amar Rouaï n’avait pas hésité à dézinguer Abdelmalek Sellal, alors chef de gouvernement, responsable à ses yeux de la défaite en 1989 en finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions.
‘’C’était lui le responsable. Il était wali d’Oran et avait choisi le stade du 19-Juin (actuellement Ahmed-Zabana) au lieu du stade Habib-Bouakeul où nous avions joué tous nos matches. C’est à cause de lui que le MCO a perdu cette Coupe d’Afrique !”, nous avait, en effet, confié Ammi Amar, sous le regard rieur de son compère de toujours, l’immense Rachid Mekhloufi.
C’était clair, c’était précis, c’était surprenant et c’était courageux. C’était Amar Rouaï, tout simplement.

Rachid BELARBI

Categorie(s): sports

Auteur(s): Rachid Belarbi

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