élection présidentielle anticipée, Une option à risque

Liberte; le Mardi 12 Septembre 2017
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Clamée par des voix solitaires, qui ne croyaient certainement pas pouvoir porter haut et loin, la destitution du président Bouteflika en raison de son incapacité à assumer pleinement les charges que suppose sa fonction a fini par s’imposer comme un élément du débat politique. Les polémiques qui en sont nées, parfois très enflammées, renseignent sur l’extrême sensibilité de la problématique posée. Les officiels qui se recrutent au Parlement, au niveau de l’Exécutif et dans d’autres institutions, semblent effrayés par l’impact des appels à l’application de l’article 102 de la Constitution, relayé et amplifié par les réseaux sociaux, sur l’opinion. Partisans du statu quo, du moins jusqu’à nouvel ordre, ils ont opéré une véritable levée de boucliers, y opposant solidairement un niet franc. Leur attitude ne surprend guère : proclamer l’empêchement du Président et organiser une succession anticipée ne sont pas dans leur agenda, pour le moment du moins, et c’est donc logiquement  qu’ils se dressent contre. Ils pourraient même avoir agi sous l’effet d’une appréhension politique légitime. Une destitution de Bouteflika devant impliquer, forcément, la Constitution le prévoit, l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, ils peuvent redouter l’échéance qu’ils estimeraient assez rapprochée pour pouvoir s’assurer de la maîtrise du processus électoral. La Constitution (art. 102) dispose, en effet, que si l’état d’empêchement du président de la République est déclaré, le président du Sénat assume les charges de chef de l’État durant 45 jours maximum. Si à l’issue de cette période la vacance du pouvoir définitive est attestée, alors le président du Sénat assure les charges de chef de l’État durant 90 jours, période durant laquelle est organisée l’élection présidentielle anticipée. Cependant, les mêmes raisons et d’autres devraient inciter l’opposition à éviter les fanfaronnades politiques et consacrer ses efforts aux élaborations sereines. Car, une élection présidentielle anticipée, qui, à l’évidence, sortira le pays de la situation d’anormalité dans laquelle il est enlisé depuis 2013, ne sera pas nécessairement une perspective heureuse pour elle. Gageons même qu’elle ne le sera pas. L’opposition, qui a repris de se disperser après une vaine et laborieuse entreprise de regroupement qui aura duré trois ans, n’est pas suffisamment forte pour espérer imposer une consultation électorale régulière. Elle n’est pas également bien structurée pour prétendre tirer son épingle du jeu électoral dans le cas d’une présidentielle avant terme, étant donné surtout les structures qui président à la préparation des élections. À une présidentielle anticipée, l’opposition partira sûrement avec un désavantage certain. Outre le calendrier qui ne lui laissera pas suffisamment de temps pour se préparer, elle ira amoindrie par rapport au système qui, s’il se résout à écourter le mandat de Bouteflika, c’est qu’il a réussi le consensus autour d’un candidat. À cet effet, ce qu’il s’était produit en 1998 est fort instructif. L’avènement du règne de Bouteflika, suite au départ précipité du président Liamine Zeroual, poussé vers la sortie, quoique disent d’autres, n’a pas été un saut vers le mieux. Aussi, ont-ils sûrement raison les partis qui, à l’instar du RCD, ont alerté sur le risque de voir l’application de l’article 102 de la Constitution se traduire par une succession clanique.

Sofiane Aït Iflis

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Sofiane Aït Iflis

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