Des professionnels de la santé dénoncent le texte examiné à l’APN, “Le projet va détruire la santé publique”

Liberte; le Samedi 28 Avril 2018
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Contesté à l’unanimité par l’opposition, le projet de loi sur la santé, présenté dimanche dernier à l’APN par le ministre de tutelle, n’agrée pas non plus les professionnels de la santé publique, encore moins les syndicats du secteur.
Contactés, le Pr Kamel Bouzid, chef du service oncologie du CPMC, et le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), dénoncent ce projet de loi qui, avertissent-ils, risque de précipiter le “démantèlement” du secteur public. Ils réclament le retrait de ce projet, dont la confection, rappellent-ils, s’est faite en “catimini”.
“L’objectif de cette loi est de détruire le secteur public de la santé”, dénonce le Pr Bouzid. Le professeur apporte, ainsi, son soutien aux partis de l’opposition dont il estime fondées les critiques formulées à l’Assemblée. Pour étayer ses propos, le Pr Bouzid cite, à titre d’exemple, les dispositions relatives au “partenariat public-privé”, contenues dans ce projet de loi, qu’il qualifie “d’enfumage”.
Ceci, tout comme il s’indigne des activités complémentaires et lucratives autorisées dans le texte pour les médecins exerçant dans le public que le professeur juge “inconcevable” et “honteux”. “C’est une fumisterie que d’encourager les médecins à exercer des activités lucratives !” regrette-t-il. Même réaction chez le Dr Lyès Merabet qui, lui, appréhende une “libéralisation” du secteur de la santé qui serait “fatale” pour la Caisse nationale des assurances sociales. “La libéralisation du secteur de la santé dépendra directement de la Sécurité sociale laquelle assure, en grande partie, le financement du secteur. Du coup, elle sera davantage asphyxiée financièrement si on ouvre le secteur au privé”, a-t-il averti, soulignant au passage que l’Algérie ne peut pas se mesurer aux pays développés dans ce domaines au vu des ressources très limitées des assurances sociales. Il estime ainsi que ce projet de loi a pour objectif d’ouvrir davantage la voie aux lobbies de l’argent pour accaparer le secteur de la santé, comme ils sont déjà en train de le faire dans ceux de l’éducation et de l’enseignement supérieur.
Outre l’ouverture au privé, clairement annoncée dans ce projet de loi, le Dr Merabet dénonce, par ailleurs, les dispositions (pratiquement l’ensemble des articles allant de 431 à 442) relatives au délit de l’acte médical qu’il qualifie de “code pénal bis” prémédité pour exercer davantage de “répression” et de “menace” contre les praticiens. À la tutelle, qui met en avant l’argument de la nécessité de procéder à la promulgation de la nouvelle loi pour combler les “vides juridiques” constatés dans l’actuelle loi datant de 1985 et qu’on dit donc “obsolète”, M. Merabet rétorque que cet argumentaire ne tient pas la route tant que, rappelle-t-il, la loi 05-85 a connu plusieurs amendements dont le dernier en date remonte à 2014.
Le Dr Merabet regrette l’absence d’un débat préalable autour de ce projet “unilatéralement” décidé par la tutelle. D’où son appel à son retrait au risque, dit-il, de laminer davantage le secteur de la santé publique.  

Farid Abdeladim

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Farid Abdeladim

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