Il a adopté un nouveau ton et une nouvelle position, Offre inédite de normalisation du Maroc avec l’Algérie

Liberte; le Jeudi 8 Novembre 2018
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Le timing choisi par le roi du Maroc, Mohammed VI, pour faire “son offre” de normalisation avec l’Algérie semble plutôt incongru dans la mesure où son discours intervient à l’occasion de l’anniversaire de la marche verte. Paradoxalement, il passera très vite sur l’occasion pour consacrer son propos à l’Algérie qu’il encense exceptionnellement. Que s’est-il donc passé depuis que le souverain marocain a torpillé et enterré l’UMA pour qu’il revienne avec une offre sans condition. Plutôt en acceptant de discuter de tous les dossiers, préalable posé par Alger lorsque Rabat plaidait avec insistance pour l’ouverture des frontières. Et l’ambassadeur du Maroc à Alger d’en rajouter, dans un communiqué, où il met l’accent sur la sincérité de la démarche du roi. Quelles seraient les raisons de ce soudain changement de ton ?
Tentative de décryptage : le premier élément de lecture est sans aucun doute lié au rapprochement entre Alger et Nouakchott, sachant que la tension entre la Mauritanie et le Maroc ne s’est pas estompée depuis de longues années. Un rapprochement politique mais surtout économique avec l’ouverture du poste frontière à Tindouf et les investissements algériens en Mauritanie. Et face à la crise qu’il vit ces dernières années et les mouvements sociaux des populations de son Est, le Maroc affiche une sérieuse disposition à sacrifier ses positions dogmatiques sur les questions sensibles pour voir Alger consentir à ouvrir la frontière et partant capter tout au moins une bonne partie des investissements algériens compte tenu des avantages fiscaux, entre autres. Cela d’autant plus que le voisin de l’Est, la Tunisie, a ouvert ses portes aux industriels algériens. Une chance donc que le Maroc ne voudrait pas rater.
Cela d’autant plus, également, que l’Algérie repart à la reconquête de l’Afrique avec un renfort diplomatique pour accompagner sa nouvelle dynamique économique envers le continent. Ce qui serait perçu côté marocain comme une concurrence sur un terrain qu’il a conquis depuis bien longtemps. L’offensive des hommes d’affaires algériens est à même de bousculer le business marocain. Sous cet angle, l’offre marocaine se justifie amplement, en ce sens qu’elle offre un cadre alternatif à l’UMA avec des mécanismes bilatéraux.
Bien entendu, il y a la question sahraouie, qui mine les relations entre les deux pays, qui n’est plus désormais un tabou. Rabat serait donc prêt à reconsidérer la place de l’Algérie dans ce conflit ; l’Algérie ayant toujours clamé n’être qu’un observateur et non partie prenante. Rabat pourrait tenter un rapprochement, à travers le dialogue que suggère le roi, sur cette question, qui au demeurant, représente également un fardeau pour le Palais.
Autre élément déterminant lié à cette question, l’agacement des États-Unis devant l’attitude du Maroc et qui le somment d’ailleurs d’entamer des négociations directes avec le Front Polisario. Menace que le Maroc prend au sérieux après avoir réussi des années durant à gagner du temps et à reporter l’éventuelle négociation directe, prétextant souvent l’inclusion de l’Algérie comme partie prenante du conflit. Autant alors pour Rabat de se rapprocher d’Alger quitte à faire de petites concessions “politiques” et offrir des avantages économiques et commerciaux pour les opérateurs algériens. C’est donc, sous la contrainte que le Maroc concède sur ses positions longtemps présentées comme des principes. D’où l’évolution positive de son ton et cette offre inédite de normalisation des relations.

Djilali B.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Djilali Benyoub

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