“La demoiselle du métro” de Meriem Guemache, Un recueil de nouvelles où chacun trouve sa place

Liberte; le Lundi 3 Decembre 2018
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Il est vrai que les récits s’ornent d’abord de l’habillage de la discrétion, mais aussi d’une nuance d’allégorie pour fleurir ou épicer ces choses de la vie. Ces choses simples qui s’enchaînent d’un florilège de faits réels et qu’il est aisé de puiser à foison dans notre quotidien. C’est le sujet de notre consœur Meriem Guemache qui adoucit, à bon œil de l’observation et à belle plume de la journaliste qu’elle est, ce chaudron où bouillonnent les “crocs-en-jambe” de la vie.
Alors, si le cœur vous en dit, prenez place avec La demoiselle du métro aux côtés de laquelle on ne voit pas les stations qui défilent, sauf à la station dite “Bingo” où la timbale du loto tinta sur l’anonyme lambda qui se hisse ainsi du statut de l’enfance abandonnée au rang d’un plein aux as ! Pendant ce temps, le minois idéalisé de l’aguichante demoiselle “canon” ! Euh pardon du métro accéléra le pouls des passagers et l’allure du métro. Si tant que les nœuds de cravate de ces esprits dits bien-pensants se sont défaits eu égard au sillage “torride” du parfum de la belle.
Autre station, celle de l’hôtel d’Orient à la rue de la Lyre où était descendu Karl Marx en ce 20 février 1882 pour se raser au “saboun dzaïr” chez Amar le barbier. Ému, l’hôte d’Alger jugea Amar si attachant en dépit qu’ils soient ghettoïsé lui et ses frères de cafés maures, dans l’infâme statut d’“indigène”.
D’où l’opportunité didactique qu’a empruntée l’auteure à l’histoire afin d’offrir au père du capitalisme un bol d’air pur au Jardin d’Essai, ce lieu où bivouaquèrent Charles-Quint et ses troupes en ce 23 octobre 1541. Préfacé par notre consœur Malika Boussouf, le livre témoigne qu’“une brochette de fictions nées d’un échantillon étonnamment représentatif, puisé dans un microcosme familier où rien n’est sublimé.”
Autant dire que le livre de Meriem Guemache est écrit de l’imaginaire en verve du reporter qu’elle n’a jamais cessé d’être. En témoigne son style narratif qui ressuscite le talent de “l’écrivain de l’ombre ou ce prêteur de plume” qui gît toute honte bue sous le voile de l’anonymat. Mais qu’à cela ne tienne, l’auteure envisage de le libérer des ténèbres dans lequel l’a emmailloté ce “négrier” si friand des soirées de la jet-set où s’allient le plagiat et l’esbroufe, sources du succès littéraire illégitimement acquis. Justicière jusqu’à la pointe de sa plume acerbe, Meriem Guemache livre bataille à la secte de l’adepte de la frime et du trabendiste des lettres pour qui la bibliothèque n’est rien d’autre qu’un signe ostentatoire d’“Intello”. “Le style et le talent ne naissent pas dans les choux”, lit-on à la page 65. Et d’une station à l’autre, Meriem Guemache lance une œillade à la prévention routière et nous guide dans les méandres de l’hypocrisie et de l’amitié jetée aux orties.
Seulement, si nous osons élire La villa des artistes à la première place du podium, en revanche, l’histoire du Bâtiment D, troisième étage mérite qu’elle soit le dauphin du recueil de nouvelles de Meriem Guemache, eu égard à l’existence tumultueuse et si débordante d’humanisme de ces habitants. Que dire d’autres ? Rien ! Si ce n’est que La demoiselle du métro (éditons Casbah) se lit d’un trait et jusqu’au terminus.

Louhal Nourreddine

La demoiselle du métro de Meriem Guemache, éditions Casbah, 2018, 168 pages, 800 DA

 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Louhal Nourreddine

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