Il a contribué à exporter la musique africaine, Le manque de financement menace Visa For Music de Rabat

Liberte; le Lundi 3 Decembre 2018
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Ce salon professionnel des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient est une plateforme qui a réuni des producteurs, des managers et des tourneurs des quatre coins de la planète. Pour la 5e édition, l’Algérie a été représentée par le groupe “Ifrikya Spirit”, qui a fait un carton auprès de la jeunesse marocaine.

La ville de Rabat était inscrite, durant quatre jours, sous le signe du rassemblement et du partage autour d’une seule passion : la musique. Des artistes, des managers, des producteurs, des tourneurs, des responsables de festival… étaient tous au rendez-vous du 21 au 24 novembre, au 5e Visa For Music, un salon unique (le premier) dans le continent, consacré aux musiques d’Afrique et du Moyen-Orient. Cette plateforme a pu réunir, en ce laps de temps, un millier de professionnels venus des quatre coins de la planète (Asie, Europe, USA) pour découvrir des formations aux multiples talents d’Algérie (représentée cette année par le groupe “Ifrikya Spirit”), du Cameroun, du Maroc, de Guinée, du Burkina Faso, du Liban ou de Côte d’Ivoire. L’événement a été, entre autres, ponctué de diverses activités, à l’instar des speed-meetings, durant lesquels, les artistes ont eu l’occasion de se “vendre” et de prendre contact avec les professionnels. Au menu, également, des conférences inscrites sous différentes thématiques, à l’instar de “En quoi l’art et la culture sont-ils facteurs de paix sociale” et “Marchés professionnels et plateformes de musique : quelle place pour les acteurs artistiques du sud ?”. Il y a eu aussi l’exposition des stands par des labels, des associations ou encore des festivals, ainsi que des ateliers de formation portant sur la direction technique et le management culturel.

La musique, un art unificateur
Tout au long du Visa For Music, pas moins d’une quarantaine de shows cases ont eu lieu dans les différentes salles de Rabat, à savoir “Bahnini”, “Palais Tazi”, “Renaissance” et “Day Case”. Les “clubbers” ont eu aussi à découvrir des Dj qui ont mixé les platines jusqu’à l’aube à l’“Amnesia”. Parmi les formations ayant eu l’occasion de montrer leurs talents aux potentiels “intéressés” sur place, on peut citer le percussionniste Imed Alibi, qui a présenté son projet “Frigya” (Afrique), composé des musiciens Michel Marre (trompette), le pianiste Khalil Hentati et Kandy Guira au chant. Une autre formation a allumé le feu sur la scène du Palais Tazi, composée de huit musiciens qui ont fait le voyage depuis le pays de l’érable. Les Canadiens “The Brooks” ont présenté, durant 45 minutes, une playlist du genre funk et soul. Le chanteur, très charismatique, a gratifié l’assistance avec cette bonne musique aux sonorités modernes. Quant à la participation algérienne, elle n’était pas en reste. Pour cette édition, le jury du VFM a tablé sur la formation Ifrikya Spirit (esprit africain)  qui, lors de sa représentation le 25 novembre (soirée de clôture), à la salle Renaissance, a fait carton plein. Sur place, beaucoup de jeunes disaient avoir fait le déplacement pour découvrir les Algériens, et finalement, cette découverte a été très positive ! En effet, durant leur passage, le chanteur Chakib Bouzidi et ses acolytes ont transporté la salle archipleine, grâce à leur musique métissée qui a fait voyager plus d’un à travers le continent. Éclectiques, ces artistes ont pu se démarquer en s’inspirant de sonorités ancestrales de l’Afrique, notamment du Mali, du diwane avec des arrangements plus modernes. Un bon moment a été vécu lors de cette soirée, d’ailleurs, en interprétant leur titre Iitihad (union), les Ifrikya Spirit ont démontré que la musique était un vrai vecteur de paix et un art unificateur, les gens dansaient et reprenaient les textes, et ce, dans une ambiance où les distinctions raciales, religieuses et politiques n’y trouvaient pas leur place.

Visa For Music : une ouverture sur le monde
Le VFM, ce salon consacré aux musiques africaines et du Moyen-Orient, qui permet aux artistes de rencontrer des professionnels, est aussi une passerelle entre l’Afrique et les autres continents.
Durant cette édition, nous avons rencontré plusieurs musiciens ou acteurs culturels, qui partagent tous le même souci : celui du visa, de la billetterie, ainsi que du désintérêt des ministères et institutions étatiques concernées. Aristide Agomdanou, promoteur culturel, responsable d’une agence artistique au Bénin, nous a confié que le plus grand problème dont souffrent “nos artistes est la question des visas et de la cherté du billet d’avion. J’ai exposé dans des marchés internationaux à plusieurs reprises, mais je ne peux continuer, car cela me coûte excessivement cher”. Des artistes du Cameroun ont appuyé ces propos : “Nous ne pouvons exporter notre musique à l’international, les frais du voyage ne sont pas abordables, et de plus, il n’y a aucun accompagnement ni encouragement de la part de nos dirigeants.”
Cette situation concerne aussi les artistes algériens qui, pour rappel, plusieurs d’entre eux se sont vu refuser le visa, notamment dernièrement pour Montréal, dans le cadre d’un spectacle en hommage à la chanteuse Warda. C’est dans ce contexte qu’intervient le Visa For Music qui, malgré son jeune âge, a offert en quelques éditions plusieurs opportunités aux formations et chanteurs issus d’Afrique et du Moyen-Orient de s’exporter à l’international à travers des tournées. Malgré l’importance de ce marché, cette manifestation risque de disparaître à cause de problèmes financiers.
En effet, Brahim El-Mazned, directeur fondateur de l’événement, a précisé, lors de l’ouverture officielle, qu’en l’absence de partenaires et de mécènes durables privés ou publics, “nous n’avons malheureusement plus aucune illusion quant à la pérennité de ce projet qui risque fort d’être suspendu, voire interrompu”. À cet effet, cette annonce a suscité l’incompréhension des présents tous secteurs confondus. “Le VFM est devenu un rendez-vous mondial qu’il faut préserver. Il est inimaginable de ne pas accompagner cet événement, car il permet aux acteurs culturels et aux artistes d’aller les uns vers les autres, de montrer notre richesse et d’élargir le réseau”, a martelé Aristide Agomdanou. Et d’ajouter : “Ce salon est important sur le plan économique et sur le plan social, donc le gouvernement devrait le maintenir.”
En somme, Visa For Music est une plateforme fort importante qui donne la chance à nos artistes d’exporter notre culture dans d’autres pays. Un exemple à suivre, et à faire perdurer. Pourquoi pas la création d’un tel marché en Algérie, qui regorge d’artistes talentueux ?

H. M.

 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Hana Menasria

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