M’sila, Les aliments en vente sont-ils propres à la consommation ?

Liberte; le Samedi 19 Aout 2017
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Tout le monde le sait, M’sila est mal classée en matière d'hygiène, c'est l’un des aspects les plus négatifs de cette région.

Partout le même spectacle désolant de détritus livrés au regard de tous. Dans les restaurants, les épiceries, les cafés, les rues, les bus, les taxis, devant les institutions publiques, les mosquées, les écoles, etc. On sait qu'à M’sila, tout ce qui dépasse le seuil de la porte est considéré comme poubelle. On jette tout dehors. Même en pleine vitesse, dans une voiture de luxe, des cannettes, des cartons, des boîtes, des bouteilles, des restes de nourriture et de fruits et même des couches bébés sont jetés par les fenêtres. C'est une affaire de discipline et de civisme ! Pour l'hygiène, nous sommes conscients des conséquences, mais qu'en est-il de notre alimentation, de ce que nous mangeons à M’sila ? Les aliments insalubres sont à l'origine, selon les estimations des spécialistes, de plusieurs décès par an, dont de nombreux enfants à travers le monde. Les aliments contenant des bactéries, des virus, des parasites ou des substances chimiques sont responsables de plus de 200 maladies, allant de la diarrhée aux cancers.
Les chiffres des intoxications alimentaires et l'état des lieux de tout ce qui touche à l'alimentation que nous avons aujourd'hui, préfigurent l'existence d'un danger permanent qui guette vraiment les citoyens. Les intoxications alimentaires sont en constante augmentation, au niveau local, surtout en cette période de grande chaleur et des fêtes. L'état des lieux de tout ce qui touche à l'alimentation suppose que la situation en terme de sécurité sanitaire des aliments présente un danger grave et imminent. Un manque d'hygiène terrible, la saleté est une réalité qui saute aux yeux : de la boucherie à l'épicerie, du snack au restaurant, de la boulangerie à la laiterie... Et la liste est longue.

La chaîne du froid est brisée
La sécurité sanitaire des aliments est la garantie de l'innocuité des produits alimentaires, c'est-à-dire que leur consommation n'aura pas de conséquences néfastes sur la santé. Elle est l'une des composantes de la sécurité alimentaire. “La sécurité sanitaire consiste au contrôle de l’origine de l'aliment, de sa composition, la détection des sources de contamination bactérienne, le contrôle de la chaîne de fabrication ou de transformation et le contrôle de la chaîne du froid”, dira un professeur en biologie.

Des produits de compositions et d’origines douteuses.
La réalité du terrain laisse présager une réelle menace pour la santé des citoyens. Le non-respect des normes de santé et de sécurité va des abattoirs, en passant par des poulets aux hormones et aux antibiotiques d'origines inconnues, ainsi que des poissons congelés et surgelés importés de Chine et distribués aux restaurants pour les revendre au meilleur prix sans oublier les épices et les fruits, pourris et gavés d’OGM, importés par des commerçants sans scrupule qui profitent pour s'enrichir au détriment de la santé des Algériens.
Concernant le blé, les épices, les fruits secs et des légumineuses, entre 90 à 100% de l'approvisionnement se fait par importation ce qui représente un danger permanent en terme de sécurité sanitaire lié à l'utilisation de ces produits. Selon les spécialistes, pour subvenir aux besoins du marché mondial, les agriculteurs recourent aux OGM.
“Ces produits ne sont pas dangereux pour la santé”, disent les revendeurs et les importateurs. Une idée que ne partagent pas de nombreux spécialistes en agroalimentaire.

Des abattoirs non conformes aux normes sanitaires requises
La sécurité alimentaire est en jeu car la plupart des abattoirs municipaux et des tueries rurales dans la wilaya de M’sila, et qui sont, malheureusement, toujours gérés par les communes, ne répondent pas aux exigences de salubrité conformément aux normes internationales et sont dans un état lamentable, tant au niveau des bâtiments que de l'équipement et des hommes. Le manque de salubrité est également enregistré dans les abattoirs avicoles. Plus grave encore, le traitement des volailles dans l’abattage clandestin ou les tueries traditionnelles qui exercent dans des conditions hygiéniques choquantes. À l’intérieur de ces tueries, tout est crasseux :  sols, murs, plafonds et outils de travail. Dans certains endroits, notamment les souks, les poulets égorgés sont mis dans des seaux, également sales. L'espace de travail communique avec des toilettes puantes et sans porte. Certains experts posent aussi la question de la qualité des aliments donnés à la volaille tels que certains antibiotiques et hormones qui pourraient compromettre la santé des citoyens.

Consommation du lait cru
Pour ce qui est du lait cru, les nombreux cas de brucellose reflètent clairement la situation.  En effet, le nombre de cas de brucellose humaine s’élève à des dizaines de personnes qui sont contaminées chaque année. Il faut souligner que tous les cas enregistrés à ce jour sont signalés dans plusieurs régions de la wilaya qui est connue pour être une zone endémique. Ce n’est pas une première.
Chaque année, plusieurs cas de brucellose humaine sont recensés dans cette wilaya qui compte une grande réserve de cheptel. Pour ce qui est du cheptel touché par la maladie, les services agricoles de la wilaya comptent plusieurs dizaines de têtes bovines, ovines et caprines. “L'homme se contamine au contact des animaux infectés (bovins, caprins, ovins) ou à l'occasion de l'ingestion d'aliments d'origine animale (lait, fromages). Le germe pénètre dans l'organisme par la peau ou par voie digestive”, dira un médecin.
En effet, dans la région, le lait pasteurisé manque et la culture locale fait l’éloge du lait consommé directement de l’animal. “Boire du lait avec plusieurs plats traditionnels est un privilège dans la région”, disent les habitants. “Chakhchoukha et le zfiti se mangent accompagnés de leben ou de rayeb”, précisent-ils. Les appels des services vétérinaires à la population à ne pas consommer le lait cru pour éviter de nouvelles contaminations n’ont pas été entendus. “Il faut exiger des éleveurs et revendeurs de s’équiper de matériels de pasteurisation”, proposent les experts.

Les maladies des mains sales en hausse
L’amibiase, le choléra, la fièvre typhoïde, l’ankylostomiase sont les pathologies qui constituent les maladies oraux-fécales. Le manque d’hygiène est à la base de la hausse de ces maladies, lié directement aux états délabrés et insalubres des toilettes et autres installations sanitaires. “Il suffit de voir l’état des toilettes dans nos restaurants, cafés et autres endroits”, dira un médecin spécialiste en maladies infectieuses. “Il faut aussi voir l’eau de vaisselle, les éponges et la propreté douteuse des verres”, ajoute-t-il. Ce membre du corps médical dénonce les actes malveillants de certains employés de cafés, de restaurants… consistant à travailler sans gants et manipulant toutes sortes d’objets et d’aliments sans se laver les mains.

Le problème du transport et le stockage de l’eau
Plusieurs résidents, commerces et services, en milieux rural et urbain, choisissent de transporter par camion ou par tracteur de l’eau potable provenant d’une source d’alimentation collective jusqu’à leur propriété pour la stocker dans un très grand réservoir appelé citerne. Le stockage de grandes quantités d’eau peut servir à l’approvisionnement en eau d’une résidence pendant un à deux mois, selon le nombre d’occupants et leurs habitudes d’utilisation.
Des réservoirs de grand volume sont utilisés pour minimiser la fréquence du transport de l’eau, plus particulièrement lorsque les usagers doivent payer pour l’eau et son transport. “La qualité de l’eau potable se détériore pendant le stockage ; si cette détérioration est importante, l’eau devient impropre à l’usage domestique, comme la consommation (boisson), la cuisson, le brossage des dents et l’hygiène corporelle”, dira un spécialiste en hydraulique qui insiste sur la nécessité d’un entretien régulier adapté des ouvrages de gestion d’eau, y compris les systèmes de stockage de l’eau.
“Chez nous l’eau minérale, les boissons gazeuses et jus sont exposés au soleil à des températures excessives”, ajoute notre technicien qui interpelle les consommateurs et les commerçants sur la dangerosité de ce genre de pratiques. “Je demande aux consommateurs de ne pas acheter l’eau minérale dans les magasins, les restaurants et kiosques qui ne respectent pas les normes sanitaires lors de l’exposition et de la vente”, insiste-t-il. D'une manière générale, plusieurs facteurs interagissent pour nous donner un tableau sombre pour l'avenir de notre sécurité alimentaire tel le nombre croissant d’intervenants et de trafiquants dans la chaîne alimentaire, entre le producteur et le consommateur, l'hygiène insuffisamment contrôlée aux différentes étapes de la production et de la distribution, ainsi que chez le consommateur.
Enfin, il est urgent de disposer d'un plan d'intervention d'urgence qui permettra de parer aux menaces importantes pour la vie et la sécurité des citoyens, car l'État doit assurer la sécurité sanitaire des aliments à tout citoyen.

C. B.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): BOUARISSA Chabane

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