La rencontre a réuni de nombreux auteurs à la salle SIla, Le livre, les personnages et la fiction au cœur des débats

Liberte; le Mercredi 1 Novembre 2017
3

Dans les divers stands du Sila, qui se tient depuis le 26 octobre, et en parallèle avec l’exposition-vente de livres et la dédicace des auteurs, de nombreuses rencontres autour du livre sont organisées dans les espaces dédiés aux échanges entre lecteurs et écrivains. La journée du 30 octobre a vu, entre autres thématiques abordés, “l’invention du personnage dans le roman”, une rencontre qui a eu lieu dans la grande salle du pavillon central. Parrainée par Amin Zaoui qui avait à interroger ses invités-auteurs sur leur façon de créer leurs personnages et sur la part d’influence de leur formation, leur métier et leur espace de vie sur cette création. Il a été question du personnage central d’un roman donné, qui peut aussi être un lieu, une ville. Chez la belle plume de Fatima Bakhai, il s’agit souvent, pour ne pas dire toujours, de sa ville natale Oran, de son histoire et des illustres personnages qui ont fait sa culture et son vécu : “J’invente mon personnage car j’en ai besoin. Je le vois à ma façon, mais il est clair que le lecteur se fait sa propre image de ce personnage.” À la question de savoir si la formation et le métier de l’écrivain influent sur son écriture, Mme Bakhai dira : “Sûrement que oui, car ma formation de juriste m’a donné le sens de la rigueur, de la minutie et de l’analyse. Quand j’écris, cela se transcrit dans ma recherche de la chose claire et compréhensible.” Pour Bachir Mefti, Alger, sa ville natale, est le personnage – espace – central de tous ses romans. Tout y est imprégné de ses senteurs, de ses laideurs, de sa beauté, de sa sensualité, de ses amours et de ses déchirures : “Je suis Algérois et mon enfance a baigné dans cet Alger de tous les paradoxes. Je suis habité par Alger. Elle me rend heureux et en même temps malheureux. C’est une ville cosmopolite qui a connu conquête sur conquête, diverses cultures, de nombreux colonisateurs, des guerres, des corsaires… Pour moi, c’est comme une femme qui vit des drames et des misères, mais aussi de belles histoires d’amour. C’est une ensorceleuse... Quant à mes personnages, ils sont toujours ces êtres négatifs, répulsifs, lâches, opportunistes, malveillants, car justement je veux attirer l’attention de mes lecteurs sur ce genre de personnages, fléaux de cette société opprimée, supprimée, en mal d’amour et de bonheur, car happée par une passivité et un négativisme extrême et destructeur.”
Pour sa part, Hadj Ahmed Seddik, auteur originaire d’Adrar, invité lui aussi à ce débat, il a indiqué : “De mon côté, je tente de dépasser la manière classique de créer un personnage. Et mon lecteur contribue à compléter mon personnage en lui donnant d’autres dimensions... L’homme du désert, le personnage du Sud, l’habitant du Mali, du Niger, du Burkina Faso sont des êtres à part, en marge de la société habituelle, avec des besoins plus que la normale, dans une Afrique de la misère, de la pauvreté, et le roman est le miroir de cette société… Dans ce vaste espace qu’est le désert, le rapport au temps et aux distances est autre ; l’évaluation n’est pas la même et la façon de meubler ce vide dans un roman se fait différemment et plus difficilement si on veut être convaincant…” Quant à Saïd Khatibi, jeune et talentueux auteur qui vient de se voir attribuer le prix Katara du roman arabe pour son roman Quarante ans à attendre Isabelle, et à la question de savoir si son roman est tiré de l’histoire vraie du personnage ou une fiction, il dira : “Il est vrai que le roman puise dans l’histoire du personnage réel d’Isabelle Eberhardt, cette femme mystérieuse qui a quitté son pays pour venir vivre, puis mourir chez nous en Algérie, et plus exactement à Aïn Sefra, mais après c’est le questionnement et l’imagination qui interviennent pour meubler ce roman ; on se demande comment et surtout pourquoi elle a choisi cet endroit précisément… Peut-être qu’elle fut attirée là en raison de l’existence de cette confrérie soufie qui était dirigée par une femme…” Et ainsi, chacun des intervenants de cette rencontre a débattu de sa manière propre de créer son personnage et de le faire vivre dans son propre décor, pour ensuite le laisser libre de circuler dans le décor du lecteur qui l’imaginera, lui, à sa façon.

Samira Bendris-Oulebsir

Categorie(s): culture

Auteur(s): Samira Bendris Oulbsir

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..